TOME III
m/, palingénésïe sociale.
La prérogative de nommer est donc en quelque sorte, une participation à la création.
Dans la Genèse, l'homme reçoit le pouvoir de nommer les animaux : quels que soient les interprétations et les commentaires, ceci a un sens immense, sur- tout si Ion examine les paroles dont se sert l'écrivain sacré , et qui toutes indiquent , dans celui qui nomme, une connaissance intime de la nature , des facultés , de l'essence de l'être nommé. La mission de nommer, accordée à l'homme, fut donc, à l'origine, au moins, une prise de possession de la création.
Si les animaux , et cette supposition gratuite peut servir à m'expliquer mieux, si les animaux étaient doués de facultés suffisantes pour considérer, quoique sans les comprendre, des choses qui, au reste, sont également hors de notre portée, pour avoir sur-tout des notions même obscures de causes et d'effets, nul doute que ceux dont les facultés seraient encore plus développées ne prissent l'homme pour le maître et l'ordonnateur, peut-être pour le créateur de la terre.
Les Indiens croient qu'un pénitent peut s'élever jusqu'à être une des puissances créatrices et conservatrices, jusqu'à détrôner un Dieu. Une mysticité si audacieuse n'a point pénétré chez nous ; mais qui sait ce qu'eût été l'homme sans la dé-