LE %ETOUR DU LOUT
12 N F IN te voili revenu
Sur notre terre aveyronnaise, Où depuis plus d'un bon quart de siècle Inconnu, De l'Aubrac au Lagast tu laissais paître à l'aise Veaux et poulains, agneau tendre et bélier cornu.
Enfin, te voilà revenu !
« Au loup 1 » Le cri part des Cévennes,
— Autant dire du Gévaudan 1 Ht nos jeunes bergers en ont froid dans les veines ;
Les troupeaux sentent une dent Et des griffes errer, la nuit, parmi leurs laines.
« Au loup! » Le cri part des Cévennes...
Sois le bienvenu, vieux routier
Dont on effrayait notre enfance,
Les soirs d'hiver, dans les récits près du foyer,
— Si bien que mère-grand nous avait fait défense
De passer le portail guetté du louveiier... —
Sois le bienvenu, vieux routier.
Toi que plus tard, dans tes bois même,
— Chasseur aussi, — j'apercevais, Furtif, hagard, le poil dressé; maigre bohème
Qui, me sachant homme et mauvais.
Fuyais ma canardière avec mon anathème,
— Proscrit, tremblant dans tes bois mêmel
Ah! tu me manquais depuis lors.
Quoi! s'enfoncer dans la clairière, A deux, pour écouter l'autan aux sourds accords, Et s'embrasser sans te sentir marcher derrière
IEt nous mettre un frisson de peur par tout le corps?.
Tu me manquais par les nuits noires ;
A l'heure où geignent les hiboux, Dans Roupeyrac et ses coupe-gorge notoires,
A travers les branches de houx On doit voir, tout au moins, luire les yeux des loups.. .
Tu me manquais par les nuits noires.
"Et plus encor quand — magister —
Je voulus imposer des règles A quinze ou vingt marmots assoiffés de grand air. Qui, sachant qu'il n'est plus ni de loup ni d'enfer. Me narguaient et couraient au bois, les doux espiègles
Il faut le loup au magister!
Et tu manquas bien davant.ige
Au barde rustique plus tard.
Comment chanter troupeaux, bergers et p.\turago
Sans faire au glouton une part?...
Jean-le-Pâtre mourut, je crois, de ton départ
Encor plus que de son grand âge...
Mais puisque enfin tu reparais, Noble émigré, sur ton domaine,
Roupeyrac va reprendre un peu de ses attraits.
La bètc fauve y rencontrant la bètc humaine.
Puisse le sort hâter le jour qui me ramène Dans les bois où tu reparais 1
rA.SSE
En attendant, je te salue, A ton retour, d'une chanson.
Toi l'inconnu, toi le mystère et le frisson, I-'igure fantastique et falote et velue. Vestige d'un passé qui jour à jour reflue Et s'enfonce sous l'horizon.