DEUXIÈME PARTIE. 8o
d'Orphée pourrait présenter le sens d'arrangement, de disposition , et désigner celui qui arrange, qui dispose, ou qui unit, qui joint.
Je ne sais, mais il me semble quelquefois que l'antiquité tout entière mapparaisse comme un songe infini, formé de mille réminiscences.
Quoi qu'il en soit, j'ai dû peu m'inquiéter de toutes les incertitudes que je viens de signaler relativement aux premiers temps de la Grèce; j'ai dû prendre les mythes pour des mythes, tout en rendant à ce mot son acception primitive , parole , emblème de la vérité. « L'univers est lui-même un mythe, » a dit excellemment Salluste le philosophe. Un autre philosophe, dont la crédulité dérive quelquefois d'une source bien haute, Plutarque a dit quelque part un mot d'un sens profond : « La religion est l'histoire allégorique de la nature. » C'est dans le même sens que les premiers philosophes chrétiens établissaient un parallélisme des régnes de la nature et de la grâce, d'où résultait une magnifique harmonie. Néanmoins, j'ai dû peu m'inquiéter aussi de l'institution des Mystères dans la gentilité; je les ai pris pour un fait, sans en creuser l'origine, et sans chercher à en retracer le spectacle exact. Une description poétique de l'initiation est toute faite dans le sixième livre de l'Enéide; une description technique, autant qu'elle
yo PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
est possible, et qui a le grand défaut de ressembler à des illusions de théâtre, se trouve dans le Sethos du savant abbé Terrasson ; enfin une description indiscrète, mais mêlée dune théurgie moderne, est consignée dans le livre d'Apulée. Orphée avait chanté la descente aux enfers; ce poëme, qui fut nommé une élégie, quoiqu'il eût plusieurs livres, et qui sans doute aussi était une peinture de l'initiation , n'était peut-être pas encore perdu au temps de Virgile.
Orphée, tel que je l'ai conçu, nest ni un personnage mythologique, ni un personnage historique; c'est le nom donné à une tradition, à un ordre de choses; peu importe donc la question de son existence. Cette manière de considérer un sujet paraîtra nouvelle ; je désire qu'elle ne paraisse que nouvelle : elle résulte, au reste, de l'ensemble même de mes idées.
Quant à ma fable, elle est placée, pour le temps, entre l'Iliade et l'Enéide. Cette communauté de généalogies, qui unit les rois de la Troade, ceux de la Grèce et ceux du Latium, n'est point de mon invention: la souche, d'après Virgile, remonte à Atlas, et ce sont les Atlantes qui ont donné aux peuples les dynasties de cet âge du monde. Bailly, dans ses Lettres sur l'Atlantide, n'a point fait usage de ces traditions obscures, il est vrai, et qui eurent