COMMENCE AINSI
Contraint d'amoureuse pensée, En moy secrètement pensée.
Par un gracieux jour de may, Pour mon cueur mettre hors d'esmaj, 5 Me levai assez matinet.
Quant je vi le jour cler et net , De Charenton je me parti,
Bon amour scet en quel parti,
Et m'en alay tout esbatant 10 Sur Marne, où je cheminai tant
Que je vi de Beauté la tour,
La fondacion et l'atour
De tout lostel, qui est si gent
Qu'il est prisié de toute gent 15 Qui l'ont regardé et veii.
Tant est de beauté pourveii
Que de tous doit estre nommé
Beauté sans estre seurnommé,
Car il siet en si beau regart 20 Et si plaisant, se Dieux me gart.
Qu'on ne pourroit mieulx divisier,
Combien qu'on y peiist viser,
Pour avoir lieu délicieux.
En ce jour de may gracieux 25 Que je dy, estoit de rosée
L'erbette menue arrosée
Ou pré où je m'alay embatre
Pour mon corps déduire et esbatre
A oïr les belles chançons, 30 Non pas musiquans, mais les sons
Des oyseaulx et la mélodie.
Où je mettoie m'estudie ;
Car tout le lieu retentissoit
De la noise qui en issoit 35 Tellement que, foi que doy my,
En les escoutant m'endormy.
Tant fu de plaisance ravis.
Comment Vautevr s*endort sur la rosée et entre en sa vision.
Mais en dormant me fu advis Que Beauté amont et aval
40 Devint un hault palais royal, Aussi bel et bien ordené Qu'onques homme de mere né En veïst nul ne loing ne près.
Car de haulz murs, et non de prés,
45 Me sembloit enclos tout autour.
Des murs jusqu'au palais entour Quatre lieues povoit avoir ; Court et jardin, au dire voir, Y avoit plus de deux trais d'air
50 De lonc, et me sembloit le pair Du bois de Vinciennes encloz Dedens les murs haulz, et le clos Du palais d'aussi grant arroy Que pour logier le corps du roj,
55 Car il estoit longs, haulz et drois. Bien adreciez en tous endrois.
De huit tours estoit soustenus, Ce me sembloit, et maintenus ; Entre les autres une tour
60 Y regarday, de tel atour Que tout le lieu resplendissoit De la beauté qui en issoit.
Et quant je l'eus bien ad visé Tout tel que je l'ay devisé,
65 II me sembla, se Dieux me gart.
Que lors adreçay mon regart, Que ou jardin, qui estoit plain De fleurettes, ou tout à plain, Vi deux riches tantes tendues,
70 Très notablement entendues.
La première estoit de velours De moult de diverses couleurs.
En celle se seoit un roy Très puissant et de noble arroy ,
AMOtRRLX. S5
75 Emprès lui une dame belle, Qui ne lui ostoit pas rebelle.
Devant leur tante un feu veoiô Qu'onques si grant veû n'avoie, Ce me sembla, ne si ospris.
80 La seconde tante de pris Assez plus noble me sambloit.
Et si haulte qu elle assembloit Sa haulteur au ciel pur et fin.
Là où sont ange et séraphin.
85 Du veoir estoit grant delis,
Car plus blanche que fleur de Ijs Me sambloit, et estoit de soye.
Mais tout ainsi que je pensoye A ceste belle vision,
90 II me vint en advision
Que je l'escrisoio en un livre Pour en avoir mieulx à délivre Remenissance ou retentive Par mémoire jmaginative,
95 Et disoie : Je fay cy vers.
Lesquels ne sont pas trop divers.
Car ilz ne sont que de coupletes En fourme de lignes doubletes, Et les fay faisant mencion 100 De l'amoureuse intencion Que j'avoie quant me levay Celui jour et mes mains lavay.
En disant, contraint de pensée Amoureuse en mon cueur pensée :
105 De tout ce qu'il m'est advenu Puis lors dont il m'est souvenu.
Et qu'il m'advient et advenra, Bien m'en souvient et souvenra Se je puis, et selon mon sens
56 TRÉSOK
110 Et que j'en ay senty et sens Et sentiray, versifier En veuil vers, et vérifier A mon povoir. — Et tout ainsi Que mon cueur estoit en soussi
115 Pour mieux venir à mon entente, En pensant à la haulte tante Qui estoit arrier et ensus De la première, et avoit sus Trois pommiaulz de fin or luisant,
120 En celle tante déduisant
Que je dy, y vi quatre dames Belles, bonnes de corps et dames.
Comment Congnoissance et Loyauté viennent à V auteur.
Dont les deux de ces quatre à my S'en vindrent, et dist : « Mon amy » ,
125 L'une des deux sans faire cris, « Dy nous que c'est que tu escris ({ Et pourquoi tu y mes ton temps. »
Mais à ce que je sui sentans, Quant ses paroles entendi,
130 Tout en dormant lui respondi :
« Dame, j'escri ce qui me semble « Que j'ay veu et voy ensemble « Et verray, pour mieulx en avoir « Mémoire. Je vous ay dit voir ;
135 « Chiere dame, par vo bonté « Et humble debonnaireté, « Dittes moy, s'il vous plaist, le vray « De ce que vous demanderay.
« Qui estes vous entre vous deux?
140 « Vous me faites tout vergondeux « De la douleur que j'apparçoy
« En vostre maintien et conçoy ; a S'il vous plaist , je saray les noms « D'entre vous deux, et les renoms 145 « Des deux dames que vous avez « Laissié ainsi que vous savez « (Ne sçay qu'elles sont devenues « Depuis que cy estes venues) , « Si me ferez grand amité. »
Comment Congnoissance devise à Vauieur la signification des deux tentes.
150 « Je t'en diray la vérité, »
Ce dist la dame , « or y entens , « Pour la fin à quoy tu contens.
« De celle haulte et noble tante , « Qui jusques au pur ciel atante ,
155 « La blancheur puet signifier « Purté , pour ceulx purefier ({ Qui ont discrète intencioii « Envers Dieu par devocion ; a La haulteur nous monstre la vie
160 « Où il n'a orgueil ne envie ;
« C'est la tante qui les bons maine « Ou hault et glorieux domaine M Sans commencement el sans fin.
« Et pour les trois pommiaulz d'or fin
165 « Dois entendre la Trinité , « Trois noms en une deïté , « D'une poissance et d'un vouloir.
« Qui pour sa volonté vouloir...
« Pour mes seurs et moy l'ordonna
170 « Dieux et puis il la nous donna.
u Nous sommes quatre scurs : l'ainsnée ,
TUKSUn
« C'est Raison , la bien doctrinée ; « Mon autre seur , c'est Souffisance »
« Et nommée suis Congnoissanee ;
175 « Vecy Loyauté , la mainsnée , « Que par la main t'ay amenée , « Laquelle avec toy demourra ({ Ne jamais en toy ne mourra ; « Ainsi ne sommes nous que trois.
180 « Quant amours font les cuers destroig « Des plus amoureux , par penser « Ou par vray désir , se passer « Peuent et venir jusqu'à nous , « Pas ne les couvient à genoulz
185 « Crier qu'ils aient reconfort ,
« Car nous en faisons nostre effort « Et maint en avons secouru « Sitost qu'à nous sont acouru. « Pour ce te dis je le mestier
190 « Que faire savons , se mestier « En as ens ou temps à venir , « Que tu puisses à nous venir a Pour avoir aide et secours , <{ Et nous venrons à toy le cours. »
195 — « Dame » , ce dis je à Congnoissanee , « Quant il vous plaist que congnoissanee « Aye de vous , vostre mercy , (( Et de ce qu'avez jusqu'à cy « Vostre belle seur amenée ,
200 « Qu'ains ne meffist à ame née, « Je vous suppli de cuer parfait « Que vueilliez entendre à mon fait »
« Car j'ay en vous ferme fiance « Que toute la signifiance
205 « Aray de ce que cy endroit
« Ay y m et voy. » — - « Tu as droit, »
Ce dist Congnoissance la sage ,
t Amours to devoit uu passage
« Parmy son règne ; or y es tu , 210 a Sentant le plus de sa vertu,
« Car bien congnois que tu la sens
« A ton povoir et à ton sens ,
a Et de ce que tu ne pues pas
a Congnoistre , je t'en voeil le pas 215 er Plainement desclorre et ouvrir
et Et la vérité descouvrir ;
« Puis qu'en moj ton cuer se confie,
« Je te diray que signifie
« Ce que tu as veii et vois.
220 « Or entens justement ma voix.
Comment Congnoissance devise à la tire Vordenance du dieu Amours qui est en sa tante.
« Premiers te diray de ce roy
« Que tu vois en si noble arroy
a En celle tante de velours.
« Pour les sages et pour les leurs ,
225 a C'est Amours , qui se fait nommer
« Dieu d'amours et tant renommer ,
« Car partout congnoist on son nom,
« Tant a hault et noble renom.
« La dame de gente estature
230 a Qui siet emprôs lui , c'est Nature ,
« Qui l'a nourri comme sa mère »
« Sans estre sure ne amere.
« Emprès la tante de ce roy
H Et dieu d'amours, en beau conroy,
235 « Pues veoir sa gent assemblée ,
« Qui pour cause y est assemblée
tuksor
« Qu'Amours, ce liaultain roy , veult faire « Ordenance de noble affaire , a Telle que par lui le saras ,
210 « Quant en sa noble court seras.
(( Du tout au devant de sa tente , « Tu y trouveras , à m'entente , « Le feu qui est si merveilleux « Qu'il adoulcist les orgueilleux ,
245 « Et les simples , taisans et coys (( Fait issir hors de leurs recoys ; « De ce fait je te certefie.
« Et ce feu cy nous signifie « Le merveilleux et aspre fu
250 « Qui tousjours est, sera et fu « En cuer de créature humaine , « Puis qu'Amours l'a en son demaine.
> « Et ceulz qui par bien ratisier « Le gardent de rapeticier ,
255 « Ce sont les vertus qu'Amours tient « En sa noble court et soustient , « Pour lui servir jusques en fin « De franc vouloir et de cuer tin. »
Ainsi Congnoissance la sage , 260 Par doulceur et non par haulsage, Des deux tentes me devisa , Et puis le palais advisa Et me dist : « Je t'acertefie « Que ce beau palais signifie 265 « Tout à plain et nous représente « Le temps de la vie présente « Et ceulz aussi qui ont vouloir « En tous estas de mieulz valoir « Et de monter en hault degré.
270 « Afin que tu m'en saches gré ,
« Do Beauté te vueil exposer
K Tout ce que j eu puis supposer ,
« Qui te sembloit l'ostel plaisant,
« Très gracieux et déduisant.
275 « Or est il palais devenu ; .
« Ainsi lui est il advenu
« Et advient pour le temps présent ,
« Qu'il fait à ceulx qui ont présent
a De tous les biens qu'on peut penser ,
280 « Car on ne pourroit compasser
« Son pareil ne si pourveû
« De toute beauté , ce veù
« Qu'en ce palais tu pues entendre ,
« Pour la fin à quoy tu veulz tendre ,
285 « La vie présente et le temps ,
« Car à ce que j'en sui sentans ,
« En ce palais sont entendu
(( Tous les biens où on a tendu
« Et auxquels on tent et tendra,
290 « Qui justement y entendra
« Pour la congnoissance en avoir ,
« Ou en déduit ou en avoir.
« De tout ton fait , à lie cliiere ,
« Tu pues et dois ta dame chiere
295 « Entendre seûre et certainne
M Gardienne la plus haultainne
(( De ce palais et du trésor ,
« Ou quel elle tient en trésor
« Le précieux don de mercj ,
300 « Qui ton cuer a mis en mercy
« Et pour l'eure met et metra,
« Lors qu'Amours s'en entremetra.
« De ce trésor est tresoriere
« Grâce ; du tout ta dame cbiere
305 « Lui en a la cbarge donnée.
6â TRKSOU
<( De bonne heure fu elle n<5e, « Car sans Grâce n'est point le don « De mercy mis en habandon.
« Grâce, pour faire leur devoir, 310 « Deux damoiselles doit avoir :
« La plus habille, c'est Cremeur, « Et Honte, qui sont de cremeur.
