T>E'BOUT, T^YS^'MI
EBOL'T, Paysan mon ami, Qu'un lâche espoir tient endormi Sous tes poiriers ou sous ta treille 1 Debout, faux ou hache à la main, Au bord du champ, sur le chemin, — Sans quoi de ta ruche demain Les frelons chasseront l'abeille...
Ah ! tu t'étais imaginé Que l'arpent que t'avait donné Ton père en allant vers son père T'appartenait, et que toi seul, Après ton père et ton aïeul.
Tu pourrais jusques au linceul Le garder, — l'ayant fait prospère.
Seul le connaître et seul l'aimer, Et seul l'enclore et le semer, Le voir fleurir dans la lumière, Y cacher tes simples amours, Tes fils, ton grain dans les labours.
Et l'espérance des vieux jours.
Et ton second berceau, la bière?
Naïfl Ne les entends- tu pas Qui vers toi montent pas à pas Et dans ton mur ouvrent la brèche.
En poussant leur cri furieux :
« Donne le champ de tes aïeux!
La terre à tous, comme les cieux, Comme l'air pur. comme l'e.iu frafchL-
« Qu'as-tu donc à fermer ainsi
Ton maigre lopin rétréci
Par les chemins et les clôtures?
Coupe ta haie, abats ton mur :
Les prés sans borne et le blé mûr Doivent dérouler sous l'azur La fraternité des cultures I,.. »
Ah! terrien, c'en est fait de toi!
On ébranla d'abord ta foi,
Héritée aussi des ancêtres,
Q.ui t'aidait à porter le faix
Des durs travaux, des jours mauvais,
Et t'endormait enfin en paix
Sous tes châtaigniers ou tes hôtres.
Puis on a détourné tes fils
Des bons chemins par toi suivis.
Leur faisant des âmes serviles.
Sans élan, sans autre idéal
Q.ue d'aller loin du sol natal
Ramasser le jaune métal
Dans le fumier des grandes villes.
Tes fortes filles, à leur tour, Ponent leur lait ou leur amour Aux fils d'une race avachie ; Elles te reviendront plus tard Avec des rides sous leur fard, T'amenant quelque aflfreux bâtard, Graine de bagne ou d'anarchie...
Mais, du moins, à ton cœur blessé
On avait jusqu'ici laissé
Ta maison, ton champ ou ta vigne,
De quoi besogner jusqu'au soir.
Ta femme et toi, — sans autre espoir,
Après la soupe et le pain noir,
Qu'un ciel d'où l'aïeul te fait signe.
C'était trop 1 on te la prendra, Ta maison ; on arrachera Le houx géant qui l'environne, La haie en fleurs dont les buissons, Emplis de nids et de chansons, Faisaient le tour de tes moissons, — Défense à la fois et couronne.
On coudra ton clos et tes prés,
De leurs barrières délivrés,
A d'autres champs vagues et mornes ;
Et les machines sèmeront Savamment et moissonneront; Les hommes boiront, dormiront Ou feront des discours sans bornes...
Que dis-tu de ce paradis?
— Debout 1 et sus à ces maudits 1 N'as-tu plus de fourche à l'étable?
Val leur audace ne s'accroît Qu'avec la peur que l'on te croit; Lève-toi I Le laboureur droit Projette une ombre redoutable.
Songe que ce que tu défends,
Ce sont les morts et les vivants,
Ton avenir et ton histoire,
Les os des ancêtres mêlés
A la glaise où poussent tes blés,
L'abri des tiens qui sont allés
Chercher au loin profits ou gloire,
Mais qui, plus tard, les pieds meurtris
Du rude pavé de Paris,
Le cerveau vidé de chimère.
Le cœur et la veste en haillons,
Seront heureux, sur tes sillons,
De se dire encor : « Travaillons I
Rien n'est bon que la Terre-mère. »
Sache surtout — et le sachant
Tu veilleras mieux sur ton champ —
Qu'avec lui tu défends encore
Tout ce qui nous reste de sain,
De fort et de doux pour demain :
La foi, la famille, le pain.
Ce qui te soutient et t'honore.
Songe que ta terre a besoin D'amour encor plus que de soin.
Et qu'il lui faut, pour qu'elle abonde En bois verts, comme en froments roux, Non mille amants, mais un époux Fort, ardent, fidèle et jaloux, Qui la comprenne et la féconde;
Que la machine ne peut rien Où n'est pas le cœur du terrien.
Et que le blé jamais ne lève, S'il ne sent, pour le protéger Du larron ou de l'étranger, Dans l'azur sur lui s'ériger l-n croix un soc avec un glaive.