‹ Œuvres-poésies, publiéesChapitre 4 sur 26 · MA · texte numérisé non relu

MA

« En fin , tant soubtilment emploie « Son malice ; car Dieu ne ployé « Point par dissimulacion ,

1570 (( Qu'il ne prengne pugnicion

« Des plus pervers qu'on trouveroit ; « Autrement honneur cesseroit , « Et bien faire ne vaulroit rien « A nul cueur de homme terrien.

1575 « Pour ce te dy que toute emprise « Qui n'est à juste cause prise « Et gouvernée leaument « Ne durera jà longuement, « Que tousjours la fin ne soit orde.

1580 « Ainsi en advient il, soit or de « Tous les puissans malicieux , « Puis quilz sont trouvez vicieux, « Tant ayent seignourie à main. « Homme nul n'a seiir demain

1585 « Que soudaine mort de son mors

« Ne l'ait , dès qu'il plaist à Dieu, mors.

« Or tu te dis estre amoureux,

« Si soyes donques vertueux.

« Fay bien tant que tu as espace ;

1590 « Vie est briefve , et brief temps se passe. « Mais plus seras acompaignié « Ceens , et tant mieulx ensengnié :

« Chascun de bon conseil est plain, « Croy ce qu'il te diront à plain ,

1595 « Voire ceulx qui ont audience « En conseil , car ilz ont science « Approuvée par tout le monde « Et renommée nette et monde. »

Après la seiire doctrine

1600 D'Umilité douce et bénigne , Je la merciay grandement

Du prouffitabic ensengnement Que dit m'avoit par sa Ijonté ; Car cllo m'avoit raconté

1005 Maint bien pour ma vie amender Et pour Amours reverender , Sa court , ses gens petis et grans , Tous desirans , prests et engrans De dire toute honneur et faire.

1(3 10 Tant plus me plaisoit mon affaire , Et plus assez me delittoie D'estre ou plaisant lieu où j'estoie.

Lors dis seulet : « Quel appareil , « En tous déduis le nonpareil I

1615 « Trouveraj je pour place eslire

« D'estre à requoj , faire et escripre « Les balades qu'Amours de bouche « M'a commandé ? Car trop me touche « Ce qu'il lui plaist , et sans delay

« Moyennant l'aide de luy « Et sa grasce. » Dont lui supplj Qu'il m'aprengne à dire si bien Que ce soit exemple de bien ,

1625 Et que celle m'en sache gré

Qui de mon cueur scet le secré ; Car s'il lui plaist , je ne plain peine Ne traveil où mon cuer se peine.

Et pour tant qu'ay besoing d'aide ,

1630 Supplie à Amours qu'il m'aide, Car autrement je ne saroie Y avenir, et si n'aroie Sentement , s'il n estoit en chief , Pas tel que d'en venir à chief.

1635 Or soit à mon commencement Par sa grasce présentement.

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Quant j'eus ainsi parlé seulet , Au doulz chant Je maint oiselet , Joingnant la rivière luisant ,

1640 Où Amours se va déduisant , Il estoit heure de midy, De boire et de mengier ne dy.

Rien ne diray de ce moys là , Mais Courtoisie m'appella ,

1645 Disant : « Ta chambre , où tu jerras , « Est là dessus , tu la verras ; « Demande ceens, bas et hault, « Tout plainement ce qu'il te fault ; « Liement on y entendra,

1650 « A autre qu'à toy ne tendra.

(( Va tes balades commencier , « Il est heure de t'avancier ; « Nous te lairons seulet icy « Soubz cest abril , pour faire ainsi

1655 ({ Qu'il plaist à Amours que tu faces. Lors les merciay de leurs grâces , Et Honneur, tant comme je seus ; Si demouray là endroit seulx , Tant riche et tant reconforté

1060 Que qui m'aroit ore aporté Quanque saroie souhaidier , Il ne me pourroit mie aidier Au centisme tant que faisoit Ce bien qui sur tous me plaisoit.

1665 Et se jamais ne joïssoie

De mes amours où que je soye , Si m'a Amours tant honnouré Qu avecque luy ay demeuré Au moys sur tous riche de joye ,

1670 Et se tel bien ne me resjoyo , Je ne vail pas ne ne suy digne

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