« A ce trésor a un huissier :
H C'est Dangier, le fel adversier. »
Comment Congnoissance nomme à l'auteur les noms des gardes de la gardienne et du palais.
315 « Or te veuil je faire savoir,
« Pour monteplier ton savoir,
« Les noms de ceulz qui ont en garde
« La gardienne, prens y garde ;
« Et le palais aussi garder 320 « Doivent partout et regarder.
« De ce palais garde la porte
« Beau Maintien, à ce se déporte ;
« Paour en est concierge, voir,
« Qui moult bien en fait son devoir.
325 « La gardienne a fait sa guete
« De Diligence, qui la guete,
« Et est au plus hault de la tour
« Où elle prent et a l'atour
« Tel qu'il affiert à gardienne 330 « Qui n'est pas nommée dienne,
« C'est la tour où elle se tient ;
« Tout ainsi qu'à elle appartient ,
« C'est la tour adrecie et faite
« De tous biens, à ton gré parfaite 335 « Et qui de beauté enlumine
« Ton petit cuer et examine.
AMouiuax.
« Autres sept tours de hault affaire « Y sont pour ce palais parfaire, « Ens esquelles ont leur retour
340 a Sept dames de moult noble atour ; « C'est assavoir : Bonté, Beauté, « Honneur, Manière, Humilité, « Atrempance, et puis Courtoisie, « La gracieuse et renvoisie,
345 « Est la septiesme de ce conte , « A ce que vérité raconte.
« Pour la gardienne commises « Y sont ces sept dames et mises, « Pour faire à elle compaingnie.
350 « N*est elle bien accompaignie , « Pour elle et son trésor garder, « S'elle veult à ce regarder?
« Ne me dois tu savoir bon gré, « Qui t ay de degré en degré
355 « Nommé les gardes du trésor, « Qui est plus cbier que de fin or, « Et de ceulz qui ont en leur garde « La gardienne? Et se regarde « Que qui garde Tun cbierement,
360 « Il garde l'autre francbement, « Palais et tout, au dire voir, tt Et se tu en veulz joie avoir, « Tous ces poins te convient sentir.
« Se ton cuer se veult assentir
365 a A servir Amours et sa gent, « Il te fault estre diligent « De lui hanter par bon arroy, « Ens ou cas qu'il se nomme roy.
« Se tu veulz aler à sa court,
370 « Vas le meilleur et le plus court « Chemin, et ne vas pas si près
64 TKKSOR
« De son feu qu'il t'en soit après « Pis en corps ne en conscience, (( Car ce ne seroit pas science. »
375 Et quant Congnoissance ainsi m'ot
Recordé et dit mot à mot
Ce que demandé lui avoie ,
Il me sembla , se Dieux me voie ,
Qu'en mon livre le mis , et dis 380 Grant mercy des fois plus de dix.
Et elle atant se departj
Et me laissa en tel party
Avecques sa seur Loyauté ,
Qui par sa debonnaireté 385 Me prist par la main , et alasmes ,
Elle et moy , où nous regardasmes
Que ce noble roy assembla
Sa gent , à ce' qu'il nous sembla ,
Par manière de mandement , 390 Et leur fist un commandement
Que nul ne meïst contredit
A ce qu'il avoit fait et dit,
Et que chascun en feust d'acort,
Et je vous en feray recort.
395 Dist ce roy : « Traiez vous en çà ! n
Et puis tout ensi commença.
Comment Amours fait nouvelles ordonnances sur ses gens et dit
« Pour plus honnourer la journée (( Qui aujourd'ui est ajournée , « C'est le jour de may gracieux, 400 « Et pour tous loyaulz amoureux « Reconforter et esjoïr , « Et que nous voulons conjoir
« Nous vous dirons tout nostre affaire. « Tout premiers avons voulu faire 405 « Hardement nostré connestable ,
« Car moult est seur et establo ;
« Pour nostre temps mieulz dispenser ,
« A nous faic Désir et Penser
(( Mareschaulz pour, tout nostre règne , 410 « Tenir en paix le temps qui règne ;
« Nostre grant chambellan. Déduit,
« Moult a le cuer sage et bien duit ;
« Franc Vouloir, grant maistre d'ostel ,
« Car nous n'en savons nul autel 415 « Ne de meilleur gouvernement ;
« Grant eschançon de Sentement,
« Et Souvenir , grant pennetier ,
« Qui moult est courtois et entier.
« Nostre chancellier , c'est Ottroy , 420 « Qui ne fait que par nostre ottroy ;
« Et nostre maistre des requestes,
« C'est Beau Parler , pour les enquestes
« Faire plus attrempéement ;
« Et s'avons fait sensiblement 425 « Bien Celer nostre secrétaire ,
« Car bien scet nostre secré taire.
« Espoir avons fait amiral ,
« Pour garder les nostres de mal
« Et de péril en haulte mer , 430 ({ Quant ilz y sont par bien amer.
« Nostre maistre d'arbalestriers ,
« C'est Doulz Regart , qui voulentiers
« Assiet bien justement son trait ,
« Soit hastivement ou à trait ; 435 « Et nostre chevalier d'amour,
« C'est Bon Renom , pour sa valour.
« Nous avons fait , sans varier ,
68 tKKSOU
(( De Bon Avis grant escuier
« De nostre escuirie , pour tant
440 « Qu'il scet d'armes le couvenant ;
(( Et de tous les autres offices
« Qui sont à nostre estât propices ,
« A nostre grant maistre en avons
« Baillié la charge , et si voulons
445 « Qu'il en face autant que feriesmes ,
« Se plus faire nous en vouliesmes ;
(( De tout le seurplus à lui tient ,
« Car bien scet qu'à nous appartient. »
Le noble roy ainsi donna 450 Ses grâces et puis ordonna
Promptement , non pas à demain ,
Que chascun venist en sa main
Faire bon et loyal serment
D'entretenir seurement 455 Ce qu'il appartenoit à faire
A chascun selon son affaire.
Lors me sembla que de ses gens
Chascun fu preux et diligens
A faire serment de cuer fin 460 De lui servir jusques en fin.
Et quant j'eus tout bien advisé,
Ainsi que je l'ay devisé ,
Il me sembla, se Dieux me gart,
Qu'à moy s'adreça Doulz Regart ,
Commeoit Doulz Regarty le maistre des arhalestriers, vint à l'auteur pour parler à luy.
465 Le maistre des arbalestriers ; Et comme courtois et entiers, Me demande que je queroie.
Et je lui dis que j'enqueroie
De Testât de ce haultain roy, 470 De lordenance et de l'arroy
De ses gens, pour la congnoissance
Avoir d'aucuns et l'acointance ,
Et que je vouloie servir
Ce puissant roy pour deservir 475 Sa bienvueillance en aucun cas.
« Je vueil estre vostre advocas, »
Dist Doulz Regart, « foy que vous doy. »
Lors me sembla que par le doy
Me prist, et au roy me mena, 480 Qui depuis mon cuer démena
Et mon corps à sa voulenté,
Où je m'estoie avoulenté.
Doulz Regart adont s'avança
Et dist au roy : « Entendez çâ,
Comment Douh Repart mena l'auteur à Amours , ce haultain roy.
485 « Sire, un serviteur vous amaine
« Qui veult estre de vo demaine
« Pour vous servir à son povoir
« A l'aide de bon Espoir. »
Et Amours tantost respondi, 490 Quant Doulz Regart ilentendi :
« Il nous soit le très bien venu,
« Car moult bien lui est advenu,
« Que c'est le premier qui s'avance
« De nostre nouvelle ordenance 495 « Enquérir en ce jour de may ;
« Et pour ce le retiens et may
(( En nostre service, à tel fin
« Qu'il nous serve jusques en fin
« Et qu'il soit de nostre couvant. »
500 — « Franc roy, je vous ay en couvant, » Respondi je par bon ad vis, Si qu'en dormant me fu ad vis, « Que mon cuer du tout vous délivre ; « La sainte escripture du livre
505 « Que je tiens en soittesmoingnage. » Lors dist Amours : « Tel tesmoing ay je « Bien à grâce et en suis contons ; (( Puis que je voy que tu contens tt A escripre la vision
510 « Qui te vient en advision , (( Et que tu veulz mettrefier « Ton langage et versifier, « De tant t'en ayme mieulz et prise, « Afin que de toy soit emprise
515 « Ma voulenté à açomplir « Et mon service à raemplir ; « Mieulz t'en sera en aucun temps, ' « Tu le pues bien estre sentans.
« En tesmoing de vous, Loyauté,
520 « Qui estes en vo royauté,
« Nous voulons que toutes nos gens « Soient partout courtois et gens « A nostre serviteur présent, « Qui de son cuer nous fait présent.
Comment loyauté parle à Espoir pottr l'aide de V auteur.
525 Et Loyauté adont parla
A Espoir , qui passoit par là.
Et dist : « Espoir , s'a nostre roy « Pleust que par son bon arroy (( Vous nous tenissiés compaignie ,
530 « J'en fusse mieulz acompaignie. » Et Amours , de grant voulenté ,
Respondi lors à Loyauté :
{( Loyauté , nous sommes d'acort
« Par vostre gracieux recort ,
535 « Qu'avec vous deux se tienne Espoir « Et qu'il face tout son povoir « De vous aidier, comme feront « Nos gens , ou ilz nous mefferont. » Et toutes ses gens respondirent
540 Humblement » quant ilz l'entendirent : « Très chiers sires , il sera fait « Amoureusement , sans meffait. »
Lors me sembla qu'au roy haultain Fis hommage de cuer certain
Comment l'auteur fait serment à Amours, ce haultain roy.
545 Et serment que le serviroie Loiaument tant que je vivroie.
Lors dist Amours : « En vérité, « Puis que tu aras Loyauté « Et bon Espoir sans toy partir
550 « De leur compaingnie , partir « Te feront à mes biens souvent , (( Mais qu'Espoir te tiengne couvent. « Et bon Espoir respondi : « Sire « En tous estas , je le désire ,
555 « Mais bien savez que je ne puis « Faire que mon povoir , et puis , « Quant vos serviteurs ont failli a A leurs ententes, assailli « Sui d'aucuns par si grant despit
560 « Qu'il leur semble que sans respit « J'ayc en ce cas mort desservie.
« Mais cculz qui sont de bonne vie, « Toujours me veulent accuser
(( Et tous les autres excuser, 565 « Et se plaignent de moy si fort
« Qu'ilz languissent en desconfort ,
« Ce dient ilz , par mon default ;
« Mais vous savez bien qu'il s'en fault.
a Amours , mon seigneur et mon roy , 570 « Mettez en ce fait ci arroy, «
Dist Espoir, « je vous en suppli
« De cuer piteux et assoupli. »
Comment Amours, le haultain roy, respont à Sspoir.
({ Espoir , Espoir , beau doulz amis » ,
Ce dist Amours , « je vous ay mis 575 « Un nostre serviteur à main
« Que Congnoissance au cuer humain
« A introduit de vostre affaire
« Et de ce que vous povez faire ,
< Si que il ne se plaindra pas 580 « De vous, s'il trueve clos le pas
« Du trésor au don de mercy ,
« Quant il se partira de cy ;
« Bien le congnois , car de son temps
4 A esté nos vertus sentans. »
585 — « Dis je vray ? » dist Amours à my,
« Dites ent le vray , mon amy. »
Comment Vauteur respont à Amou7'S, ce haultain roy.
Et je respondi : « Roy haultain , « Vous en savez bien le certain. »
— (( Ce fais mon » , dist Amours ; « tu as 590 « A la fois pour un six un as , « Et tu le prens en pacience , « Mais ce ne seroit pas science
AMOURKDX. 71
« Aussi de le faire autrement ;
u Congnoissance le sentement 595 « Par grant^ amitô t'en donna ,
« Quant Loyauté t'abandonna ,
« Sa suer , et fus si evireux
« Que du hault palais gracieux
« L'ordonnance te devisa , 600 « Tout ainsi qu'elle l'advisa ;
« Des nobles tours et du trésor,
« Que je prise plus que fln or,
a T'a nommées les gardes, mes
M Tu ne seès de quelz entremés 605 « La gardienne doit servir,
« Qui son bon gré veult desservir :
« Siques je le te vueil aprendre.
