DEUXIÈME PARTIE
cependant assez de crédit sur l'esprit de Virgile, ou qui étaient encore assez répandues de son temps pour qu'il se crût en droit de les employer. Notre savant historien de l'Astronomie craignait peutêtre quelles n'eussent contredit son système , relativement au lieu assigné par lui au peuple primitif. Tous les historiens romains, sans exception, tous les monuments de la poésie latine, et même ceux de la poésie grecque, suffisent bien pour autoriser ma fable , si toutefois elle a besoin d'être autorisée. Virgile, nous devons bien y prendre garde, n'est ni mythographe, ni théosophe; il n'affirme aucune croyance , ni ne la constate ; ce n'était pas le temps de telles choses : son merveilleux est tout-à-fait ce que nos rhéteurs ont désigné sous le nom de machines épiques. Les poètes primitifs étaient d'un autre ordre. Virgile était cependant de cette race divine; car une fois il a réellement vaticiné: que l'on veuille bien souffrir cette expression qui unit la pensée de l'inspiration à celle de la prophétie, c'est-à-dire l'enthousiasme doué de la vue la plus élevée et de la seconde vue. H y a dans l'Ion de Platon une admirable comparaison de la puissance magnétique, qui se transmet d'anneau en anneau jusqu'à l'extrémité de la chaîne, avec l'inspiration primitive et l'inspiration secondaire : c'est par cette comparaison que j'expliquerais Virgile. Il paraît
avoir eu l'impression confuse de ces deux inspirations successives, lorsqu'il a fait dire à la sibylle:
Quae Phœbo Pater omnipotens, mihi Phoebus Apollo Praedixit.
Au reste, si Virgile a pu prendre le rameau d'or de l'initiation , il est fort à remarquer que rien , dans Homère, n'indique l'institution des Mystères, ou n'y fait allusion : chez lui, l'évocation des mânes n'est que de la nécromancie. J'oserais presque affirmer que les compilateurs du canon homérique, tel que nous lavons à présent, furent dirigés dans leur travail par une prudence politique, ou par des scrupules religieux. Peut-être cette prudence et ces scrupules avaient-ils commencé par les rhapsodes. Les voyages de Jupiter chez les sages Éthiopiens sont la seule trace dune pensée ou d'une allégorie qui puisse se rapporter aux Mystères : c'est sans doute une tradition d'un monde antérieur, d'une religion précédente. Remarquez encore que, dans Virgile , poëte dune civilisation parvenue à son extrême maturité, c'est la science qui produit l'inspiration, lorsque toutefois le poëte est original relativement à son temps, et qu'il n'est pas dans le chemin battu de l'imitation.
Je puis dire à présent que, sous ce point de vue, lAntigone que je publiai il y a quelques au-