‹ Œuvres: poésiesChapitre 32 sur 37 · LE CH^'KSO'K,'MIE · texte numérisé non relu

LE CH^'KSO'K,'MIE

^^ v>OMME la fileuse sa mie,

Comme le sabotier son gaillard compagnon,

Et le meunier de fin renom Qui contait au tic tac bavard de sa trémie, — Comme la fileuse sa mie, —

Est parti le vieux chansonnier.

Celui des paysans qui ne savaient pas lire. Mais qui savaient chanter et rire

I Quand ils avaient empli la cave et le grenier.

2)8 l'AR LES VIEUX CHEMINS

Je l'ai connu, dans ma jeunesse, Roger Bontemps rustique, ignorant et joyeux,

Et gaulois comme ses aïeux, Entrant au cabaret au sortir de la messe...

Je l'ai connu dans ma jeunesse,

duel lutin dotant les berceaux Avait pu mettre tant de joie en sa cervelle,

Tant de verve toujours nouvelle, Et de chansons à rendre jaloux les oiseaux,

Lorsque avril luit sur leurs berceaux?

Il chantait étant petit pâtre; Apprenti, la varlope ou la lime à la main.

Insoucieux du lendemain, Il chantait; homme mùr, vieillard au coin de l'âirc,

Il chantait comme un petit pâtre.

Il chanta partout et toujours; Et toutes les chansons de la terre naule,

La folle et la sentimentale, Celle du cabaret et celle des labours ;

Il chanta partout et toujours :

Celle de la Saint-Je.m, si douce, Où se répondent la bergère et le berger

Qui de maîtres s'en vont changer Et s'éloigner au gré du destin qui les pousse;

— Celle de la Saint-Jean, si douce!

DANSLEPASSE 2)9

Celle des conscrits que le sort Emmène pour sept ans combattre l'Angleterre,

Et qui trouvent après la guerre Leur promise au couvent et leur vieux père mort,

— Pauvres conscrits tombés au sort !

Celle de la blonde Jeannette Clu'au fond du grand pré clos dans l'herbe fait asseoir

Sur son manteau, jusques au soir, Un galant qui du loup la défendra, pauvrette !

Oh! cette chanson de Jeannette I...

Et la ballade des Sabots Q.ui coûtèrent cinq sous de bois et de facture, Cinq de bride, cinq de ferrure, t durèrent longtemps et tinrent les pieds chauds,

— Les honnêtes et bons sabots!...

Mais qui pourrait dresser la liste De tous les airs anciens déroulés chaque jour

Avec tant d'entrain et d'amour Par cet ignorant — dans son genre grand artiste?

Lui-môme en savait-il la liste?...

Il est mort, le naïf chanteur, Et morts tous ses pareils, et morte ou dédaignée,

La pauvre chanson surannée, Douce fleur du terroir dont elle eut la senteur;

Elle est morte avec son chanteur.

26o PAR LES VIEUX CHEMINS

Ils avaient, à travers les âges, Réjoui, consolé, vengé les pauvres gens.

Les avaient faits plus diligents, Plus amoureux, plus forts, plus gaillards et plus sngcs :

Ils avaient traversé les âges.

Mais ils sont morts, et nos neveux Ne seront pas d'humeur à les faire revivre...

Vous, leurs amis, ouvrez ce livre* Où palpite un reflet de l'âme des aïeux,

— Et plaignez nos tristes neveux 1

• Un recueil de chansons du pavs, par MM. Couderc et Talion.

'D/Z/'ar nri.7,-n,,r-„-//,- 'DnAlaK'. ,ir la Comedu-Frauçaiie

J E suis la Musj du Rouergue, et suis venue Ce soir vers la grand'ville où, longtemps inconnue, Je compte désormais un groupe d'amoureux : — Peintres, sculpteurs, chanteurs ou diseurs, ou poètes, Tous sortis du sillon, comme les alouettes Qui d'abord planèrent sur eux.

Ah! certes, je pleurai d'effroi quand ils quittèrent Le pays âpre et dur où leurs aïeux luttèrent, Non pour la gloire, mais pour le pain et le feu ! Je redoutais pour eux l'épuisante caresse De Paris, et voulais réserver leur tendresse Pour leur village ou leur chef-lieu.

Mais j'ai séché mes pleurs et me suis résignée A voir vivre et créer loin de moi la lignée De ces enfants, ingrats à demi, déserteurs Peut-être, et fous parfois d'écouter la chimère, Mais qui demeurent bons pour leur Muse et leur mère, Et simples comme leurs auteurs.

Et je leur porte, à ces exilés qui, sans doute. Chaque fois qu'une ronce embarrasse leur roule Regrettent d'avoir fui leur foyer et leur seuil, Un bouquet de bruyère, un souffle de leurs cimes, De la couleur pour leurs palettes, et des rimes Pour leurs chants de joie ou de deuil.

Puis, leur .ayant donné mes fleurs et ma caresse, J'emporterai, là-bas, pour la tombe en détresse Ht pour la veuve d'un de leurs maîtres chéris L'or que vos cœurs ont mis dans la main large ouverte ; Et l'une aura du pain, l'autre une branche verte Qui réjouira ses esprits.

Ensuite j'attendrai, près de leurs vieilles mères 1-t de leurs sœurs que, las de lauriers éphémères (Les plus beaux aujourd'hui ne durent pas longtemps) — Les pieds saignants, la tempe grise et l'âme en peine Ils reprennent le long chemin qui les ramène Aux lieux où chantent leurs vingt ans...

Ah ! revenez-nous tous, — vainqueurs, vaincus, qu'importe?

Avant que soit à jamais close votre porte,

lit tous les cœurs éteints que font battre vos noms !

Venez au vieux foyer tendre vos mains fiévreuses,

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