‹ Œuvres: poésiesChapitre 29 sur 37 · PAR LES VIEUX C II E M I N 'J · texte numérisé non relu

PAR LES VIEUX C II E M I N 'J

La cloche, enfin! Il est onze heures!

— Ah! les châtaignes sont meilleures Sur le foirai qu'à la maison :

On les tettc en jouant aux barres, A la truie, à maints jeux barbares Appropriés à la saison.

Voici la neige — et la bataille :

Que d'yeux pochés par la mitraille !

Quels Austcrlitz! Quels Waterloos!

Que de glissades et de chutes, De fronts fendus dans les culbutes Et de pantalons en lambeaux!

Soudain la cloche sonne encore...

Une galopade sonore Nous ramène suants, soufflants, Dans la salle où le hêtre flambe.

On tend le dos, on tend la jambe, On se sèche, — un peu somnolents.

Bercés de nouvelles lectures :

Aux « Trente sortes d'écritures », A « V Evangile », au « Paroissien ».

— Car on lisait du latin même.

Et j'ai déclamé tel poème, Hélas! où je n'entendais rien.

Mais dont j'ai gardé dans l'oreille

L'harmonie étrange, pareille

Au bruit des vents, des eaux, des bois,

— Une incomparable musique Que ma pauvre flûte rustique N'a pu rendre encore une fois...

Ah 1 ma vieille école champêtre,

Mes vieux livres et mon vieux Maître,

Comme vous étiez faits pour nous,

— Nous prenant tout juste à la ferme Les mois où le portail se ferme Contre les frimas et les loups.

Et nous rouvrant l'étroite cage Dès que Toiseau chante au bocage, Que le troupeau tond les gazons,

— Sachant que la plume fragile A l'araire qui fend l'argile Doit céder durant trois saisons!

Je te regrette, humble masure

Que zèbre une large fissure

Où font leurs nids les moineaux francs,

Insoucieux et gai symbole

De tes écoliers, — vieille École

Qui fis tant d'heureux ignorants!

DANS LE PASSIi

FLEU%S T>E GIV%E

lu RE floraison hivernale Éclose d'un froid brouillard gris, Le givre aux arbres de Paris Donne une grâce virginale.

Hier soir, nus et grelottants

Sous la bise aux sifflements aigres,

Ils berçaient sur leurs longs bras maigres

Quelques nids du dernier printemps;

Et ce matin l'aube surprise Des deux côtés des quais sans fin Les trouve vêtus d'argent fin Qu'un rayon de soleil irise.

Et jamais sur les amandiers Mars ne mit de robe plus belle Ni Mai sur l'épine rebelle Dont il embaume nos sentiers...

Mais quoi ! ce sont des fleurs de givre, Des fleurs de mensonge et d'orgueil ; Le soleil les fond d'un coup d'oeil, Lui qui pourtant fait naître et vivre.

Elles n'exhalent nuls parfums, Elles ne portent point de graines :

Comme le songe elles sont vaines, Et comme nos espoirs défunts...

Mais surtout elles sont l'emblème De cet art faux et puéril Où se compLaît l'esprit subtil De notre temps falot et blême;

Des toiles de nos décadents,

Des airs de nos opéras mièvres,

Des poèmes de nos orfèvres,

— Flacons taillés sans rien dedans, —

De nos romans à la douzaine, De nos drames veules et gris D'où sont absents rires et cris Et l'émotion forte et saine.

Fleurs de givre aussi, ces palais Que pour un jour on nous élève, Et qui, plus fragiles qu'un rêve, Vont faire des plâtras si laids!

Et fleurs de givre, plus que toutes.

Nos aspirations d'un jour Vers la croyance ou vers l'amour, — Si vite mortes sous nos doutes!

Fleurs de givre, clinquant, vernis, Drap somptueux, d'un travail rare, Et dont toujours, hélas 1 se pare Le cercueil des peuples finis 1

Page 1