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L'0%GUE

v^ui, j'enire, le dimanche, aux vastes cathédrales, Non pas encor pour y prier comme autrefois, Mais pour entendre longuement la grande voix De l'orgue déroulant ses fugues magistrales.

L'orgue 1 Un être vivant au clavier surhumain. Dont chaque touche appuie au cœur par quelque fibre. Et qui s'anime, ainsi qu'une foule, et qui vibre ^ùs qu'un être inspiré l'effleure de sa main.

l86 PAR LES VIEUX CHEMINS

Celui qui l'inventa — quelque bon solitaire Sans doute — avait aimé, souffert, voulait en vain Aux plaintes de son cœur donner un son divin Et porter jusqu'aux cieux les douleurs de la terre.

Il allait par les prés fleuris, par les blés roux, Recueillant les chansons des brises estivales, Ou le long des torrents aux chutes triomphales. Ou des grèves sonnant sous la vague en courroux.

Enfin, il s'arrêta, pensif, dans la clairière D'une vieille forêt, sous les arbres chantants. Un soir d'automne, à l'heure triste où les autans A travers les rameaux modulent leur prière.

Il écouta longtemps, longtemps, et, tour à tour, Retrouva dans son cœur la chère caniilène Dont sa mère, en filant du chanvre ou de la laine, Tout enfant le berçait à. la chute du jour;

Puis les ballades sans paroles que les pâtres Alternent, par-dessus les combes et les bois, A plein gosier, haussant la note chaque fois, En poussant leurs troupeaux sur les landes grisiircs ;

Puis des élans d'amour, des soupirs, des sanglots, Les orages du cœur que l'abandon déchaîne, Tout ce qui peut frémir dans l'âme ou dans le chêne, Sous les appels des nids ou les clameurs des flots.

I-t puis dans sa cellule ayant fait sa prière, Sur l'établi rustique où le corps prie aussi, 11 agença le bois et le bronze aminci Ht leur lit répéter les, chants de la clairière.

Hes soufflets sous ses pieds déchaînèrent les vents, •s touches sous ses doigts soudain prirent une âme, i.t l'harmonie au ciel monta comme la flamme, Dans les tuyaux pareils aux fûts des pins vivants.

Il y mit des éclats de clairons, des tonnerres. Des flûtes et des cors, des hautbois langoureux. Et des basses grondant dans les fonds ténébreux, '•': la trompette des Josaphats millénaires...

Alors la cathédrale où murs, piliers, arceaux Évoquaient la forêt, mais froide et dépouillée, Tressaillit tout à coup par l'orgue réveillée, Et vibra longuement de la voûte aux tombeaux.

:itrez! Le soleil filtre aux verrières naïves. C'est un matin d'avril plein de gais carillons, Les citadins n'ont pas les hymnes des sillons, Mais l'orgue fait chanter l'alouette aux ogives.

V « Alléluia » pascal avec l'encens doré Monte, le « Gloria » s'envole, 1' « Offertoire » S'épanouit en fleur d'harmonie et de gloire, Et le « Sanctus » s'allonge en murmure sacré

Qui courbe doucement les fronts et sur eux jase, Comme un souffle de juin sur les épis trop lourds, Et les berce un moment en de divins amours Dont, même redressés, ils garderont l'extase...

Tout à coup le finale éclate — et le réveil, Et toutes les splendeurs de la saison nouvelle : « La messe est dite, allez I Le printemps vous rappelle Et le portail béant rend la foule au soleil.

Des épousés viendront, les âmes plus fleuries Que l'épine neigeuse aux berges des chemins; Le prêtre mariera leurs âmes et leurs mains, Et l'orgue ensorceleur leurs blanches rêveries.

Autrefois, en des jours d'inoubliable orgueil. De rouges « Te Deum » il ébranlait les voûtes... Puis ce furent les « Dies ira; » des déroules Et les sanglots sur notre honneur mis au cercueil.

NLiis toujours, deuil ou joie, espoir ou défaillance, Envols vers l'idéal ou chutes sous la croix, L'homme tressaille et vibre à cette grande voix, Et son âme avec elle ou retombe ou s'élance.

>rç;ue, instrument royal venu du bois profond Avec les hauts piliers et les arceaux gothiques, Demeure où l'ont placé les piétés mystiques, En face de l'autel à qui ton chant répond ;

Reste là-haut, plus haut que les fronts de la foule, Près des verrières d'or, de vermeil et d'azur, Entre les saints de pierre enchaînés à leur mur. Dédaigneux de la fange où le siècle nous roule;

Xe te fais pas entendre aux profanes concerts, Xe prêle point ta voix à nos indignes fêtes. Garde ton souffle pour les odes des prophètes, Dusses-tu chanter seul dans les temples déserts.

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