Adont me voult bon Amour prendre
Par la main, et puis me mena 610 Par le jardin et pourmena
Pour me monstrer les deïtés *
Précieuses et dignités
Qui par le jardin delitable
Estoient à tout délit able.
Comment Amours devise à l'auteur la manière de faire son livre.
615 Lors me dist Amours humblement :
« Regarde cy premièrement
« Le dieu des songes, Morpheiis ;
« En après vecj^ Orpheus,
« D'armonie et de mélodie 620 « Le souverain. Met t'estudie
(( A Morpheus tant aourer
(f Qu'en bien te veuille coulourer
« Ton songe et en fin advertir
a A toute honneur et convertir.
625 « A Orpheùs aussi feras « Révérence, car tu aras ({ De lui afaire en aucun temps :
« C'est le premier qui fu sentans « D'armonie les divers sons, 630 « Non pas dont on fait les chançons. « En après vecy Rethorique, « Assés prochaine de Musique :
« Rethorique fait virelais, « Balades, chans rojaus et lais ; 635 « A lui aourer te dois mettre
« Puis que tu te veulz entremettre « Un pou de son fait à ton sens « Et selon ce que tu le sens.
« Aussi Musique musiquans 640 a Fait nuit et jour ses musiquans « Pour tous amoureux esjoïr.
« Dont le dois tu bien conjoïr « Et aourer, beau doulz amis.
« Le chemin en quoy je t'ai mis, 645 « C'est le lieu, aval et amont, « Qui les cueurs de joie semont ; « C'est le jardin qui maint arpent « De terre contient, et apent « De droit au Trésor amoureux 650 « Où il n'affiert nul remoureux, « Ains y sont gens pour tous déduis « Vouloir faire apris et bien duis ; « On y voit de tous instrumens « Faire pluseurs esbatemens 655 « Ables : danses, tresques, carolles, « Entremés de belles paroles ; « Et tout ce qui a corps humain « Affiert on là d'uy à demain, « Se c'est chose c'on puist avoir
amouhkux. 73
Ô60 « Par grâce de moi ou d'avoir.
« A briefz mos, c'est Je paradis « A coulz qui en fais et en dis « Sont en leurs fais délicieux, « Sans astre en rien malicieux.
665 « Car en tout, mais qu'il n'i ait vice, « Je vueil excuser le novice « Et le met en si bon atour « Qu il ne pense à nul vilain tour, a Ainsi est le lieu compassé
670 0 Où moy et toy avons passé.
« Vois tu bien ce parc hault et bas, « Il y a de moult beaulz esbas ; a Mainte beste douce et humaine « Y trueve on, et est du demaine
675 « Du Trésor amoureux, pour vray.
« Une autre fois je te diray « Que ce parc puet signifier , « Tu t'en pues bien à moy fier.
« En un destour , vers ce ruissel ,
680 « Tu y trouveras un leel
« Amoureux en grant desconfort ; « Je le te recommande fort « A mettre et tenir en la voie a Telle qu'il veult que je le voie.
685 « S'il t'en parole d'aventure , « Et se ce non , si t'aventure « A enquerre et à demander « Lequel il veult recommander ,, « Lequel , en toutes ses clameur? :
690 « Ou les fais d'armes , ou d'amours. « Et s'il veult d'amours disputer , « Se tu sens riens à reputer « En son fait , si en fay devoir ; « C'est mon gré , faces le de voir
695 « Par balades et autrement.
« Or te doy je dire comment
« La gardienne du Trésor
il Tu serviras loyaument ; or
({ Y entens , et de dire voir 700 « Maintenant feray mon devoir. »
Comment Amours , ce noble roy , dit à l'auteur la manière comment il se doit ordener.
« Il n'est homme , ne tant soit gens
« Ne en tous ses fais diligens ,
« Qui sans nous et nos gens venir
« Puist au Trésor ne advenir.
705 a Siques , pour ton fait avancier ,
a II te fault pener d'essaulcier
« Nous et ce Trésor amoureux ,
« Qui tant est chier et précieux.
« Si te diray que tu dois faire , 710 « Car, selon le cas et l'affaire »
« Bien affiert que je le te die.
« Mettre te fault ton estudie
« A faire un livre bel et gent
« Pour conforter toute no gent 715 « Et esjoïr quant ilz aront
« Aucun ennoi et qu ilz seront
« En tristesce et en desconfort
« Par Dangier et par son effort.
« Premièrement tu dois entendre 720 « Que tous amans qui veulent tendre
« A nous servir pour mieulz valoir
« Par la vertu de franc vouloir,
« Chascun puet bien sa dame amer
« Et trésor amoureux nommer :
725 « Toutes sont trésor en ce cas ,
« J*en veul estre leur advocas , « Tout ainsi qu'on dit qu'elles sont « Dames en amours et seront ; « A ce ne veul riens contredire.
730 « Mais à ce que tu m'orras dire M Présentement et deviser , « Il te couviont bien adviser « Et en tout garder de meifait.
« Parmi ce que tu en as fait,
735 « Seize cens coupplettes feras « Et en quatre pars les mettras ; tt Ce sont quatre cens en chascune « Partie de rytme (?) commune, a Entre les quatre pars espasses
740 « Ara trois , se tu les compassés « Justement ; et en ta première « Espasse , par bonne manière , a Des balades y veuil avoir « Quarante quatre au dire voir ;
745 « Et en l'espasse du milieu ,
« Que pour quarante n'i ait lieu ; a Et en l'espasse derreniere « Autel nombre qu'en la première.
« Des rondeaulz y veuil trente six ,
750 « Justement entez et assis ,
« Douze en chascun nombre des trois, a Afin qu'il ne soit trop estrois.
« Douze balades esliras, « Où les douze rondeaulz liras
755 a Quant tu les y aras entez.
« Et si nous recommande en telz « Y ara, et ta dame aussi tt Pour qui tu es en grant soussi.
tt Et pour faire en tout plus notable
760 « Ton livre , feras une table
76 TUliSOR
« Au commencement de chascun « Nombre de balades. Aucun « Amoureux t'en saront bon gré, « Selon le cas et le degré
765 a Qu'ilz ont ou aront à ma court» « Où loyauté habonde et court ; « Car pour eulx faire alegement « Feras, je te diray comment :
« Les premières lignes prendras
770 « De tes balades, et mettras « Les refrains avec ; au dessus « Escriras le nombre. Au dessus a En seront plus tost, par ce point, « Pour y trouver bien et à point
775 « Ce de quoy ilz voulront tenir « Les propos et entretenir. »
Et quant Amours en tel parti M'ot introduit, il se parti Et me laissa par amité
780 Bon Espoir avec Loyauté.
Et lors me sembla qu'en estant Je me levay et pensay tant A la très doulce vision Que j avoie eue en vision
785 Et avoie, et tant y pensay Que mot à mot la compassay Et tout ce qu'Amours m'avoit dit.
Lors exploitay sans contredit Mon livre de grant voulcnté ;
790 Sur m'ame, au dessoubs de Beauté, Fis quatre cens couplés et puis Vous verres comment , se je puis ,- J'ai voulu mes balades faire De cinq tailles, en tel affaire
795 Qu'après ceste table pleniere Vous y trouvères la première.
CY APRÈS s'ensuit LA TABLE DES COMMENCEMENTS ET REFRAINS DU PREMIER NOMBRE DE BALADES QUI EN CONTIENT QUARANTE ET QUATRE (l).
Cy commence la première balade du dit nombre gui oi contient quarante et quatre.
Pour exaucier la haulte et noble estrace, Es biens d'Amours, dont on ne puet joïr Que ce ne soit par sa bénigne grâce, Et aussi pour tous bons cuers esjoïr 5 Qui voulroient en honneur conjoïr
Les fais d'amours et d'armes noblement, Faire vueil par ces deux poins proprement De balades aucune quantité Pour y parler, selon mon sentement, 10 D'armes, d'amours et de moralité.
Or est ainsi que voulentiers trouvasse La manière de faire le plaisir Aux amoureux, et que je leur monstrasse En brief de ce qu'ilz voulroient oïr
(i) J'ai jagé qu'il n'y avait aucun intérêt à reproduire cette table, composée conformément aux prescriptions desvv. 769-772 (cp. vv. 16-30 de la première ballade) , et qui remplit 2 ip pages du manuscrit. Le premier numéro suffira pour en faire connaître l'agencement.
I. I Pour essaulciôr la haulte et noble estrace. ( D'armes, d'amours et de moralité.
n TRÉSOR
15 A leur propos et pour les y tenir.
Et pour tant j'ay chascun commencement Des balades mis ordenéement 0 les refrains , en rieule de clarté , Pour mieulz trouver et plus legierement
20 D'armes , d'amours et de moralité ;
Par manière de table qu'on ne passe Ce dont on veult aucune fois sentir , Car aus refrains puet on en peu d'espasse Trouver de ce qu'on veult entretenir
25 Pour les argus qui font à soustenir. Et pour ces cas, j'ay mis fiablement Nombre à chascun refrain, pour ablement Y adviser et pour la vérité Savoir de ce que mon petit cuer sent
30 D'armes , d'amours et de moralité.
Si pry Amours , par qui j'ay le penser Tel que des siens me tiens pour retenu , Que mon livre puisse si compasser Que de tous vrais amans soit soustenu, 5 Qui ont esté, sont et seront tenu De bon Amour louer en hault affaire ; Car en espoir l'ay comencié à faire Pour eulx tenir en notable degré.
Or le me doint bon Amour si parfaire 10 Que toutes gens d'onneur m'en sachent gré.
A Congnoissance ois je recorder , Qui est de bon sentement pourveù , Quant il ne veult son vouloir accorder A faire riens que pour soi , qui veu
AHOl'RfitJÏ. . T9
15 Soit (le pluseurs , ce n*est pas entendu
Pour demonstrer à tous bon exemplaire.
Et pour ce vueil aucune chose extraire
De ce qu'Amours a en mon cuer enté ,
Que je puisse si bien dire et retraire 20 Que toutes gens d'onneur me sachent gré.
Et s'il advient qu'on me veulle acuser
De soustenir aucun divers argu ,
Je vous supply , veulliez moy excuser,
Vous qui estes de sens frès et agu 25 Plus que ne sui , car onques redargu
Ne me senti , ne ne sens , au contraire
De Raison , car je m aimme mieulz à traire
De sa part et aussi de Vérité,
En tout si bien à point parler ou taire 30 Que toutes gens d'onneur me sachent gré.
Bon amour m'a voulu aprendre , Par sa doulce introduction, Que bien puis nommer sans mesprendre Ma dame par comparaison 5 Trésor en baulte audicion , Si puissant que pour soustenir Vertueusement et tenir Le don de mercj précieux , Qui fait en honneur maintenir 10 Le noble Trésor amoureux ;
Duquel je puis le don attendre De mercy par condicion Y est en trésor de Testendre.
Grâce en a la possession
80 TRÉSOU
15 Par certaine commission
Au gré d'Amours, qui de servir Pener me fait pour desservir Aucun bon gré , comme eiireux A mon povoir , sans asservir
20 Le noble Trésor amoureux.
Et pour mieulz savoir et entendre De mon fait la fondacion Et la fin à quoj je veul tendre , Vous feray declaracion
25 De toute mon intencion :
Loyal Amour m'a fait sentir Que je me doy bien assentir A faire un livre gracieux Pour augmenter et conjoïr
30 Le noble Trésor amoureux.
Pour ma dame plus lionnourer, Afin qu'Amours le me consente.
D'elle vueil mon livre nommer Le TRESOR AMOUREUX, et seute Que bon Amour veult que je sente Qu'à vous, qui estes de sa gent Et de lui servir diligent, Veut ses biens donner et estendre, Ainsi que vous orrés briefment, 10 Mais qu'il vous y plaise à entendre.
Amours a voulu ordener De nouvel en sa riche tente, S'il vous plaist vostre cuer donner A dame d'onneur, sans atente, 15 Loyaument et en bonne entente.
AMOUREIX. S\
Il VOUS fora noble présent De ses biens ens ou temps présent Ou en futur ; veuillez atendre, Si sarés de quoy vraiement, 20 Mais qu'il vous y plaise à entendre.
