DEUXIEME PARTIE. 2o
pour lui l'affranchissement du haut domaine de la Providence.
Je me suis expliqué ailleurs sur toutes ces choses, et sur-tout sur le signe métaphysique, qui est la marque de 1 âge actuel de l'esprit humain.
De révolution plébéienne, des initiations successives, sort le développement complet de l'humanité.
M. de Maistre attend un siècle nouveau , une nouvelle révélation : il ne sait donc pas que le christianisme a tout dit! Moi aussi je crois à une ère nouvelle, mais cette ère est commencée. Le siècle attendu existe déjà. Les choses parlent un langage qui est aussi une révélation de Dieu.
La société, ainsi que je l'ai dit si souvent, a été imposée à l'homme; à présent il est temps d'ajouter qu'elle lui a été imposée comme épreuve, comme moyen d'initiation , parceque dès les temps cosmogoniques l'homme ayant mal usé de sa liberté, une limite de plus a été assignée à cette liberté, ou plutôt une liberté d'un genre nouveau lui a été accordée pour que son perfectionnement fût son propre ouvrage; et ici encore je puis invoquer en témoignage les documents de l'histoire sacrée et de l'histoire profane , qui sont également unanimes sur ce point, que toutes les villes primitives ont
2o4 PALINGÉNÉSIE SOCIALE.
été fondées sur le droit d'asile : ainsi toutes sont des villes d'expiation. L'homme enfin a dû reconstituer son être par le moyen même de l'état social. S'il eût bien usé de sa liberté antique, il n'aurait pas eu besoin de passer par cette liberté successive qui sert à faciliter, à marquer ses progrès. La société lui a donc été imposée comme une épreuve et comme un appui. A chaque pas nous rencontrons le dogme de la déchéance et de la réhabilitation. La solidarité aussi , qui en est une suite nécessaire , lui a été imposée en même temps comme une épreuve et comme un appui ; car, dans les vues paternelles de la sagesse infinie, la peine et la protection sont choses identiques. A mesure qu'il se perfectionne, qu'il s'améliore, ou , en d'autres termes, à mesure qu'il se développe , la solidarité diminue d'intensité; il se rapproche de l'individualité; il n'y parviendra toutefois que dans une existence future. En effet, de ce que le père et le fils sont la même substance, et en quelque sorte le même être continué, il en résulte l'homogénéité, et pour ainsi dire l'individualité de l'espèce humaine. Dans la première loi agraire primitive , qui fut une loi agraire patricienne, c'est en vertu de cette identité du père et du fils qu'existait la transmission de la propriété, considérée elle-même comme une identification de l'homme et de la terre.