‹ ŒuvresChapitre 35 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

quelque sorte le centre, et comme la représentation du monde entier.

Cette théorie explique beaucoup de choses, et nous aurons souvent occasion d'y revenir, de nous en servir comme d'une clef.

Ne soyons donc point étonnés de voir Orphée , si rapproché de la guerre de Troie, puisqu'il passe pour être un des Argonautes, être mis cependant au nombre des génies civilisateurs. Orphée, c'est la raison de ce qui a précédé ; c'est la naissance du monde civil. Gicéron doutait de son existence, et nous savons qu'elle avait été consacrée, même à Rome , par un monument sur le mont Cœlius ; nous savons encore que sa statue en bois d'olivier fut présentée à Alexandre. Remarquons toutefois, mais uniquement pour en faire la remarque, qu'Orphée n'a pu être de Thrace, que les Thraces ont été le peuple le plus réfractaire aux idées sur lesquelles repose la véritable civilisation , que les tragiques grecs les peignent comme des barbares, qu'ici sans doute le nom de Thrace est un nom symbolique, ou un nom relatif, appartenant à cette géographie idéale dont nous venons de parler, et qui sera souvent pour nous un sujet d'instruction.

L'ère de Nabonassar, la fondation de Rome, l'institution des olympiades, l'Egypte connue des Grecs, et visitée par eux, tout ce concours de choses

forme un synchronisme général, assez extraordinaire, que Ton s'est accoutumé à prendre pour l'aurore du monde historique, et qui manifeste, à lui seul , une sorte de spontanéité dans tout le genre humain. Pour le temps qui précède, celui qui doit attirer notre attention en ce moment, nous trouvons un autre genre de spontanéité, et notre chronologie n'est pas obscure sans quelques points lumineux. Le Protée d'Hérodote et des tragiques, c'est-cà-dire le Protée des poètes, et le Gétès de Diodore, sont les souverains de l'Egypte, désignés comme contemporains de la guerre de Troie. Ainsi j'ai pu adopter Protée pour un personnage palingénésique de cette époque, et lui appliquer même, non sans motif, ce qui a été dit plus formellement au sujet d'Horus : «Horus, selon Diodore, paraît avoir été le dernier roi participant de la divinité, qui ait gouverné l'Egypte. » Le Protée, au reste, ancien mythe civil, trouvera son analogue, sous une forme plus rude et plus sauvage, dans celui de Scrvius Tullius, que nous aurons à retracer quand il en sera temps; comme l'inflexible Appius Glaudius sera pour nous l'Orphée romain, mais un Orphée d'une nature cyclopéenne, contenant des hommes indomptés par les durs liens du nexus, au lieu de les adoucir par les sons harmonieux de la lyre civilisatrice. Une des significations du nom

Page 1