LE METILE CH^'H.TE
L, E grand vent d'autan de sa chaude haleine A déjà fondu les neiges en plaine
Et dans les vallons; Seuls les hauts sommets font encor risette A l'hiver fuyant qui de loin leur jette
Grésil et gréions.
Le seigle verdit sur les pentes douces; Dans les coins tiédis, étoilant les mousses,
La Jonquille d'or S'ouvre aux clairs rayons tombant des ramures, Le ruisseau reprend vie et frais murmures.
Mais le grand bois dort.
Il dort dans la paix qui succède aux crises. Il dort en rêvant sans doute des brises
Q.ui l'éveilleront.
Lui rendront bientôt les oiseaux fidèles, Des propos d'amour dans des frissons d'ailes,
Et des nids au front.
Alors, par un soir souriant et rose, Dans la combe obscure encore et morose
Tout à coup s'entend Un humide appel de flûte lointaine : C'est, dans le vieux houx, près d'une fontaine.
Le merle chantant.
Il chante, les yeux emplis de lumières, La narine ouverte aux senteurs premières
Du sol en éveil ; Il chante, et son bec — jonquille fleurie — Tendu vers l'azur, on croirait qu'il prie
Dieu dans le soleil.
Il chante, et soudain des millions d'êtres, Du fond des ravins aux cimes des hêtres,
Ont comme un frisson.
Bénissent l'appel du doux coryphée, Tâchant d'accorder à sa flûte-fée
Leur humble chanson.
Il chante, et là-haut la ferme pensive Trouve la voix d'or si persuasive
Que de son portail Elle laisse fuir pastoureaux et botes, Et de son rucher les fines avettes
Volant au travail ;
Tandis qu'au clocher les cloches pieuses — Pleurantes hier, aujourd'hui joyeuses
Lèvent leurs battants Pour porter plus loin la bonne nouvelle : Que le merle chante au bois, et révèle
Pique et le Printemps.
D^CI-C^%ÊD^CE
IVIi-carêmeI — Je sais là-bas un écolier Que ce mot remplit d'allégresse,
Qui le murmure ainsi qu'une lente caresse En s'endormant sur l'oreiller.
Mi-carême ! — Pour lui, c'est Pâques qui s'approche,
C'est le village et la maison, Et dix longs jours d'air pur et de libre horizon
Aux sons joyeux d'une autre cloche.
est sa mère venant l'éveiller le matin;
C'est, par les fenêtres ouvertes, doux bruit du rucher, et quelques pousses vertes Dans les hêtres du bois lointain...
Ah I ce bois ! Quel collège aux plaisantes études I Quels maîtres tendres et savants :
Bruits des sources, appels des nids, chansons des vents, Douces terreurs des solitudes,
veloppement frais et presque maternel, Effleurement souple des branches,
iteur des merisiers dont les robes sont blanches Ainsi que des nappes d'autel!
Chant du merle flîitant dans la combe abritée.
Et loin, très loin, je ne sais où. Montant timide encor, le salut du coucou.
Dont la forêt est enchantée 1
Mi-carcme ! — Je sais là-bas un écolier Qui ce soir se promène en rêve
1 )ans les bois pleins d'oiseaux, de parfums et de sève. Ah! n'allez pas le réveiller!
Il dort et songe ainsi depuis quarante années.
Tout change autour de lui : les siens Sont morts, et ses amis sont presque des anciens;
Ses amours sont toutes fanées...
Ht lui rêve toujours dans son petit lit blanc,
Au fond du dortoir de l'école; Et toujours sur son front, comme un bel essaim, vok
Tout son pauvre passé tremblant.
Ht vous l'aimez, sans doute, et l'imitez peut-être.
Cet incorrigible écolier A qui les ans n'ont pu jamais faire oublier
Le petit nid qui le vit naître,
Ht que grise soudain du cœur et du cerveau
La saison à jamais bénie Dont nos pères, voyant la Terre rajeunie.
Disaient si bien : « Le Renouveau I »
LES %^iD^CE^UX
i-('ACRE senteur des buis verts Flotte aux porches des églises, Et c'est la fin des hivers, Et c'est le retour des brises;
Et c'est l'âme des forêts Apportant à la grand'ville Des rappels de chemins frais El des souvenirs d'idylle ;
Apportant aux exilés Que l'orgueil chargea de chaînes Le désir de voir les blés Reverdir le long des chênes...
Mais c'est aussi, pour vous tous Hn qui Dieu voudrait renaître, Le parfum lointain et doux Qui parle du tendre Maître,
Qui vous rappelle le jour Où par les chemins rustiques Il allait, prêchant l'amour Et les beaux espoirs mystiques.
Puis entrait — triomphateur Que guettent les gémonies — Sous un hosanna menteur Et l'arc des palmes unies,
Dans la perfide Cité Meurtrière aux doux prophètes, Un Paris d'alors, vanté Pour ses vices et ses fêtes,
Où sitôt l'arbre des bois, Dépouillé de sa verdure, Allait s'ériger en croix Ignominieuse et dure.
El sitôt les rameaux verts Pousser leurs longues épines Pour faire sur l'univers Pleuvoir les gouttes divines.
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TOU% UnE iKO%TE
IVIars déjà penche vers Avril Son visage, à la fois morose Et rieur : soleil et grésil, Bois nu mais déjà teint de rose.
Sous une haie, au plein midi, Se risquent quelques pAquercttcs, Et maint oiselet enhardi, A ses amours conte fleurettes.
Les ruisseaux font leur gazouillis Sous les aulnes gonflés de sève; Des senteurs montent des taillis, Qui poussent les bergers au rêve ;
La Terre a comme un long frisson Qui la secoue et la réveille ; Le blé monte, et dans sa chanson L'alouette s'en émer\'eille.,.
Mais toi qui, malgré la douleur, Tous les ans, aux premières brises.
Reprenais un peu de couleur Et l'espoir de voir les cerises;
Toi que VaUcluia pascal Redressait pour quelques semaines, Triomphante presque du mal Qui vidait lentement tes veines,
Tu fermes les yeux pour jamais A l'heure où la pervenche s'ouvre, Et la fleur d'or de nos sommets Va parer le sol qui te couvre 1
156 l'AR LES VIEUX CHEMINS
Ainsi l'on ne te verra plus Douce et pensive à ta fenêtre, Regardant s'avancer le flux Des feuillages de hêtre en hêtre,
Et celui des fleurs en manteau Du prunier au poirier s'étendre, Puis au pommier, sur le coteau Où ton jardin semble t'attendre...
Et tu n'entendras point chanter Dans les hauts châtaigniers la grive.
Ni l'hirondelle t' apporter Son frais bonjour dès qu'elle arrive.
Les cloches pascales diront La résurrection divine, Mais les autres seuls entendront Et descendront de la colline;
Et dans ce réveil triomphant, Dans la printanièrc allégresse.
Rien de toi ne sera vivant Q.UC ton image en ma tendresse.
Ht peut-être, au jardin des Morts, — Symbolisant ton âme active, Sur les fleurs où renaît ton corps, Le vol d'une abeille furtive.
TELEXI'M^iGE