LIVRE V
« Atalante, parcequc je me lassais de poursuivre « clans les forêts les animaux sauvages : j'ai cherclié «< la (jloirc des héros, et Adraste m'a ordonné d'atta- »< quer les enfants de Cadmus qui voudraient « échapper par la porte Néitide. La beauté qui pare « quelquefois le visag^e des jeunes hommes n'est « jioint un signe de faiblesse. Calais était beau, et « il fut distingué entre les vainqueurs des Bébrices. « Hylas, qui fut le compagnon d'Alcide, était re- « nommé par sa beauté, et il partagea les fatigues et '< les dangers de l'invincible fils d'Alcméne. Quels " hommes furent plus beaux que Castor et PoUux, « dont les noms sont devenus si célèbres parmi les " nations de la Grèce? Et vous-même, ô jeune héros! « votre beauté frappe tous les regards. »
« Aimable adolescent, lui dit Hémon, je ne sau- " rais tirer le glaive contre toi. Pense aux larmes " que répandrait ta mère, si tu venais à périr. »
«Prince, répond Parthénopée, pourquoi as-tu « pitié de ma jeunesse? j)ourquoi mon sang te coûte- "t-il plus à verser que celui de mille autres guérit riers? et pourquoi les larmes de ma mère t'inspi- .< rent-elles plus de compassion que les larmes des « autres mères? Ah ! ces cruels hasards de la guerre « sont-ils autre chose qu'une suite funeste de morts « prématurées? Thébain pitoyable, je te remercie '< néanmoins; je reconnais le sentiment qui te fait
" tenir un pareil lanrfaf;c. Si tu avais du mépris "poiir ma jeunesse, tu allumerais ma colère, et je u voudrais me venger; mais reçois ma main eu « {ifajoe d'amitié, et puissé-je un jour, sur les mon- " tajines d'Arcadie, t'offrir les présents de Thospita- « lité! Je vais toutefois essayer mon courage contre « des guerriers moins redoutables. »
« A ces mots, les deux chefs se séparent. Ilémon , averti en ce moment des ravages que Tydée exerce dans Thèbes, y rentre pour sauver la ville, ou pour mourir, s il le fout, de la main du prince de Calydon. Cependant Parthénopée cherche à se distinguer par quelque action qui signale d'une manière glorieuse ses premières armes. Mais il n'a plus la même assurance; cette sorte de pitié que vient de lui montrer le noble fils de Créon a a^nolli son courage. Il commence à sentir toutes les terreurs de Mars. Il se précipite avec quelque peine au sein de la mêlée sanglante. Ce ciel d'airain f[ui, semblable à la voûte d'un vaste tombeau, couvre la ville aux sept portes, ce jour lugubre répandu sur toute la campagne, lui paraissent alors être pour lui seul un présage menaçant. Son effroi augmente encore, lorsque, non loin de lui, il aperçoit le roi même de Thébes, Étéocle à la forte cuirasse. Toute sa vigueur semble l'abandonner; il voudrait fuir, mais la honte le retient : il regrette amèrement les forêts où