DEUXIÈME PARTIE
égal mépris pour nos bonnes et nos mauvaises actions, n'admettant ni la chute, ni la promesse, ni l'expiation. Sans doute cette puissance inexorable, avec ses attributs de fer, m'aurait fourni une fiction grande et nouvelle; mais alors j'eusse été condamné à faire mourir ma douce héroïne dans les angoisses de la faim, et je n'aurais point eu à peindre cette mort harmonieuse du sacrifice. Lord Byron, je le crois, n'eût pas manqué de rembrunir des couleurs du Dante la Thébaïde déjà si sombre de Stace.
A une vérité relative et restreinte j'ai préféré une vérité absolue ef générale; à la poésie du Destin, la poésie de la Providence.
Voyez en effet.
Lorsque l'on veut se faire une idée du Destin , tel que le conçut l'antiquité, tel que le formulèrent philosophiquement les stoïciens, il faut y joindre une idée de triste et funeste résignation , de stupide renoncement au libre arbitre. Le courage consistait donc à résister par une volonté stérile, et à se soumettre par l'acte. Certainement cette lutte à-lafois active et impuissante ne manquait pas de grandeur. Il ne faut point s'étonner si elle séduit encore quelques imaginations mélancoliques.
Nous n'avons plus, comme les anciens, les facultés humaines annulées dans l'esclavage, ou réparties
dans Les castes ou dans les ordres; nous n'avons plus les hiérarchies du moyen âge.
La chaîne du Destin se composait d'anneaux qui entraient l'un dans l'autre depuis le premier jusqu'au dernier. Or le premier anneau, le point de départ de cette chaîne immense, fut l'irresponsabilité, c'est-à-dire la non-conscience de soi; et l'irresponsabilité courait magnétiquement d'anneau en anneau jusqu'au dernier, où elle devenait l'impunité.
Maintenant la dignité humaine est pour tous, le droit commun est le domaine de tous; la responsabilité court magnétiquement d'anneau en anneau jusqu'au dernier, pour les séparer et les dissoudre.
La Providence, dans les organisations sociales anciennes , a dû revêtir souvent la forme du Destin : cette forme s'est retirée successivement par les progrès de l'initiation; et la Providence va se dégageant de ses voiles. Ainsi on pourrait dire que le Destin est devenu successivement la Providence, comme la solidarité est devenue la charité.
Telle est donc la loi qui gouverne la Ville des Expiations, et qui doit produire le dogme ou le mythe de la fin des choses.
Gomme il y a des réservoirs qui alimentent les