‹ ŒuvresChapitre 98 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE. 2o · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. 2o

A toutes les époques il y a des hommes qui par leur haute moralité sont plus ou moins soustraits au joug de cette solidarité; tout le temps des épreuves est abrégé pour eux, ou bien ils en prennent volontairement le fardeau pour l'épargner aux autres, ce qui est la même chose. Ceux-là sont des hommes providentiels que la bonté divine suscite pour hâter l'accomplissement de ses desseins. Ajoutons que l'individualité n'est point l'égoïsme, puisqu'il reste, ainsi que nous venons de le dire, la faculté du dévouement libre. Gomment des esprits élevés, des cœurs généreux, ont- ils pu croire que la société fût une institution mauvaise en soi? C'est qu'ils se sont transportés à un état qui fut celui de l'homme dans un temps dont la mémoire est conservée par la tradition universelle. Ainsi donc s'accomplira le retour promis par cette même tradition; et nous reconquerrons une partie de notre individualité. La nécessité de la prière continuera pour les individus, elle diminuera comme devoir des êtres collectifs. De là le moins de nécessité du culte public, d'une religion de l'état. L'indépendance de la pensée relativement au signe conduit à l'indépendance du sentiment religieux relativement au culte cérémoniel. A cet anneau de la chaîne s'attache le principe de la tolérance. Je me suis expliqué ailleurs sur ce sujet. Comme nous

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ne sommes point affranchis j>ar-là des liens défection inspirés par la nature, ou fruits d'un choix volontaire, comme ceci note rien aux vertus puisées dans le dévouement; de même la société doit rester sous la protection de la Providence, et perpétuellement dans tous ses actes reconnaître le haut domaine de Dieu sur ses créatures, sur les réunions de ses créatures vivant sous des lois communes à tous.

Enfin, et il est temps de le dire, c'est l'entier développement de la loi évangélique qui est l'unique loi morale du genre humain, loi parfaitement indépendante et désintéressée de toute forme politique , loi si différente en cela de la loi de Moïse qu'on voudrait nous imposer de nouveau.

La loi de la solidarité est donc destinée à se transformer en la loi de charité ; la sympathie générale est le lien qui unit l'une à l'autre.

Il faut rendre à la Ville des Expiations toute lénergie du culte public; il faut, si j'ose m'exprime!ainsi , lui rendre le frein et l'appui de la solidarité , pareeque cette ville est placée dans l'hypothèse sévère des institutions primitives, des cités fondées sur le droit d asile. Ses citoyens sont destinés à recommencer leur éducation sociale; cest une colonie ancienne au milieu des peuples modernes.

Ceci nous ramène à notre point de départ.

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Les états antérieurs de la société, états où une partie de l'espèce humaine était dans des liens si durs, ces états entraient aussi dans les vues de la Providence. Les hommes qui naissent au sein de ces sortes d'organisation sociale sont soumis à une autre forme d'expiation, et sans doute cette forme fut nécessaire en son temps. C'est la même nécessité qui nous impose le devoir de bâtir une ville nouvelle. Les apôtres parlent sans cesse de cette ancienne loi (jui fut gravée sur la pierre. Il en est de même des peuples encore barbares. Il en est de même du fléau de la guerre. Il en est de même des innocents persécutés ou tués. Il en est de même des individus qui gémissent sous le poids d'une exclusion sociale ou d'un préjugé qui les domine eux-mêmes. Il en est de même des mérites méconnus. Il en est de même de toutes les injustices légales ou illégales. Il en est de même des calamités de tout genre qui pèsent sur quelques uns , ou sur des multitudes. Ce sont toujours des épreuves ou des expiations : à la fin tout se retrouvera ; rien ne se perd dans le sein de Dieu . .le vois toujours le perfectionnement social contrarié par ceux qui devraient le diriger, ou le hâter : c'est sans doute une des conditions de la société; et souvenons-nous que la société a été imposée à l'homme

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après la déchéance, après le meurtre de la grande victime dont nous devons recomposer l'être, pour parler le langage déjà employé au commencement de cet écrit. Que sais-je si ce moment-ci ne sera pas signalé par une nouvelle expérience du cours naturel des choses entravé par les pouvoirs destinés à le protéger? Qui sait si les gouvernements ne finiront pas par ajourner, pour un temps, les développements actuels de l'esprit humain? Nous croyons qu'ils manquent à leur mission ; ils ne font peut-être qu'obéir à une autre mission que nous ignorons , celle d'enchaîner le nouveau Prométhée. Les patriciats divers ont toujours prolongé les épreuves; c'est sans doute en vertu d'une loi universelle. Ce serait alors en vertu de cette loi que Dioclétien dut éprouver les chrétiens; et, lorsque le monde fut chrétien, Constantin proclama la foi du monde. Ainsi, même dans les choses religieuses, il faut que l'homme lutte contre la destinée : il faut qu'il paie d'un grand prix la croyance et la liberté ; et le prix dont il a acheté la foi chrétienne, l'émancipation évangélique, prouve toute l'étendue du bienfait. Que savons-nous si maintenant les peuples sont assez préparés à ce nouveau développement du christianisme? Savons-nous s'ils ont assez compris que c'était au christianisme, c'est-à-dire à la Providence de Dieu, qu'il fallait s'adresser, et sur-tout

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