Et si m'a voulu commander Amours, pour sa grâce excellente Plus haultement recommander, Qu'à tous vrais amans je l'augmente ,
25 Tout sans ce que de riens y mente , Et que s'aucun amant s'assent A demander que mon cuer sent D'amours, je lui doy de cuer tendre Respondre : « Vous orrés briefraent,
30 Mais qu'il vous y plaise à entendre. »
Or diray de la vision Qu'en ce gracieux jour de may Mon cuer ot en ad vision.
Dont il m'a mis en grant esmay 5 Pour ma dame que tant amay Et ameray en toute honneur, Car par elle me mis et may Ou service de bon Amour.
La pensée et rintencion 10 Ymaginative que j'ay
Mueent en moy l'impression De ma dame, quant je visay A sa beauté et advisay Son bel et gracieux atour,
15 Pour qui je me tiens et tenray Ou service de bon Amour.
Car par ladministracion D'un amoureux désir pensay Comment j aray audicion 20 Vers ma dame, et lors compassay En mon cuer et consideray Que Loyauté m aprent le tour Comment je me gouverneray Ou service de bon Amour.
Or est ainsi qu'on dist : « Qui sert Bon maistre, bon loyer attent », Et Amours, mieulz qu'on ne dessert, Par sa courtoisie consent 5 Que celui qui le sert, content Soit de lui, mais c'est assavoir De celui qui à lui se rent Par la vertu de franc vouloir.
Dont est il bien homme désert
10 Qui ne sert Amours loyaument ;
Autant vaudroit qu'en un désert
Demourast au liarle et au vent.
Et par ce point j'ay en couvent A bon Amour , pour mieulz valoir , 15 Que je me rens de son couvent Par la vertu de franc vouloir.
Car en recoy ou en appert , Ou en futur ou en présent , Homme qui sert Amours ne pert
20 Qu'il n'ait de lui quelque présent.
Et puisque bon Amour consent Que je le serve en bon espoir , De grâce mon cuer s'i assent Par la vertu de franc vouloir.
Ainsi m*a espoir soustenu Et me soustient où que je soie , Et pluseurs fois m'a souvenu Et souvient de la bonté soie , 5 Car encor y pense et pensoie Le jour de may en vérité, Ainsi que le ruissel passe ie De la fontaine de Beauté.
Si tost que je fu là venu, 10 Par espoir en mon cuer disoie Que bien m'en estoit advenu , Pour ce qu'en un destour ooie Un homme , que pas ne veoie , Qui disoit j'aroie santé , 15 Se mon cuer arrouser povoie De la fontaine de Beauté.
L'escuier à moi s apparu.
Quant il vit que je l'ôscoutoie Et je lui demanday par où 20 A son destour aler pourroie , Humblement m'enseigne la voie , En disant contraint de griété :
Je pri Amours qu'il me doint joie De la fontaine de Beauté.
L'escuier bel et gracieux Me sembla et bien meurginé.
Quant je le senti amoureux Et que j'eus bien imagint'* 5 Sa manière et sa contenance , Je congnui bien à sa semblance Et au maintien de sa couleur Qu'il avoit quelque souvenance Par la vertu de bon Amour.
10 Car il disoit : « Je suis de ceulz
« Qui ont esté de mère né
« En amours le moins eureux
« Et tout le plus infortuné ,
« Par ce qu'il n'a point d'attrempance
15 « En mon mal , car ma dame france
« Me monteplie ma doulour
« Et me tient en telle ordenance
« Par la vertu de bon Amour. »
Quant je le vi si angoisseux ,
20 Si mat et si dosconforté , Sans lui dire parlers ojseux , Je lui priai par amité Et par gracieuse acointance Que j'eusse de lui congnoissancc
25 Et qu'entre nous deux sans demour Feïssons une aliance Par la vertu de bon Amour.
« Je sens bien )),, ce dist l'escuier ,
AMOUKKUX. bo
« Qu'il n'y a en vostre requeste Riens qui me face varier ; J'en suis d'acort, sans faire enqueste, 5 Qu'il vous fault ne que vous querez, Et à ce que vous requérez Je n'ay cause de le debatre, Si vous pri que vous advisez A quoy nous nous porrons esbatre. »
10 (( Si n'ay je pas grant desirier
De chanter ne de faire feste,
Car il me vint un désir hyer
Qui mon cuer tourmente et tempestc
Tant que j'en suis tous affolez, 15 Mais je sçay bien, se vous voulez
Mon ennoy estaindre et abatre,
Qu'aucune chose adviscrez
A quoy nous nous porrons esbatre. »
Je lui respondi sans songier :
20 « Vostre requeste n'est rubeste ;
« Dont, se j'en faisoie dangier,
« Vous me tenriés pour une beste.
« Parlons d'armes, se c'est vo grez,
« Ou d'amours et des haulz degrez
25 M Où les amoureux fait embatre,
a Et nous y trouverons assez
« A quoy nous nous porrons esbatre. »
— (( Or ad visons, c'est assavoir», Dist l'escuier, « mon cher amy.
Que vous esmouvez vo savoir Pour faire responses à my
86 IHKSOK
5 D'armes et d'amours justement De vostre propre sentement, Et pour mon cuer qui est malade Esjoïr, faisons liement Chascun de nous une balade. »
10 « Car" j ay mis paine à concevoir Et à sentir en quel parti Sont ceulz qu'Amours fait recevoir Ses biens et qui en sont parti Des plus riches habondamment,
15 Et d'armes aussi noblement, Où nul ne se doit monstrer fade.
Et pour ce vous pri, faisons ent Chascun de nous une balade. »
— « Chascun de nous, au dire voir, »
20 Ce respondi je, « en droit de li Doit plus vraj sentement avoir De son fait et qu'il a senti Qu'autre ne font. Vecy comment :
Fait d'armes et d'amours souvent 25 Sont à l'un sur, à l'autre sade.
Or face de ce qu'il en sent Chascun de nous une balade. »
L'escuier dist : « J'en suis d'accort, Je la vois ainsi commencier.
Qui veult faire juste recort D'armes et^d'amours, exaucier 5 Les doit, qui s'en veult avancier Et mettre en notable degré ; Siques pour sage homme et discré,
Mon très chier amy gi'acieux.
Vous tenray et en grant chierté, 10 Se vous estes vrais amoureux. »
« Et se vous ne Testes, c'est fort Que je me puisse en vous fier Ne descouvrir mon desconfort Pour mon las cuer clarefier,
15 Que je ne puis fortefier D'espoir, non à ma voulenté.
Mais en cas de seiiretë, Je me tenrai pour eiireux D'avoir compagnie à mon gré,
20 Se vous estes vrais amoureux. »
« Car vous serez mon droit resort
Où je me porray ralier ,
Et si ne me ferés nul tort ;
A ce ne fault point varier , 25 Et si ne fault point essaier
Homme garni de loyauté.
Ayez en moy fiableté ,
Nous ne sommes cy que nous deux ,
Et me dites la vérité 30 Se Vous estes vrais amoureux. »
— « Trop seroie mal gracieux De vostre balade ingnorer Quant , se je suis vrais amoureux , Vous y plaist à moi demanaer.
5 Se vous y respons , sans mander , En ma balade, que veoir Poez à plain et concevoir
88 TRKSOR
Où Amours me fist ses commans , Que pas ne feroie devoir 10 Se je n'estoie vrais amans. »
« Mais si suis ; dont pour eûreux Me tiens d'avoir cuer et penser Mis en ce Trésor amoureux , Lequel ont voulu compasser
15 Dieu et Nature , pour passer De beauté le haultain miroir De tous autres , au dire voir ; Quant à sa beauté sui pensans , J'aroie en moj pou de savoir ,
20 Se je n estoie vrais amans. »
(( Veii qu'Amours si curieux A esté de moy doctriner Et que de ses gens les plus preux Me veult aidier et conforter ,
25 Jà m'a il voulu présenter Et donner mon joieux espoir , Et quant Amours a tel vouloir Envers moy , avec les dormans Il me mettroit en nonchaloir ,
30 Se je n'estoie vrais amans. »
— « Vous m'avez très bien respondu, Dist l'escuyer à mon propos, Et aussi vous ay je entendu Selon le cas t^ue je propos.
5 Or mettons nos cuers à repos En un cas que je>ous diray.
Je vous sens loyal homme et vray,
AMOUKbUX. 89
Si vous pri que par aniité Me jurez , et jo vous jurray »
10 Foy , conipaingnio et loyauté. »
« Car j ay par pluseurs fois tendu
A un compaingnon par beaus mos
Faire , et qui si fust entendu
A Texaucement et au los 15 D'armes et d'amours. Dire l'os
Seûrement , car bien le sçay,
Que nous nous mettrons à Tassai
D'en faire balades planté ,
Car de ma part je vous tenray 20 Foy , compaingnie et loyauté. »
— « Grandement sui à vous tenu , Se je ne veul estre forciez
De tous ceulz qui ont maintenu
Loyauté et qui sont enclos 25 Fermement en l'amoureux clos, »
Dis je à l'escuier , « car j'aray
En vous en qui me complaindray ♦
Quant j'arai aucune griété ,
Siqu à tousjours vous porteray 30 Foy, compaignie et loyauté. »
— « Puis que nous avons fait serment De loyauté entretenir
L'un à l'autre seiirement, Nous nous povons bien descouvrir », 5 Dist l'escuier. a Je vueil ouvrir A vous et descouvrir mon cuer.
Pour vous remonstrer la douleur
Que j'endure pour bien amer Belle, bonne et plaine donneur, 10 Qui sur toutes fait à louer, m
« Douleur douleureuse et torment Me fault il pour elle souffrir, Quant gy pense parfaitement ; Que mon las cuer ne puet joïr
15 De riens qui le face esjoïr.
Fors de penser à sa valeur, Qui est de si haulte valeur Qu'on la puet bien partout nommer Passe-rose, la belle fleur,
20 Qui sur toutes fait à louer. »
« Ainsi par penser proprement De sa belle beauté, désir Se met avec, qui asprement Vient mon poure cuer assaillir,
25 Si qu'il m'en fait tout tressaillir Et frémir, tant que la liqueur De mon cuer, en fourme de pleur, Sens jusques à mes yeulz monter En ymaginant la doulceur
30 Qui sur toutes fait à louer. »
— « Il me semble que vous n'avez Cause de vous plaindre si fort Que vous faites, car vous avez Et povez avoir reconfort, 5 Par la vertu d'espoir, au fort, Et aussi vous povez savoir, Car bien avez tant de savoir.
Que vie d'amours substantive Puet bien un vraj amant avoir 10 Par pensée ymaginative. »
« Vous dites que quant vous pensez
A sa valeur, au noble port
De vo dame, que vous prenez
En ce fait plaisir et déport ; 15 Aussi faites vous au raport
Que vos yeulx vous font, quant veoir
Vous la povez, et concevoir
Sa belle beauté ; c'est con vive
Que vo cuer y puet recevoir 20 Par pensée ymaginative. »
« Se penser et désir sentez
Dedens vostre cuer en discort,
Prenez espoir et l'i entez
Par attrempance, qui d'acort 25 Les mettra, car par le recort
De tés deux, au dire le voir,
J'ayme de cuer, sans décevoir,
La plus belle à mon gré qui vive
Et aymeray en bon espoir 30 Par pensée ymaginative. »
— « Par mon serment, vous savez bien ïaillier les grues en volant.
Car vostre cuer n'est pas le mien :
Vous l'avez lié, et moi dolent. 5 De ma dame m'alez parlant, Mais quant j'ay bien ymaginé Le conseil que m*avez donné ,
Trestout ne me vault pas au fort Le ris d'un enfant nouveau né , 10 Se par elle nay reconfort. »
« Car en son gracieux maintien Qui tant est bel et avenant ; Ne «roj fors ce que j'en retien Par souvenir , qui en pensant
15 Se met de plus en plus avant En mon désir , qui attempré Ne puet estre , et si l'ay temprë En pleurs et en larmes si fort Que mi bon jour sont avespré ,
20 Se par elle n'ay reconfort. »
« Et si ne puis par le moyen D'attrempance ne tant ne quant Deslier mon cuer du lien De désir qui m'est guerriant.
