LES SE^C^ILLES
v-^'est encor le déclin de septembre et je sens, Des coteaux modérés, des bruyères pâlies, Des ruisseaux attristés et des bois languissants Se lever les essaims de mes mélancolies.
Pourquoi suis-je, ce soir, plus désolé qu'hier? Pourquoi ce clair soleil qui fait les guérets roses Et du semeur hAtif allume le front fier, Laisse-t-il sur le mien tant de rides moroses?
Qu'est-ce qui se lamente en moi, qui vais demain
Retrouver à Paris la bataille sacrée,
Le devoir, des amis qui me tendront la main,
— Ce qui fait que l'on vit et que parfois on crée?...
Oui, je sais : l'oiseau fuit vers le midi vermeil, Et l'hiver se pressent à la feuille qui tombe ; Et, si nous ne veillons de près sur leur sommeil, Nous croyons nos défunts malheureux dans la tombe. . .
Mais quoi ! L'hiver qui vient féconde les sillons, La sève des printemps jaillit des feuilles mortes; Ceux que tu pleures ont travaillé : travaillons ! L'aspect des tombeaux doit faire les âmes fortes.
Ne t'alanguis donc pas en de vagues regrets. Ne t'épanche donc plus en molles élégies : Vieillis comme vieillit l'arbre de tes forêts Qui, le front dépouillé, garde ses énergies!
Courage ! ceins tes reins pour un voyage encor Vers l'ardente fournaise où l'avenir bouillonne ; Plus tard tu reviendras dormir dans ce décor : Sème, sème toujours, puisque voici l'automne!