LIVRE V
devint insupportable à Lasthcnès; et, lorsqu'il apprit tpie la guerre s'était allumée entre Thébes et Argos , il ne put résister au désir de s'illustrer une dernière fois dans les combats meurtriers. 11 se rangea sous les drapeaux d'Etéocle, parcequ'une ancienne alliance unissait les Myniens avec les peuples de la Gadmée. Il ne tarda pas à se repentir de sa témérité, et à comprendre qu'il n'y avait point de renommée à acquérir dans une telle guerre. Il se senlit alors comme enveloppé aussi dans ce vaste filet de malédiction qui s'étendait sur les nations de la Grèce; et la vieillesse pesa sur lui de tout son poids. C'est ainsi qu'épouvanté des nouveaux "périls où il s'était engagé, son bras affaibli ne portait que des coups sans vigueur, et ne lançait que des traits inutiles, lorsque Polynice, après avoir fait un affreux carnage des Myniens, arrive à leur chef, et le renverse d'un premier coup. Le vieillard tombe sur le timon; embarrassé dans les rênes, il- roule sous les pieds des chevaux, qui se cabrent, et reculent afin de ne pas écraser leur maître. Polynice aussitôt descend de son char, pour donner la mort à l'infortuné; mais Lasthénès , d'une voix suppliante, dit ces mots au chef inexorable : " Ne te souvient - il « plus, Polynice, que je t'ai reçu naguère dans mes " palais? Tu étais fugitif: je ne pensais point que K nous dussions nous rencontrer sitôt, et dans de si
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«affreux moments pour moi; cependant je te coiii- '. blai de tous les honneurs que Ion doit à un hôte " ilhistre. Epaifjne mes cheveux blancs; fais plus, " aide-moi à me relever, et à remonter sur mon cliar. "Je me retirerai, avec mes Myniens, du sein des « batailles san{;lantes; et puisse Jupiter t'accorder la " victoire! Rerois ponr prix de ma vie les nombreux « trésors que j'ai acquis par tant de travaux et tant i< de gloire. »
<c Eh! malheureux, répond Polynice, que viens- " tu me parler d'hospitalité? Tu ignores donc « comment un fils d' Œdipe sait payer un bienfait? u Vois la {jfierre odieuse où j'ai précipité Adraste. « Que viens-tu encore me parler de victoire? Insensé! « il n'y a point de victoire pour ceux que Jupiter a il flétris de sa haine. Vieillard , je veux t'apprendre à u si mal choisir tes hôtes! » A ces mots, il détourne ses yeux secs; et, comme saisi de démence, il enfonce son fer homicide dans la ]X)itrine de Thomme frénéreux (|ui l'accueillit aux jours de 1 exil ; jniis il va porter ailleurs mille morts.
" Tels étaient les dignes exploits des deux fils d'OEdipe. Plusieurs Thébains vaillants avaient également trouvé le trépas, au])rès de Lasthénès, en combattant pour leurs foyers. Polyphonie faisait un horrible carnage dans le camp des Etoliens, restés sans chef par la mort du jyéant (lapanéc. Méjjarée
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et Hijipomédon se clispiitaicnt , avec des succès divers, la porte 0(;y(>ieiiiie. Gréoii soutenait coura- (]eusenient les efforts d'Adraste , qui cherchait à semparer de la porte Hehdome.
«Inspiré par l'amour de la patrie, le généreux Ménécée, celui qui donna le premier à Gréon le doux nom de père, venait de concevoir un magnanime dessein. Il se précipite vers la porte Homoloïde, se la fait ouvrir, et, couvert de bandelettes noires, il cherche le lieu où Amphiaraûs avait été englouti. Un ancien oracle disait que le sacrifice volontaire d'un noble Thébain épargnerait de grands malheurs à la ville de Gadmus. Sur la foi de cet oracle, Ménécée dévoue sa tête au salut de sa patrie. Mais le sol qui s'était ouvert pour recevoir le fils cVOïclée refuse une seconde victime. Ménécée erre tristement et sans armes parmi ces sillons terribles que les bataillons d'Argos craignent de fouler, même dans la fureur des combats. Nulle part la terre raffermie ne s'ouvre sous ses pas. Alors il se jette au milieu des guerriers ennemis, leur livrant sa vie sans la défendre. Les Argiens écartent leurs rangs pour laisser passer le généreux Ménécée. «C'est un illustre Thébain, se disaient-ils entre «eux, qui se dévoue pour sa patrie: refusons-lui la* « mort. Epargnons la victime expiatoire de Thébcs ! « que le mal demeure sur l'héritage malheureux
u «rOKilipc! >- Ainsi Mcnccéc ne pouvait accomplir son sacrifice. Cependant la tempête allait toujours croissant. Le soleil éclairait à peine le carnaj^e au- (Icdans de la ville et hors de ses murs. Des flèches iiijiombrables se croisaient dans les airs, et volaient fraj^per au hasard. Enfin un javelot lancé du haut des murailles vient, en s'éf;arant, frapper le fils de Créon, ([ui tombe au pied du laurier d'Amphiaraiis. « Puisse, dit-il en mourant, puisse mon trépas " épargner à la cité sainte les maux qui suivent uik; « guerre impie ! « Il expire en arrosant de son sang le laurier du prêtre d'Apollon; et Tarbre merveilleux, agitant son funèbre feuillage, fit entendre un long gémissement. Telle fut la fin du généreux Ménécée, (jui périt par un des siens: nul n'a pu savoir de quelle main était j^arti le fatal javelot. " Au moment où le fils aîné de Créon exhalait le dernier soupir, son frère intrépide, le vaillant Hémon, qui était venu remplacer Ménalippe, immoU' iiar Tydée , opposait au prince de Calydon une ])rudeute et courageuse résistance. L'épouvante était répandue dans la ville: c'en était fait de Thêbes. Ilémon seul ose marcher contre le farouche destructeur de sa patrie. Il s'ouvre une voie sanglante au travers des bataillons argiens, (jui déjà inondaient les rues et les places publi<|ues, et arrive, couvert de saii.;; et de poussière, jusqu'au lieu où le féroce