LIVRE V. 2i
Ktéocle, après avoir écarté, par sa force indomptable, les coups ([ui lui sont portés, s'élance, le jjlaive à la main, et enfonce le fer étincelant dans le sein de riiéroïne. Elle tombe à côté de son fils. Les rênes échappent de ses mains, et ses fidèles coursiers demandent en vain le signe qui doit les guider. C'en est fait, elle rassemble ses forces épuisées pour prononcer ces paroles d'une voix expirante : « Je "Suis satisfaite, puisque je meurs de la main qui » m'a ravi mon fils. ilLli! si tu n'étais pas Étéocle, je « te prierais de réunir dans un même tombeau ma « cendre à la cendre de cet enfant que j'ai nourri « de mon lait ^ je te donnerais pour rançon de cette « double dépouille tous les trésors que renferme « mon palais : mais une mère peut-elle adresser sa « prière à un impie sur qui repose la malédiction i< paternelle? Homme odieux, va je ne te demande- « rai rien; tu es voué à la colère des Immortels : il « ne te sera permis d'accomplir aucun de tes des- « seins! Non, tu ne rentreras pointa Thébes! Impie, « attends une mort digne de ton impiété. " Le casque de l'héroïne s'était détaché de sa tête charmante; ses yeux jettent un éclat terrible avant de s'éteindre dans les ombres de la mort. L'expression de la vengeance, mêlée sur sa figure avec tout ce que la beauté et la tendresse ont de plus touchant, confond Etéocle de terreur et d'admiration. Cette
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mère et ce fils, étendus à côté l'un de 1 autre sur le même char', et dont il se reproche en cet instant le trépas cruel, lui font éprouver quelque chose des ]>remicres angoisses de la mort. Il sent de nouveau le poids de la malédiction paternelle. Plein d'effroi , il commence à se regarder comme un coupable poursuivi par la colère des Dieux: il reste ainsi ahsorbé dans les plus sinistres pensées en contemplant ces deux belles et nobles victimes, sur lesquelles on retrouve encore les traces de la vie. L'immobilité de leurs traits n'a rien ôté à l'éclat de leur beauté, mais il en sort je ne sais quoi de menaçant et de sinistre. Telle fut, dit-on, la fille de Phorcus, Méduse aux cheveux de couleuvres, lorsqu'elle fut ontragée dans le temple même de Minerve.
" Etéocle s'enfuit; et, dans le sein du carnage, il croit échapper aux tourments qui déjà déchirent son cœur.
« Polynice, de son côté, n'exerce pas de moindres ravages. Lasthénès , près de la porte Crénée, avait péri sous ses coups. Lasthénès, né à Orchomène, ville des Myniens, vivait au sein de fabondance avec sa jeune épouse; car, après avoir mené une vie pleine de dangers, dans sa x'icW- Icsse il s'était donné une compagne, pour goûter enfin un repos acheté par mille fatigues. Mais l'Iinnime est insatiable de gloire, li'oisiveté ])ientôt