25 Mais par un doulz regart riant , Enluminé de loyauté , Pourroit alegier ma griété »
Où je ne voy aucun déport , Pour en dire la vérité ,
30 Se par elle n'ay reconfort. »
— « Par elle ne povez avoir Reconfort en nulle manière , Qu'Amours n'en soit , au dire voir , Mouvement et cause première ; 5 Car Amours est noble baniere Pour tous vrais amans esprouver , Pour tous amans resvigurer
Pour tous amans leurs faiz produire , Pour tous amans réconforter, 10 Et pour tous amans introduire. »
Dont devés vous d'umble vouloir Amours servir à lie cliie re Et tout le bon plaisir vouloir De vostre belle dame chiere.
15 Amours est sente droituriere Pour tous amans acheminer , Pour tous amans à droit garder , Pour tous amans en bien conduire , l^our tous amans amoderer ,
20 Et pour tous amans introduire. »
(( Et quant amours a tel povoir, De poissance vraie et entière , Vous puet donner , comme à son hoir , De tous ses biens parçon pleniere.
25 Amours est la vraie lumière Pour tous amans enluminer, Pour tous amans leurs maulx miner , Pour tous amans en bien déduire, Pour tous amans examiner
30 Et pour tous amans introduire. »
— 0 Je croy qu'Amours en pension Vous a retenu , pour ses cas Plaidoier par commission ; Ainsi comme son advocas 5 Ou procureur , maistre Lucas , Parlez aussi bien des durtés , Des maulz et des adversités Qu'on puet en amours recevoir.
i)i TRÉSOR
Que des biens vous y en savez , 10 Se vous en voulez dire voir. »
« Vous me faites cy mencion
Que d'amours viennent touz soûlas
Pour prendre recreacion
Aux amans qu'il tient en ses las , 15 Et il me fait crier hélas ,
Las, dolens et desconfortez,
N'onques ne fu desconfort tels
Que j'ay, bien le povez savoir,
A ce que de mon fait sentez, 20 Se vous en voulez dire voir. »
« Dont me vient la condicion
Que j'ayme et on ne m'aime pas?
Dites m'ent vostre intencion.
Est ce Amours qui me clôt le pas 25 De joie et d'amoureux repas,
Ou c'est ma dame ? Vous mettez
En termes leurs biens, et m'ostez
Ce que deussiez ramentevoir
D'elle et d'Amours, que vous flatez, 30 Se vous en voulez dire voir. »
Cy se commence la première douzaine de rondiaus qui sont entés ens es lalades qui s'ensuivent-
— « Mal du prestre dit on Qui blasme ses reliques A hault ou à bas ton ; Mal du prestre dit on.
5 Ainsi font 11 glouton,
Car en parlers publiques Mal du prostré dit on Qui blasme ses reliques. »
— « Mal du prestre dit on 10 Qui sert et a servi
Sans avoir guerredon Quant il l'a asservi ; Ains qu'il l'ait desservi, Trop est merancoliques, 15 Félon et estourdi.
Qui blasme ses reliques. »
M A hault ou à bas ton Deussiés crier aimi !
J'ay fait de mon cuer don, 20 Comme loyal ami.
Par amours, et se di Qu'il n'est pas autentiques ; Je sui le clerc failli Qui blasme ses reliques. »
25 — « Ainsi font li glouton
De rudesse endurcy,
S'on ne leur fait le don
Du trésor de mercy.
Vous faites tout ainsi , 30 Car en parlers publiques
Vous resemblez celi
Qui blasme ses reliques. »
— (c Vous le dites pour moy Je le puis bien savoir ;
96 TRKSOU
A ce que j'en conçoy, Vous le dites pour moj, 5 Qui d'Amours ne reçoj- Que paine, au dire voir ; Vous le dites pour mov, Je le puis bien savoir. »
« Vous le dites pour moy 10 Courcier et tourmenter, Las! et s'ay tant d'ennoy Que plus n'en puis porter; Au vray considérer, Vous n'avez nul vouloir 15 De moy reconforter.
Je le puis bien savoir
« A ce que j'en conçoy, A vous oir parler De reliques. Pour quoy?
20 Moy deussiez escuser, Mais de moy accuser.
Faites mieulz vo devoir En dit et en penser.
Je le puis bien savoir,
25 Qui d'Amours ne reçoy Pour loyaument amer, Ne grâce ne ottroy Dont me puisse loer.
Ne je n'i puis trouver
30 Que paine, au dire voir ; Sans riens adeviner, Je le puis bien savoir. »
« Comment se doit on maintenir - En servant armes et amours.
Son vcult loyauté soustenir?
Comment se doit on maintenir, 5 Pour vérité entretenir?
Dites qui en savés les tours.
Comment se doit on maintenir En servant armes et amours? »
— « Comment se doit on maintenir, 10 Qui se veult d'armes approchier
Et d'amours qui se veult tenir?
Il ne leur doit pas reprochier
Chose dont il les puist courcier,
Ains se doit vrais amans tousjours 15 Courtoisement humilier
En servant armes et amours. »
« S on veult loyauté soustenir En tous estas, sans varier, On doit en son cuer retenir, 20 Que, s'uns homs se veult aller, Il ne se puet plus fort lier Que par sa bouche ; en toutes cours Doit on loyal homme prisier En servant armes et amours. »
25 « Pour vérité entretenir ,
Vous désistes au comencier
Que , qui veult à honneur venir
D'armes et d'amours , exaucier
Les doit qui s'en veult avancier.
30 Dites . qui en savez les tours,
TRKSOU
De quoy se puet on raieulz taidier En servant armes et amours ? »
— « Quant je voy que je pers mon temps En bien et lojaument amer , Ne doy je bien estre dolens , Quant je voy que je pers mon temps ?
5 De ma dame ou d'Amours poissajis Piteusement me doy clamer , Quant je voy que je pers mon temps En bien et loyaument amer. »
« Quant je voy que je pers mon temps , 10 Sans estre d'Amours soustenus ,
Et si le sers com vrais amans ,
De grâce et de reconfort nus.
Et quant à ce point suis venus ,
Vous me deiissiez demander , 15 Pour quoy je me suis tant tenus
En bien et loyaument amer. »
a Ne doy je bien estre dolens , Quant vous estes si redargus Vers moy , que de parlers volans 20 Me servez , trenchans et agus , Et me dites en vos argus Que j'ay voulu Amours blasmer , Pour ce que je ne suis reçus En bien et loyaument amer ? »
25 w De ma dame ou d'Amours poissans Deusse bien estre secourus , Selon ce que j'en suis sentans.
Autre blasme ne leur may sus ;
AMOtHELX. 99
Ne je ne sçtiy duquel le plus 30 Piteusement me doy clamer, Quant je ne treuve que refus En bien et loyaument amer. »
— a Se vous voulés aucune plainte faire Encontre Amours ne contre vostre dame , Prenez juge qui soit de noble afaire , Se vous voulez aucune plainte faire.
5 Advisez vous ; se vous faillez à traire , Qu en puet Amours ? Notez me ceste game , Se vous voulez aucune plainte faire Encontre Amours ne contre vostre dame. »
« Se vous voulez aucune plainte faire , 10 Sachiez avant lequel vous a plus fait
Ou veult faire d'ennoy et de contraire ,
Et de celui qui plus vous a meffait
A vostre advis , assaillez le de plait ,
Se vous sentez , en aucune partie , 15 Que droit aies du tout ou en partie.
Se que non, mais dites moy, par vostre ame.
Qui sera ce qui soit de vo partie
Encontre Amours ne contre vostre dame ? »
« Prenez juge qui soit de noble affaire , 20 Sage , courtois qui ait sentu le trait
Que bon Amour scet aux vrais amans traire
Par un soutil et gracieus attrait ,
Et lui dites vostre fait bien à trait.
Il vous dira que vous faites folie ; 25 Si qu'à ce point mettez vostre estudie ,
Et vous gardez de faillir à vostre ame;
100 IKKSOK
Jâ ne tenez fierté , quoy qu'on vous die , Encontre Amours ne contre vostre danie. i»
« Advisez vous ; se vous faillez à traire , 30 Où est la court où juge s'entremet
De corriger Amours , qui veult complaire Au loyal cuerî Puis que du tout se met A lui servir , hommage luy promet Le vray amant , lors qu'avec lui s'alie. 35 Et quant amant par franc vouloir se lie , Qu'on puet Amours ? Notez me ceste game , Et ne prenez nulle merancolie Encontre Amours ne contre vostre dame. »
— « Il m'est advis que je feray que sage De bien servir jusques en finitive , Car de souffrir en amoureux servage , Il m'est avis que je feray que sage. 5 Veù que j'ay à Amours fait hommage D'intencion parfaite et conjointive , Il m'est advis que je feray que sage De bien servir jusques en finitive. »
« Il m'est advis que je feray que sage 10 En tous estas de croire vo doctrine ,
En tant qu'Amours fist de mes yeulx message, Qui à mon cuer apportèrent l'estrine De la beauté parfaite et entérine De ma dame que j'aime et ameray , 15 Ne jamais jour d'elle ne me plaindray. Non feray je d'Amours , tant que je vive, Mais par vostre conseil m'entremettray De bien servir jusques en finitive. »
AMOUHKtX. »^^
Car de soufTrir en amoureux servage 20 Mieulz en vaulray , ou cas qu'Amours domine Sur moy du tout , en faisant mon passage Par son règne , où mon las coor examine , Et de son ray ardant il m'enlumine Tant que du tout à lui sui et seray , 25 Car maintenant me congnois et bien sçay Que droit ne puet avoir cil qui estrive A son seigneur ; pour tant me peneray De bien servir jusques en finitive. »
« Veti .que j'ay à Amours fait hommage 30 Par franc vouloir et par pensée fine , Garder me doit d'ennuy et de dommage , Comme celui qui trestous maulz affine.
Et se mon cuer d'amoureux espoir fine Par sa bonté vers ma dame au cuer vray » 35 Tout mon vivant je l'en mercieray , D'intencion parfaite et conjointive , En espérant qu'aucune grâce aray De bien servir jusques en finitive. »
— « Se vous estes â bon Amour d'acort , Vostre dame vous en sara bon gré , D'elle ferez bon et juste recort ; Se vous estes à bon Amour d'acort , 5 Gardez vous bien que plus n'y ait discort , Pour vous tenir en notable degré.
Se vous estes A bon Amour d'acort , Vostre dame vous en sara bon gré. »
« Se vous estes à bon Amour d'acort .
10 Mieulz en vaulrez , et vous diray comment.
TIîKSOR
Se vous voulez faire juste rapport De vostre fait et vous ayds content P^ncontre Amours , qui à tous biens content , Visez à qui vous le ferés savoir, 15 Par complainte qui ait tant de savoir Et de povoir qu'il puist vostre griété Assouagier , et m'en dites le voir , Vostre dame vous en sara bon gré. »
« D'elle ferés bon et juste recort , 20 Se vous dites qu'elle en soit proprement En tous estas juge et partie au fort.
Il est bien vray aussi pareillement, Se d'elle vous plaingniez aucunement , Pensez à qui vous vous yrés doloir 25 De vos douleurs , afin de mieulz valoir. Se de ce fait vous mettez ou decré De bon Amour , qui en a le povoir, Vostre dame vous en sara bon gré. »
« Gardés vous bien que plus n'y ait discort ; 80 Souviengne vous qu'on dit communément
Qu'on fait bien tant à la fois qu'on a tort
Et qu'on cueille telle verge souvent
De quoy on est batu amèrement.
Dont , s'il vous plaist à faire vo devoir , 35 Servez , cremez , amez en bon espoir ;
Pour vous tenir en notable degré ,
Aies tousjours honnourable vouloir ;
Vostre dame vous en sara bon gré. »
— « Mon compaignon courtois et scienteux, Se vous voulez estre bien mon amy , Parlons d'armes , des vaillans et des preux ,
AUOUREUX. 103
Mon compaignon courtois et scientoux ; 5 Que domando en françois gracieux Faire vous vueil ; respondez ent à my , Mon compaignon courtois et scienteux , Se vous voulez estre bien mon amy. »
« Mon compaignon courtois et scienteux, 10 Qui veult d'armes acquerre los et pris, Il doit hanter les plus aventureux Et qui plus sont de hardement espris , Qui le plus ont de fais d'armes apris Et qui plus ont voyagé oultre mer ; 15 Trestous telz fais devez vous enamer. Ne faites pas le sourt ne l'endormi , Quant vous orrez de fais d'armes parler , Se vous voulez estre bien mon amy. »
« Parlons d'armes, des vaillans et des preux 20 Qui ont esté bleciés ou mors ou pris
En batailles , ou si victorieux
Que par force d'armes leurs ennemis
Ont desconfis ou à finance mis.
