LIVRE VI
ceux des enfants de Danaûs. Étéocle, revêtu des ornements de la dignité royale, vains ornements achetés par tant de crimes! Étéocle est placé sur un bûcher séparé, le plus élevé de tous.
« Les Thébains étaient occupés de ces lugubres apprêts , lorsque deux hérauts, envoyés par Adraste, se présentèrent : l un tenait à la main le rameau des suppliants, et l'autre portait le rameau d'olivier. Ils sont introduits devant Créon. Le héraut que protège le rameau des suppliants s'avance le premier , et parle en ces termes : « Roi de Thèbes , la « victoire a couronné vos armes j mais voici ce qu'a « dit le vénérable Adraste , comblé de mille dou- « leurs : « L'homme ne doit point s'enorgueillir de «ses succès; car la fortune est trompeuse, et Ju- « piter envoie des malheurs à ceux qui n'usent pas «avec modération de la prospérité. Que Créon me « permette d'enlever les Argiens morts sous les murs « de Thèbes ; je lui rendrai ceux des Thébains qui « ont péri dans mon camp. Et, lorsque trois jours « auront été passés dans le deuil et dans les larmes , «lorsque, pendant trois jours, nous nous serons « nourris, dans les festins funèbres, de la chair des «victimes immolées pour le repos des mânes, alors «je me retirerai avec les débris de mon armée. » Le « vénérable Adraste nous a dit encore , ajoute le hé- « raut: *< Dès que vous aurez obtenu la permission
25o ANTIGONE.
« d'enlever les nioits, vous vous hâterez de venir nie « l'annoncer, afin <jue j'aille moi-même chercher, « sur mon char, mes deux f;endres malheureux, le « vaillant Tvdre, et l'olvnicc, le plus infortuné drs '< hommes. J'ordonnerai ensuite les préparatits pour " les autres funérailles. »
«Le héraut cesse de parler; et Gréon, le farouche Gréon, (jui avait eu peine à le laisser achever, Gréon, promenant autour de lui des rej^i^ards sinistres, s'écrie d'une voix terrible : « Malheur aux «vaincus! Il sied bien à Adraste de venir aujour- «dhui réclamer des bienfaits! Malheur, trois fois «malheur aux vaincus! Tydéc est un furieux qui « a déshonoré les derniers instants de sa vie ; Poly- « nice est un sacrilêjje: je jetterai au loin les cada- « vres de tous les deux, pour qu'ils soient l'un et « l'autre dévorés avec i(ynominie par les bêtes fi'*- « roces. Je ne souffrirai pas non |)lus (|u'aucun « de vos soldats reçoive la sépulture. Malheur, mal- « heur aux vaincus! Quant au petit nombre dt- « Thébains morts dans le canqi d Adraste, je uai « pas besoin (ju ils me soient rendus; je saurai bien «les envoyer chercher, et les faire (îulever mal|;i(' « votre roi. »
« Telle fut la réponse de Ciéon : les licraiils ministres de paix se retirent en f>émissaut ; ci le (\ ran lait publier cette loi: «Tous ceux (|iii (iniiiicroiii