LIVRE V. 22 r
Etolien animait le carnajjc par ses paroles et par son exemple. Le gendre d'Adraste, plein d'une présomptueuse audace, s avance au-devant du fds de Crcon : «Je devrais avoir pitié de toi, lui dit-il «avec un sourire amer; tout-à-rheure n'as-tu pas '< voulu épargner Partliénopée ? Ali ! puisque la « beauté et la jeunesse ont de tels droits à ta com- « misera tion, cpie ne ménages-tu ta propre vie, beau «jeune homme? Quant à moi, je suis insensible; «et, dussé-je m'attirer la colère de Vénus, je te « foulerai sans peine sous mes pieds ; sans peine je « traînerai dans la poussière ta chevelure char- « mante, que ne pourra protéger ton casque bril- « lant. "
«Cruel Tydée, répond Hémon, tu m'outrages, « parceque j'ai voulu épargner un chef argien, trop « faible pour mon bras! Je ne me plais point, ainsi « que toi , à immoler ceux qui ne peuvent m'op- « poser une résistance égale. Je méprise la gloire «sans péril. Au reste, tes paroles ne sauraient me « blesser ; je suis éprouvé comme le fer par le feu ; « et mon courage est au-dessus des dangers et des « insultes. »
« Ces paroles sont à peine prononcées , que les deux héros s'élancent l'un sur l'autre, et en viennent aux mains. Le carnage paraît un instant suspendu : on dirait que le sort de la guerre tienne à
Tissuc du combat des deux chefs. Ilcnion, voulaiii du moins essayer de soustraire la ville aux hasards de la [jucrre, pare avec adresse les premiers coups de son redoutable ennemi, lui échappe, tourne raj^dcment autour de lui, et se précipite en avant. 'J'ydée étonné, aussi prompt que l'éclair, obéit à tous les mouvements d'IIémon, qu'il poursuit sans relâche, et qu'il ne peut parvenir à serrer d assez près. De distance en distance, le fils de Créon se retourne, et s'arrête dans une attitude menaçante: il croise un instant le fer, puis échappe encore, et recule de nouveau. Il n'a d'autre but que d'attirer hors des murs le prince de Calydon, parcequ'il ne sait pas s'il sera assez fort pour le priver de la vie. Autigone, du sommet d'une tour, voyait avec joie et anxiété ce nouveau genre de combat : elle pénétre sans peine le secret dessein du (généreux Hémon. Elle était comme une femme en proie aux tourments que font endurer les cruelles Ilithycs, à ces tourments mêlés de tant de bonheur. Enfin le fds de Créon parvient jus({ue sur le seuil de la porte Proétide, qu'il franchit d'un pied léger. « Compagnons, '< s'écrie-t-il lorsque Tydée, en le poursuivant, eut '( également franchi le seuil, compagnons, mainte- ' nant que votre plus barbare ennemi est sorti de « vos murs, barricadez la porte, et disposez-vous à « l'cinpérlier de rentrer, sil parvient à me ravir In