A tous telz fais doit vostre cuer penser 25 Pour les meilleurs de prouesce passer
Et qui plus sont d'armes amennevy ;
Si ferez vous , au vray considérer ,
Se vous voulez estre bien mon amy. »
« Une demande en françois gracieux 30 Faire vous veul du fait qu'avons empris. Quant nous arons parlé d'armes tous deux Un petit plus , et nous arons repris Nostre propos amoureux , dont repris Ne soions , ains nous en veuille garder
TUKSOB
35 Amours , par qui uno demande à per Je vous feray. Respondcz ent à my Response qui face à recommander , Se vous voulez estre bien mon amy. »
— « Demandez moy , quant il vous plaist , Aucune courtoise demande ,
Laquelle me sera en prest ; Demandez moy , quant il vous plaist , 5 Et vous me trouverez tout prest , Car bon Amour le me commande.
Demandez moy , quant il vous plaist , Aucune courtoise demande. »
« Demandez moy , quant il vous plaist, »
10 Ce dis à l'escuier mondain ,
« Pour mieulx savoir comment il m'est D'armes et d amours ; pour certain Je vous respondray tout à plain , De quoy que ce soit , vraiement ,
15 Selon mon propre sentement ; Loyauté ainsi le me mande.
Siques faites moy humblement Aucune courtoise demande. »
— « Laquelle vous sera en prest , 20 C'est à rendre d'uy à demain. »
Et l'escuier , sans point d'arrest , A ces mos me prist par la main Et me dist de cuer moult humain :
«.Je me veul adviser comment 25 Je vous puisse notablement
De nostre emprise , qui est grande ,
Faire bien gracieusement Aucune courtoise doniando. >»
— « Et vous me trouverez tout prest 30 Comme loyal ami prochain » ,
Ce rcspondis je , « car il n'est Si bonne amour que de cuer sain Le bon ami doit soir et main Sentir ce que son ami sent , 35 S ay droit se mon coer s'i assent , Car bon Amour le me commande Et veult que vous face briefment Aucune courtoise demande, n
— (( Lequel ameriés vous le mieulz Pour avoir plaisance à tousjours?
Qui des deux vous meltroit à chieux?
Lequel ameriés vous le mieulz?
5 A estre de cuer ententieux Ou en armes ou en amours ?
Lequel ameriés vous le mieulz Pour avoir plaisance à tousjours î »
— « Lequel ameriés vous le mieulz , »
10 Respondez ent sans advocas , A estre , ainsi vous aïst Dieux , Bien sages homs en tous estas, Ou bien eûreux en tous cas î C'est une demande de fait
15 Où il n'y a riens de meffait ; Ainsi qu'une chose a son cours , Auquel ariés vous mieulz vo hait Pour avoir plaisance à tousjours ?
« Qui des doux vous mcttroit à chicux ? 20 Respondez ent ou hault ou bas ,
Voire se tant estes soutieux. »
— « Encore ne m'avez vous pas , »
Ce respondi je , « clos le pas ;
Je vous y respondray à trait 25 Pour les poins où mon cuer se trait :
Mieuls ameroie en toutes cours
Bon eiir que sens à souhait
Pour avoir plaisance à tousjours. »
« A estre de cuer ententieux 30 Pour vivre en joie et en soûlas
Avec les nobles et gentieux
Honnourables en tous esbas ,
Je vous demande , non à gas :
Où ameriés vous mieulz parfet 35 Et noble renom pur et net,
Ou en armes , ou en amours ?
Auquel mettriés vous vo signet
Pour avoir plaisance à tousjours ? j)
— « Vous m'avez demandé Auquel je me tenroie Pour mieulz estre à mon gré , Vous m'avez demandé , 5 Pour avoir à plenté Honneur , soûlas et joie , Vous m'avez demandé Auquel je me tenroie. »
« Vous m'avez demandé , 10 Si vous y respondray.
Noble et recommandé
Sont les fais . bien le sçay »
D'armes , quant ils ont ray Donneur. Et que diroie 15 D'amours? Je viseroio Auquel je me tenroie. »
« Pour mieulz estre à mon gré Et vivre sans esmay En notable degré , 20 Les maulz trospasseray Et aus biens penseray Que trouver y pourroio , Et puis je vous diroie Auquel je me tenroie. »
25 « Pour avoir à plenté , Déduit , soulas et glay , J'ay en mon cuer planté Fais d'armes, dont j'aray , Si tost que je pourrav ,
30 Honneur , soulas et joie.
Or savez vous de vray Auquel je me tenroie. »
— « Vous m'avez respondu Bien et courtoisement , Vostre fait entendu ; Vous m'avez respondu, 5 Compassé et veù Ce que mon cuer en sent , Vous m'avez respondu Bien et courtoisement. »
108 TKÉSOR
« Vous m'avez respondu 10 Response belle et gente ,
Mais mon cuer a tendu Et tent à autre tente.
Et s'il vous plaist la tente Savoir où mon cuer tent , 15 J'en diray mon entente
Bien et courtoisement. »
tt Vostre fait entendu , Quant à l'eure présente , Aux armes s'est rendu 20 Vostre cuer et présente.
Et je me représente A vous dire comment Je sui en autre sente, Bien et courtoisement. »
25 « Compassé et veû
Qu'Amours dès ma j ou vente A mon cuer pourveû A la fin que je sente Son povoir et consente
30 Ce que mon cuer consent .
Quant il dist « à moy ren te »
Bien et courtoisement. »
— « Mon compaingnon et bon amj Respondu m'avez à vo guise , Et aussi ay je , quant à my , Respondu tout à ma devise , 5 Mais toutes voies je m' ad vise
AMOtrREfX. 109
Qu'à bon eùr plus vous tenez Qu'à la science et maintenez Que vous en vaulriez miex. Mais quoy ? Ce ne me semble pas assez , 10 Se vous ne me dites pour quoy. »
— « Sire.» par le corps saint Remy , Je vous en ayme miex et prise ,
Mais pas ne sui si endormi
Que j'aye ma response mise 15 En oubli , mais de vostre emprise
Vous estes en armes boutez
Et les fais d'amours reboutez,
Tant qu'en appert ne en recoy
De moy ne serez escusez , 20 Se vous ne me dites pour quoy. »
— « Il est bien vray que je m'ottry Sers à prouesce et à franchise ,
Ne jà ne m'en feront detry
Fier orgueil , beubant ne vantise , 25 Ne cure n'ay de leur vantise.
Mais pourtant ne suis je pas telz
Que d'amours ne soie exemptez ;
Si que taisiez vous ent tout quoy ,
Ne jamais ne m'en reprenez , 30 Se vous ne me dites pour quoy. t
— Je n'ay pas sens pour vous reprendre , Advis , povoir ne volonté ,
Mieulz me vault garder de mesprendre ; Mais , pour dire la vérité ,
no TRÉSOR
6 J'ay mon cuer plus avolenté A bon eùr qu'à estrc sage Et (le ce fait me sauverai je A mon povoir en pluseurs cas , Car bon eûr fait le passage 10 En tous lieus et en tous estes. »
c Et pour le grant désir d aprendre Que j ay , par vostre humilité , Dites moy s'on puet bien emprendre Et furnir tout en loyauté :
15 Servir amours en grant chierté Et armes en haut vasselage Tout en un temps et d'un voyage.
Pas n'aroit getté .ii. et as Cil qui en saroit bien l'usage
20 En tous lieus et en tous estas. »
« Et pour ce dis je , au vrai entendre. Selon ce qu*avez proposé , Se les fais à quoy je vueil tendre Ne vous sont clerement prouvé ,
25 Je vueil qu'il me soit reprouvé ; Car je me rends d'umble courage A bon Amour. Et encor a je Dit que Science ne vaut pas Tant que bon eûr , bien le sa ge ,
30 En tous lieus et en tous estas. »
— f C'est bien dit , mais il nous convient Chascun mettre les fais en preuve ; Quant est à mov , bien me souvient
Que j ay dit . et soje le preuve , 5 Je n'en doy pas avoir repreuve :
J'ai servi Amours sans envie Et serviray toute ma vie Ne ma pensée , quoy qu'il viengne , Ne sera jà si asservie 10 Que d'Amours il ne me souviengne. »
« Car de loyal amour me vient Le désir qui veult que j'esmeuve Mon cuer à ce que , s'il advient Qu'un compaignon de noble espreuve
15 En temps raisonnable me treuve Et d'aucuns fais d'armes me prie Honnourables en la partie De prouesce qui nous soustiengne , Si ne l'en respondrai je mie
20 Que d'Amours il ne me souviengne. »
« Vecy comment Amours me tient , Qui ne m'est renarde ne leuve.
En un seul propos me soutient Sans me donner pensée neuve ,
25 Et ce que Prouesce me reuve , Mon naturel vouloir l'ottrie , Mais aucunes fois m'en detrie Désir qui veult qu'o lui m'en tiengne.
Si qu'il n'est heure ne demie
30 Que d'Amours il ne me souviengne. ■
— 0 Et quant Prouesce vous semont D'aler en estrange contrée , Voyager à val ou à mont ,
412 TRKSOK
Afin que de vous encontrée 5 Soit quelque aventure et oultrée
A vostre honneur — c'est vostre espoir Se par bon eiir le povoir En avez — toutes voies, sire , Esloingniez vous , pour ce vouloir , 10 Tout ce que vostre cuer désire ? »
« Et comment se feroit il dont Qu'amours soit fort enracinée Es cuers de ceulz qui ainsi vont ?
S'elle y est bien à droit plantée ,
15 L'autre cause en est sousplantée Et affamée au dire voir, Qui veult bien faire son devoir D'un des deux n'a il assez tire , Se Dieux vous doint briefment avoir
20 Tout ce que vostre cuer désire ? »
« Jà dites vous , et aussi font Ceulz qui ont pareille pensée :
« Helas ! mon cuer en larmes font « Pour vostre beauté , belle née ,
25 « Ne j à n'aray bien la journée « Que je ne vous pourray veoir ».
Et demain vous arez vouloir D'aler en Prusse ou en l'Empire ; Combien en pourra mieulx valoir
30 Tout ce que vostre cuer désire ? »
— « Se je ne fais ainsi que ceulz Qui font les voyage» loingtains , On dira que je suis preceux
AMOUREUX. i\:\
Et que point ne veul les haultains 5 Renoms d'armes , et (|ue prochains Me tiens des dames en tous temps Et que la paine sui doubtans.
Telle voix me sera commune ; Dont me vault mieulx la clef des champs 10 En espoir de bonne fortune. »
« Car se j'en suis bien curieux.
Trouver pourray , j'en suis certains ,
Avec les plus aventureux ,
Preux et hardis à toutes mains , 15 Quelque bonne aventure. Au mains
Ne se feroit pas cela sans
Ce que mon cuer ne fust pensans
A ma chiere dame pour une
Grâce que je suis atendans 20 En espoir de bonne fortune. »
« Et se tant estoie eûreux
Qu'avec les nobles vrais compains
Fusse en une bataille ou deux ,
En rencontre ou en assault , ains 25 Que je feusse de mal attains ,
Au mortel péril attendans ,
Ma dame doit estre sentans
Que pour l'amour d'elle chascune
Heure de jour je sui vivans 30 En espoir de bonne fortune, n
— «( Ne pourroit un homme çonquerre En nrmes loz , pris et honneur TOM. iri. o
\[A TRKSOR
Sans aler en estrange terre?
Que quiert un homme de valeur 5 Mieulz qu'à son naturel seigneur Servir , cremir et foy porter , Ses gens et son pais garder Encontre tous ses ennemis ?
