‹ Œuvres: poésiesChapitre 25 sur 37 · SOUS LES HÊT%ES · texte numérisé non relu

SOUS LES HÊT%ES

V^' V. de fois ils m'ont vu passer, ces deux vieux liL-ti . Là, dans ce chemin creux où fraternellement Leurs bras noueux et tors comme des bras d'an«:Ci;^;> Font une voûte d'ombre et de recueillement 1

Ils m'ont vu, frais marmot en jupe que grand'mèrc Emmenait rechercher les dindons égarés, — Rôveur inconscient que guettait la chimère Déjà, parmi les bois, les landes et les prés.

l'ont vu, dénicheur enragé d'escalades, ir grimper jusqu'aux œufs des geais ou des corbeaux Donner à leurs troncs clairs d'étroites accolades, Et retomber meurtri des élans les plus beaux;

Et puis, adolescent très doux, un peu sauvage, Pleurer là longuement, sans trop savoir pourquoi, En écoutant au loin les cloches du village Appeler à l'autel ceux qui gardaient leur foi.

Ils m'ont revu plus tard, amoureux et poète Pour qui baisers et rimes d'or ont mêmes sons. Eperdu, demander à la combe muette Une femme inconnue et de neuves chansons.

Ils m'ont revu, fils, frère en deuil, suivant la bière De tel ou tel des miens subitement fauchés, — Trébuchant contre leurs racines ou la pierre. Et souhaitant mourir sous leurs rameaux penchés.

Et tous deux me revoient aujourd'hui, triste et lâche, Le corps vieilli, le cœur vainement agité. Eux dont le tronc solide émousserait la hache Et qui savent vieillir avec sérénité...

Hêtres, vieux hêtres blancs, frères jumeaux de force, De grâce et de beauté, vivez ici longtemps, Avec mon nom par moi gravé sur votre écorce Et mon âme diflfuse en vos rameaux chantants.

Versez de l'ombre à ceux qui dans l'étroite voie Où marchaient leurs anciens marchent toujours, pieds nus Forts contre la douleur et simples dans leur joie, Et cachez bien à tous leurs amours ingénus.

Restez, restez debout, quand tout tombe en mines Du passé libre et fier où l'on vous a plantés; Accrochez-vous au sol par toutes vos racines, Vivez avec les morts qu'hélas I j'ai désertés 1

^ L^ T%E^CIE%E 'H.EIGE

J E t'ai souvent chantée, ô Neige que j'adore, Jamais assez bien, à mon gré ;

I-t c'est pourquoi, ce soir, je te célèbre encore, — L'œil ravi, le cœur pénétré.

Je te salue, ô fine et frêle messagère De l'Hiver paisible et dormeur.

Qui sur les rameaux nus te poses, si légère,

ISans éveiller une rumeur I t'aime, froide abeille aux ailes étoilées

224 l'^^R LES VIEUX CHEMINS

Qui par essaims descends sur nos landes gelées, Sans avoir soif, sans avoir faim ;

Puis, brusquement, dans un rayon, sous une haleine, T'évanouis en un clin d'œil.

Comme le songe vain et la gloire plus vaine, Laissant l'âme et la terre en deuil!...

Je t'aime de cacher pour une heure nos fanges. Et nos charniers et nos tombeaux,

De mettre sur nos bois ta fourrure et tes franges Et sur nos blés tes doux manteaux.

Je t'aime d'évoquer les candeurs effeuillées

De nos âmes blanches d'enfants.

Et tant de floraisons depuis lors dépouillées

De leurs pétales triomphants :

Aubépine embaumée où jasaient les fauvettes,

Grands prés de narcisses couverts.

Robes et voiles de nos sœurs, aux grandes fêtes

Où nous voyions les cieux ouverts; Premiers élans d'amour et blanches épousées

Au bras d'un autre s'en allant...

Neige, tu nous le rends, dans tes splendeurs rosées,

Tout ce pauvre passé si blanc I...

Je te bénis, ô Neige pure et consolante;

Tombe encore, tombe toujours, Tombe en essaims silencieux, lente, — plus Iciuc

Que l'oubli sur les grands amours!

fe

TR.WERS Ltb bAlSONS

Tombe, recouvre, endors, guéris; donne des songes

A ceux que le jour a meurtris; Et puisque nous vivons jusqu'au bout de mensonges, mne-nous un instant tes mensonges fleuris 1

Dans le Tassé

Page 1