‹ Œuvres-poésies, publiéesChapitre 2 sur 26 · I)K MAY · texte numérisé non relu

I)K MAY

N'estoient pas do toi valeur.

Et puis resveilldo chalour Du bol cler soloil flamboyant Aloit par dessus ondoyant,

665 Telement quo, pour dire voir, A peine pooit oeil veoir Ne regarder pour la lumière.

Puis furent de doulce manière Les gens d'Amours leens assis

670 Sur draps d'or larges et massis, Estendus desor les florettes, Ainsi comme par amourettes.

Et quant à leurs habillemens Et à leurs riches vestemens

675 De divers draps plaisaument fais, Sur terre n'en a nulz si fais, Ne nulz si très riches d'assés.

Jamais ne me feusse lassés De regarder si belles gens

680 Et leurs maintiens humbles et gens. Une chaiere y fu assise Que chascun sur toute autre prise, D'oeuvre si soubtilment ouvrée Et de richesce si parée

685 Que sa chaleur et sa beaulté Vault bien l'or d'une royaulté ; Et le dosseret do derrière Fu fait d'une tele manière Et d'un drap tant riche et si bel

690 Qu'onque depuis le temps Abel On ne vit drap de si riche oeuvre.

Ore ou comble qui le chief coeuvre Avoit ung escarboucle en hault Et huit balais, dont chascun vault

695 Tant que dire sambleroit songe

Ou quelque couleur de mensonge, Et si diray je nonpourquant Qu'onque dossier no valu tant.

Aussi n'est ce mie raison

700 Que si riche tente ou maison

Ait pape, empereur, roy, duc, conte, Que le seigneur dont je raconte :

C'est Amours, qui par sa maistrie.

Tous les seigneurs mondains maistrie.

705 II seignourist par dessus tous

Et met tous seigneurs au dessoubs.

Quant cueur de seigneur veult sousprendre. Seigneur nul ne s'y viengne prendre ; Car dès qu'il a l'amer empris,

710 II n'est seigneur qui n'y feust pris, Tant soit fort, soubtil ou rusé.

Et maint saige en ont abusé, Cuidans le veincre par puissance.

Qu'il a veincus jusqu'à oultrance.

715 Et qui plus est. Amours aprent A bon cueur qui l'amer emprent.

Plus de vertus, de sens, d'onneur Que nul, soit tant large donneur ; Tant est sa puissance eslevée

720 Et des vertueux approuvée.

Car cueur noble et de haulte emprise Son service adès sur tous prise, Dès qu'il donne à dame son cueur.

Et sur tous il est doulz seigneur,

725 Si qu'il n'est homme, tant soit rude. Qu'il n'anoblisse en son estude Par vertus aprendre et congnoistre.

Aux preux fait leur prouesce accroistre, Aux simples donne entendement,

730 Aux couars, soudain hardement.

Page 1