A ces poins doit on regarder 10 Pour acquerre honneur et amis. »
« Et pour la vérité enquerre De ce fait cy , doit on de cuer Aler à Rome pour requerre Saint Pierre quant on l'a greingneur
15 A son huis ? Bien pert son labeur Qui ainsi fait ; c'est pour ouvrer De sacrefice et pour passer Vaine gloire et tous ses commis ; Mais là ne doit nulz homs penser
20 Pour acquerre honneur et amis. »
« On ne doit pas aler en guerre , En péril de mort ne douleur , Pour l'amour de sa dame acquerre.
Combien que vous amez la fleur
25 A vostre gré et la meilleur , Pour l'amour devés honnourer Toutes dames et eulz sauver Leurs bons los en fais et en dis ; Là vous devés vous esprouver
30 Pour acquerre honneur et amis. »
— « Les preux de la Table Reonde Et maint autre qui ont vescu
AMOUREUX. iiS
En alant cerchant par le inonde , Ont mainte bataille vaincu , 5 Mainte targe et maint fort escu Froissic en pièces pour Tamour De leurs dames et la valour D'armes aussi ; ou quel degrr Désir à estre en tel atour 10 Que ma dame m'en sache gré. »
« Car ceulz en qui proesse habonde Ont, de lonc temps a , maintenu Que des dames honneur redonde A tous nobles qui ont tenu
15 D'elles et qui ont soustenu Leurs querelles en fier estour.
Or m'en doint Amours, qui j'aour.
Tant de grâce par sa bonté Qu'en aucun temps voie le jour
20 Que ma dame m*en sache gré. m
« En tant que pour elle me fonde En espoir, qui m'a tant valu Et vault, il n'est engin ne fonde De quoi je craingne le salu,
25 De hache ne de brant moulu , Assault de porte ne de tour.
Dont, se je puis entrer au tour D'aucuns biens fais, en vérité.
Si sera ce en espoir d'onnour
30 Que ma dame m'en sache gré. »
— « Me tenez vous pour si enfant Que vous me cuidez faire entendre
H6 TRKSOR
Qu'une dame noble et poissant Et qui araera d'amour tendre 5 Son loyal amj, vueille tendre A ce qu'il voist A l'aventure En guerre de desconfiture, Et si lui ara en espasse Donnée, d'intention pure , 10 S'amour, son bon gré et sa grâce? »
« S'elle lui dist en sousriant :
Alez vous eut le soudant prendre.
Mon bel amy, haï avant !
Ame demourra pour aprendre 15 Qu'il se puist garder de mesprendre ;
Car qui s'esloingne, j'asseiire
Que d'amours pert la nourreture.
Puis qu'une dame dira : passe.
A celui met elle en fremure 20 S'amour, son bon gré et sa grâce. »
0 Aussi n'est il prestre vivant Qui puist juste service rendre A deux autelz en un tenant.
Dont qui veult servir sans offendre
25 Amours, il lui puet bien deffendre A servir autrui par droiture ; Mais qui prent le service en cure De bonne Amour , qui est tout passe.
Envers sa dame luy procure
30 S'amour, son bon gré et sa grâce. »
• — « Dites vous dont qu'on ne ponrroit Bien servir tout en un tompore
AMOt'REL'X. 117
Amies et amours, qui voulroit?
— M Sire, je croy que non. Encore 5 Dist on que cil n'est pas à li
Qui sert, et vous avez servi
Et servez Amours le paisible ;
Or ad visez, je vous en pri.
S'il vous semble qu'il soit possible. »
10 — i Oïl bien, se partout estoit Loyauté. On treuve en l'ystoirc Que, quant uns nobles homs amoit, 11 en avoit plus de victoire ; Encore pourroit il estre ainsi
15 Et que mon renom croistroit si Que ma dame en seroit sensible A mon bien ; dites, mon amy.
S'il vous semble qu'il soit possible . »
— « Tout considéré bien à droit, 20 Selonc mon sens et ma mémoire,
Se j'ai tort, vous n'avez pas droit.
Posons que bonne Amour restore Aucuns biens qui sont en oubly, Onques tant ne lui abelly 25 Désir loingtain que le visible ; Notez me ce point que je dy.
S'il vous semble qu'il soit possible. >
« Encor vous dirai je plus fort :
Vrais amans à sa dame donne Par amours cuer, corps, et au fort Tout quanqu'il a lui abandonne.
5 Lors joïst sa dame du sien.
TKKSOK
Qui fu, mais il n'y a mais rien Dont il puist faire bonne chlore , Que ce ne soit par le moyen D'Amours et do sa dame chicro. »
10 « Et quant Amours fait son ettbrt De possesser d'une personne, Où est le chastel ne le fort Qui le tenroit à tel ensonne, Ainsi m'aïst saint Julien?
15 Qu'Amours fait rompre le lien De foy, de sens et de manière.
Pour ce se tient amant ou gien D'Amours et de sa dame chiere. »
« Vous semble il dont que j'aie tort ?
20 Quant amans ayme belle et bonne, Il ne doit pas, sans son acorf, Esloingnier la certainne bonne De leurs amours, et si sçay bien Qu'on ne prise pas le maintien
25 De celui qui se trait arrière, Pour perdre le cothidien, D'Amoui's et de sa dame chiere. »
« Mais n'entendes pas que je die Que s'uns homs ayme loyaument, Qu'il ne mette bien s'estudie En armes ; et vecy comment.
5 On ne voit empereur ne roy.
Duc ne conte de noble arroy.
Ce puet on bien partout prouTer , Qui fasse guerre ne defroy Pour les vrais amans esprouver, »
AMOlftEtX. 119
10 « Mais pour congnoistre la lignie Des nobles, anciennement S'assembla une compaignie Qui establirent noblement En soûlas et en esbanoy,
15 La noble jouste et le tournov, Et aussi puet on bien penser Que tout ce fu lait sans ennoy Pour les vrais amans esprouver. »
« Au tournoy doit esti'e prisie
20 Chevalerie haultement ; A la jouste, là est brisie Mainte lance, par sentement De fine amour , qui en recoy Point ceulz qui s en taisent tout coy
25 Si qu'on puet bien considérer Que ce fu et est, je le croy , Pour les vrais amans esprouver. •
« Pour les dames solacier Furent li tournoy ordené Et pour les nobles essaier Qui estoient nouvel armé 5 En espérance d'estre amé.
En tesmoing de ceulz qui liront Ces balades ; en vérité, J'acorde ce qu'ilz en diront. »
a Lors veoit on au tournoicr 10 Les preux espris de loyauté ; Là veoit on, pour avoier Tous amoureux, à grant plenté
TUESUR
Dames et la llour de beautt'.
Au recoi't do tous oeulz qui ont 15 En amours leur temps dispensé, J'acorde ce qu'ilz en diront, n
— « Il semble, qui vous ul piaidier, Que vous aies tout conquesté Et tout ne vaille un denier 20 Ce que j'ay dit et proposé, Mais mon fait sera bien prouvé Par ceulz qui ont fait et feront Nobles fais d'armes ; de bon gré J'acorde ce qu'ilz en diront, »
« Quant il en sera heure et temps Et que nous arons à loisir, Chascun de ce qu'il est sentans, Parlé tout à nostre plaisir.
5 Et pour ce veul je revenir A nostre propos pour savoir, De nous deux ses fais soustenir Qui mieulz en fera son devoir. »
« Vous avez dit qu'uns vrais amans 10 Ne se puet aus armes tenir Et d'amours les nobles commans Tout à un temps entretenir, Mais je veul dire et maintenir Que si fait, et du mettre en voir 15 Nos querelles est à oïr
Qui mieulz en fera son devoir. »
AMOIIRKUX. 121
« Et cil qui sera si poissans De sentement qu'il puist venir A mettre en voir son propos sans 20 Y Voloir le tort conjoïr.
Se deveroit bien csjoïr ; Et pour ce dy d'umble voloir Que de ses amours puist joïr Qui mieulz en fera son devoir. »
— tt Vous dites bien, or y parra Qui mieulz s'i sara esprouver, Car bien croy qu'on en parlera Ailleurs que cj ; si qu'à prouver
5 Ce que j'aj dit me fault penser, Combien que pas ne soie telz Que j'aye, au vrai considérer, Povoir de servir à tous grés. »
a Et mon petit cuer y mettra 10 Diligence pour affonser
Ce qu'il en sent et sentira
Sans la vérité esconser ;
Et se j'y mesprens, escuser
Me veuillez qui estes discrés, 15 Car bien voulroie avoir au cler
Povoir de servir à tous grés. »
— « Je vous on croy bien, mais il n'a Homme deçà ne delà mer
Qui peiist finer de cela 20 Que je vous oys ci deviser , Mais au plus près doit on user.
Car de bonne heure seroit nez
TKESOR
Cil qui àroit en bien amer Povoir de servir à tous grez. %
Cy aprèf s'ensuit la deusiesme partie de lignes conylettes de ce livre.
« Et pour monstrer selon mon sens
Et mon advis ce que j'en sens ,
Par couplettes essaieray
Comment advenir y sarai ; 805 Or ne vous traiez pas ensus
De moy. Vous m'avez cy dessus
Demandé auquel je me tien
Plus parfaitement et soustien,
Armes ou amours , pour venir 810 A mon plus joieux souvenir.
Et bien sçay que je respondi,
Quant vostre demande entendi ;
Et pour ma response tenir
En vertu, et pour soustenir 815 Mon propos, vous ne povez pas
Refremer ne clorre le pas
A mon cuer qu'il ne puist penser
A ce où il veult dispenser
Son temps et où il s'est donné 820 Franchement et habandonné.
Aussi ne povez vous entendre,
Ne pour haster ne pour attendre,
De ma dame la voulenté.
Ne leur elle a avoulenté 825 Ne son désir ne sa pensée
En lui secrètement pensée.
Espoir sommes nous d'un couraige
Et d un vouloir, et encor ai je
Créance que son cuer s'assent 830 A sentir ce que le mien sent
AMOURKtX. VU
Quant à sentemeut honnourable,
A prouesse et à honneur able,
Commos les dames do jadis
Amoient en fais et en dis 835 De leurs amis le bon renom ;
Car lors ilz avoient le nom
D'ostro preux et de grant emprise,
Par bien et par honneur emprise.
Elles l'amoient de ouer fin, 840 De commencement jusqu'en fin,
Sans penser à autre retour
Par amours ne par autre tour,
Et prenoient plaisant déport.
Quant on leur en faisoit raport 845 Que tant avoient honneur quise
Qu'à tousjours l'avoient conquise.
Lors creoit dame son amy
Et disoit en son cuer : « A my
a Ne voulroit mon amy mefiaire, 850 (( Néant plus qu'à lui voulroie faire ; «
Et un amant d'amour pareille
Tout ainsi avoit sa pareille.
Lors estoient amours certaines ;
Quoyque les personnes loingtaines 855 Fussent l'un de l'autre , penser
Devons que désir et penser
Les faisoit à un port venir
Par la vertu de souvenir.
Par ce port que je di, entendre 860 Puis loyauté , où dolent tendre
Vrais amans et eulz esjoïr
En espoir, à fin de joïr
De la grâce où bon cuer s'attent
Qui à toute loyauté tent.
865 Et par ces poins je puis bien dire,
TKESOK
Ne arny qui le vcult contredire, Que pour le bon^grë desservir De ma chiere dame, servir Pourroie bien tout à un temps
870 x\rmes et amours, et sent ans Que ma dame m'en seûst gré Et que pour s amour au degré Donneur j'ay tendu et veul tendre Et en espoir sa grâce attendre.
875 Et se je povoie conquerre
Par bon fait d'armes ou acquerre Honneur , avenir , los et pris , Ou cas que je l'aroie empris Par ma dame , au dire le voir ,
880 Elle en devroit la grâce avoir.
Aussi l'aroit elle de my , Comme elle a mon cuer sans demy.
Jà soit ce qu'on voist au tournoy , Si n'est ce que par esbanoy ;
885 Aussi sont joustes et bouhours.
Là sont ces dames sur ces tours.
Qui congnoissent bien voirement Lequel fait honnorablement.
Combien qu'à la fois il adviengne ,
890 Mais non gueres , qu'il j mesviengne A un homme qui s'i esbat Quant hardiement s'i embat , Mais toutesvoies ce n'est pas Proesse pour clorre le pas
895 De grant péril ne d'aventure Où à la fois on s'adventure.
Mais plus y est la paine apporte , Mais qu'on en puist issir sans perte D'onneur ne de membre casser ,
900 On peut legierement penser
AMOUREUX. lâS
Que tant plus est noble l'emprise ,
Puis qu'elle est de bon cuer emprise.
Et aussi vous povez savoir ,
Qui bien avez tant de savoir , 905 Que je ne pourroie durer
Ne les grans douleurs endurer
Qu'il fault en la guerre souffrir ,
Puis qu'on s'i yeult du tout offrir ,
Se ce n'estoit le bon espoir 910 Que j'ay , qui me donne povoir
D'endurer la pluie et le vent
Où je suis logiez bien souvent ;
A la fois au harle et au chaut ,
Mais de tout ce il ne me chaut , 915 Car j'endure bien telz travaulx ,
Et m'en vois par mons et par vauix
Cerchant la j ouste ou la rencontre
Qu'à la fois durement j'encontre.
Mais quant j'en puis eschaper sains , 920 J'en mercie Dieu et ses sains
Et suis si joyaus en couraige
Qu'on ne peut mieulx ; mais encore aj je
Plus de plaisance et de soulas
Quant je puis tenir en mes las 925 Prisonnier qui soit de la main
Preu et vaillant ; de cuer humain
Ly sui plus qu'à un autre voir ,
Poure de los , riche d'avoir ,
Et me semble , à droit regarder , 930 Qu'en tous eslas me doy garder
De lui faire tort ne injure ,
Souverainement quant il jure
Dieu et sa foy qu'il se rent pris
Mon prisonnier ; et s'ay apris 935 Que ne depuis je ne lui fay
156 TRKSOR
Courtoisie , je me meffay , Car gentillesse à droit requiert Que cil ait grâce qui la quiert Puisqu'il scet d'armes le mestier ,
940 Ce veii qu'il en ait mestier
Et qu'il soit homme qui le vaille.
Et quant ainsi mon corps travaille Pour ma dame de noblo affaire , Chose ne doy penser ne faire
945 Que je ne l'aie en vision Par amoureuse vision.
Traveil ! hélas , et qu'ay je dit !
Amours à ce fait contredit , Qui mes douleurs me mue en joie
950 Et me met en désir que j'oie Parler d'une bataille à jour Nommé , afin que sans séjour G'y puisse aller faire devoir Et quant g'j sui , sachiés de voir
955 Que je n'y pourroie durer
Ne les grans travailz endurer , Se n'estoit amours, qui en porte Une partie et me déporte Mon poure cuer, en souvenir
9G0 Et en vray espoir de venir Là où désir mon cuer avoie :
C'est en lieu d'onneur , où je voie La très doulce physonomie De ma chiere dame et amie ,
965 Son maintien et son noble port Où je prens plaisir et déport , Qui mon cuer en vie soustient Et qui en loyauté me tient.
Pour ce que je croy fermement
970 Qu'il n'a dessoubz le firmament
AMOURELiX. 427
Dame qui mieulz soit en la sente De lojauttj, ne qui la sente Si parfaitement qu'elle fait.
Dont le dois je de cuer parfait
975 Servir , cremir et honnourer De cuer entier et aourer , Comme celle qui a en garde , Quant parfaitement y regarde , Mon bien , ma santé et ma vie.
980 Tant est de tous biens assouvie Et de vertus , qu'il m'est advis Qu'en la beauté de son cler vis Par manière d'impression Prent mon cuer sa réfection.
985 Toutes les fois qu'il m'en souvient , Adonc un franc vouloir me vient De faire en armes assës plus Que je ne puis , mais au seurplus , Quant je ne puis mon cuer emplir
990 De son désir et acomplir Ce où il a tendu et tent , Je suppli Amours , qui entent Tout mon fait , que par son vouloir
995 La voulenté et le plaisir
De ma dame et tout le désir.
Si vrayement que je ne sçay Riens où uns homs puist à essay Mettre son corps que n'y meïsse
1000 Le mien , A fin que je seuïsse Qu'elle m'en sceûst aucun gré , Pour moy tenir ens ou degré De sa grâce. Se bon Amour Vouloit tant oïr ma clameur
1005 Que j'y fusse et que son amy
Vray me voulsist nommer , à m v Ne se pourroit homs comparer Qui soit vivans , non , pour parer Son cuer de joie et de soûlas
1010 Si bien que je feroie. Helas !
Las ! qu'ay je dit ! Il puet sembler Qu'Amours ait voulu assembler.
Ou veulle, nos .ij. cuers au port D'onneur , de joie et de déport ;
1015 Mais je n'en suis pas en la sente, S'il ne plaist Amours qu'elle sente Ma loyauté comme j'espoir Qu'elle le sente par espoir Et par sa debonnaireté ,
1020 Par franchise et par loyauté ,
Qui tousjours lui font compaingnie.
Et quant elle est accompaignie De telz vertus , ce sera fort Se par elle n'ay reconfort ,
1025 Veù qu'elle sache mon fait
Et que je Tay de cuer parfait Amée en fine loyauté, Et ayme autant quant j ay esté Ou sui en estrange contrée
1030 Aussi bien que quant encontrée
Est de moy tous les jours — non pas Tout à mon plaisir, car le pas M'a enclos Dangier le divers Plus que ne diroie en dix vers ; —
1035 Et veû aussi qu'elle sente
Pitié, tant que son cuer s'assente A sentir que ce que senty Ay en cuer et où assenty Me sui, a esté pour le nom,
1040 Et est, de son noble renom
AMOl'HKUX. 1:20
Et la valour de sa bonté Et do sa parfaite beauté, Dont j'ai l'iinaginacion En mon cuer par impression
1045 Si omprainte, au dire voir ,
Que s'elle eu veult faire devoir, Elle doit croire fermement Qu'il n'a dessoubz le firmament Dame plus lojaument amée,
1050 Tant soit de haulte renommée.
Or ymaginez en vo cuer.
Sans contrefaire le moqueur, Et considérez tous les poins Desquelz je suis férus et poins
1055 Et que je suis en cuer sentans,
S'un vrai amant pourroit son temps Bien et loyaument dispenser En fait, en dit et en penser.
Et tout à un temps, ou mestier
1060 D'armes et d'amours. Se mestier Lui estoit, par son franc vouloir Qui lui fesist les deux vouloir.
Ne pourroit il pas bien tout faire Et loyaument, sans se meffaire ?
1065 11 m'est advis que si feroit Se parfaitement y offroit Son corps, son cuer et son penser Et son vouloir pour compasser Si attrempéement son fait
1070 Qu'il n'y elist rien de meffait.
Et vous avez dit, ce me semble, Cy dessus que les .ij. ensemble Ne pourroit faire uns vrais amnns Qui bien voulroit tous les commans
1075 D'nnriotir« jiistcmonf raemp>ir
Et les fais d'armes acoraplir
Pour acquerre honnour ablement
En tout si honnourablement
Qu'il ne peiist estre repris 1080 De chose qu'il eùst cmpris,
Ou par Amours ou par sa dame
Ou par proesse, qui, par m'ame,
Met bien un homme en tel arroy
Qu'il entreprendra par desroj 1085 Emprise de si hault affaire
Que moult y aroit fort à faire;
Mais li loyal amant et fin
Ne pensent pas tant à la fin
N'a l'issue de leur emprise, 1090 Quant elle est par amours emprise,
Qu'ilz font à l'entreprendre, voir,
En espoir d'en faire devoir.
Pour ce dis je qu'un vray amant.
Tout prest d'obeïr au commant 1095 D'Amours et de son grant conseil,
Se puet bien mettre en appareil,
Pour tant qu'il ait désir notable
Et en amours ferme et estable ,
De faire tous les deux ensemble.
1100 Dites m'ent ce qu'il vous en semble. »
Comment VaiUeur respont à l'esciiier sur le fait de sa querelle.
— « Sire, je vous y respondray A mon povoir, et y prendray Si bien garde que , se je puis , Jà n'en seray repris, et puis 1105 On verra qui a droit ou tort Et en quel lieu vérité dort.
11 me souvient bien que j'ay dit
AMOUREUX. \i\
Cj dessus, où j ay contredit De vostre fait une partie ,
1110 Non pas tout, mais en la partie Où vous faites conclusion De ce fait cy, Solucion Vous y mettez que je n'avoie Oncques oï, se Dieux me voie,
1115 Car vous avez en termes mis Le fait de tous loyaulx amis, Qu'ilz soient preux et si sen« Qu'ilz aient leur cuer assené A dame si bien meurginée
1120 Que, qui l'aroit ymaginée
A souhait, n'en pourroit on plus Faire ne dire. Et au seurplus Vous mettez en termes un point Dont je ne m'advisoie point,
1125 Car ce n'est pas jeu d'escremie : Vous dites qu'amant et amie Fussent si ferme et si seiîr Qu'en tout temps feussent asseiir L'un de l'autre au consentement
1130 De pur et loyal sentement.
Et si fussent si d'un propos Que leurs cuers fussent à repos Si bien ferme en union Qu'ils fussent d'une oppinion,
1135 Fussent ils l'un de l'autre près Ou long. Et si dites après Qu'un vray amant eust le cuer Si arrousé de la liqueur De loyauté qu'il ne peuïst
1140 Varier pour riens qu'il veïst.
Un tel amant deveroit on, Qui «Ml orroit sans plus lo ton,
ioâ TItÉSOU
Ainsi qu'un corps saint aourer ; Mais, son ne nie puist demeurer !
1145 Telz amans sont si clor semd Qu'ilz Beroicnt tout assommé D'un festu en une minute, Si com je le treuve en minute Mais je ne l'endure à gusser ;
1150 Pour ce qu'on n'en veuUe affonser La vérité, plus n'en diray Et au droit fait revertiray Que vous avez cj devisé.
Mais quant j'ay bien à tout visé,
1155 Contre un amant qui seroit tel.
Par le sacrement de l'autel , On en treuve d'autres cinq cens.
Voire plus , qu'il n'est d'innocens ; Si ne veul je pas mettre en voir
1160 Qu'au monde n'en puist bien avoir Autant ou plus que de fenis, Et non pas tant que de fais ni A l'entrée du mois de may.
Que tout oysel sont hors d'esmay
1165 Par Nature, qui repairier Les fait à lui, et repaisier Les fait et met en appareil Chascun de faire son pareil.
Or est ainsi que li aucun
1170 Dient en un parler commun Que le plus emporte le mains.
Et bon Amours est si humains Et si doulz à toute sa gent.
Que se li aucun diligent
1175 Sont de jurer qu'ils ont servi Sanz ce qu'ilz aient asservi Son renom ne sa bonne trraee,
\Moliu;ix. •
Amours dit bien .sauve leur graco ; Nul ne les desdit autrement
1180 Puisqu'ilz en jurent leur serment.
Combien qu'il sache bien et voie Liquelz tiennent la droite voie Et le droit chemin en sa court , Où toute loyauté a court
1185 Pour ceulz qui en veulent user , Si qu'on ne se puet excuser Ne dire qu'il n'y en ait point ; Mais , qu'on le sache bien à point , Par grant diligence quérir
1 190 Et par grant doulceur requérir ,
On la treuve bien , mais le nombre N'est pas encore mis en nombre.
Et pour ce que des impartais Est ass«''s plus que des parfais
1J95 Amans , puet on jugier et dire Qu'il y a tout partout à dire.
Car on prent le plus pour le tout.
Mais on se doit ou meilleur bout .
Avec les lojaulx assembler ,
1200 Qui les veult en bien resembler, Pour ce que loyauté procure A tous bons cuers qui l'ont en cure Honneur et bonne renommée.
Mais quant ù. loyauté nommée
1205 D'aucuns sans la mettre à effect , C'est pou de chose de leur fait.
Mais vous n'estes pas si preceux Que vous ne resemblez à ceulz Qui veulent plaidier main saisie
1210 Pour avoir la pensée aisie Et vostrc cuer tout à repos , Car se j'entens bien le propos