TIU-SOU
Où nous estions cy dessus , Vous voulriés estre au dessus
1215 De vostre fait , car vo recors A esté tel que cuor et corps , Péril de mort , honneur , avoir Et quanque vous pourries avoir , Pous vostre dame vous mettriés
1220 En habandon , se vous saviés
Qu elle vous en sceust aucun gré ; Ainsi dit on bien tout de gré :
« Yecy mon pain , vez là le tien ; « Veulz tu jouer h tien pour tien ? »
1225 C'est à rïtpporter justement :
Se vous saviés certainnement Que vostre dame vous amast Et qu'en son cuer vous reclamast Son parfait et loyal amv ,
1230 Tout entièrement sans demy , Et sur cela vous l'amissiés , Je ne scay se vous cuideriés Faire aucune chose pour elle ; Nennil voir , et fust pastourelle
1235 Et vous roys de la royauté Où on use de loyauté.
Et si dites certainement Qu'elle doit croire fermement Que pour sa bonne renommée
1240 Ne seroit pour l'eure nommée Mieulx amée dessoubz la nue.
Mais de quoy est elle tenue De le croire, s'il ne lui plaist?
Amours , qui de grâce repaist
1245 Ceulz qui à lui se sont donné , Ne l'a pas ainsi ordené , Ains luy seroit aussi sauvage
A MOL K h. IX. IS>
Qu'à mettre franchise en servage , Car en chose qui est délie 1250 Là n'est point franchise veiie ; Il n'y chiet que commandement Ou de bouche » ou par mandement.
Comment l'escuUr respont à l'auteur selon ce quHl a dessus dit.
— « A ce que vous mettez en termes ,
Il pourroit sembler que bien fermes 1255 Vous ne fussiés pas en la loy
Du dieu d'Amours , qui a aloy
Entre tous loyaulz amoureux.
J'en demourroye bien pour eulz ,
Car en ce leur cloez le pas 1260 Que vous dites qu'on ne doit pas
Croire qu'amours soit repairant
Où on la voit tout apparant.
Dont , à ce que j'en puis entendre
De vous , on ne se puet attendre 1265 Qu'il soit nul parfait amoureux ,
Ne en amours si eiireux ,
Que sa dame fermement doive
Croire , pour riens qu'elle apperçoive ,
Qu'elle soit loyaument amée 1270 Et sa seule chierté nommée.
S'ainsi estoit , selon mon sens
Et que j'en puis sentir et sens ,
Homs n'aroit cause , en vérité ,
D'avoir en son cuer loyauté.
1275 Qu'est ce de croire fermement
Qu'on soit amé parfaitement ?
Est il terrien paradis
Qui le vaille en fais ou en dis ,
Tant soit il de haultain renom?
t5G TRKSOIl
1280 Certainement je croy que non ; Il n'est vraiement nulle rien Qu'on puist miculx nommer terrien Paradis ne plus grant eiir , Que d'estre en ce cas asseiir ,
1285 Car autre paradis n'y claimo
Que d'estre amô de ce qu'on ayme. »
Comment Va'uteiir rcsj ont à Vcscuier.
— « Ou vous ne me voulez entendre.
Ou vous avez le cuer trop tendre A vous vouloir courcier à my
1290 Qui suis vostre loyal amy.
N'entendez pas que j'aie dit , Ne que j'y mette contredit , Que qui en a le sentement Qu'il ne serve bien loyaument
1295 Armes et amours tout d'un temps ; Mais à ce que j'en suis sentans Et que je congnois de l'affaire , Je dy qu'il y a fort à faire , Considéré d'armes les fais
1300 Et d'amours ; le plus legier fais De tous les deux est à porter Assez pesant , qui supporter Ne s'en veult pour soy alegier Ce pevent savoir de legier
1305 Ceulz qui ont essaie les deux Et les joies def tous les deux Par droite recreacion ; M'en met en leur discrecion.
Et n'entendez pas que je die
1310 Et que je mette m'estudie A dire qu'amant ou amée
AMOIIIKUX.
Que s'ilz sont nommé ou nommée
Leaulmont amée ou amé ,
Que quant ilz sont ainsi nommé ,
1315 Qu'ils ne puissent bien humblement Croire par espoir fermement Qu ilz sont amé de cuer parfait.
En ce n'y a riens de meffait»
Mais Amours ne m'a pas mandé ,
1320 Dit de bouche ne commandé
Qu'on le doive croire autrement Que par espoir et humblement.
Dont . s'il estoit dit , il doit estre Li serviteur seroient maistre ,
1325 Car ceulz qui doivent sont tenu , Tousjours fu et est soustenu; Si qu'à ce dire et recorder Je ne m'y pourroie accorder Ne en appert , ne en recoy ,
1330 Et vous diray cause pourquoy.
Je ne povoie Amours lier Quant à lui me voulc alier.
Car pour lors qu'à lui m'aliay De riens à moy ne le liay.
1335 Et en ce lien je me mis En deû, car je lui promis Service, foy et loyauté ; Mais, pour en dire vérité Amours de rien ne se lia
1340 A moy quant à lui m'alia.
Car s'il se fust à moi liez Quant à lui me fus allez.
Dire pousse : Vous me devez Un deii tel que vous savez.
1345 Se ma chiere dame et amée.
De mon cuer loyaument amée,
M8 TKÛSOR
Devoit croire comment je ra;yme Et comment en cuer le reclaimo Mon bien, ma vie, ma santé,
1350 Et sur cela en vérité
Me creùst, elle ne feroit , Riens pour moi, ains se mefferoit S'elle varioit au contraire.
Tout autel puet elle retraire
1355 De moy aussi en cas pareil.
Se j'estoie en tel appareil.
Mais, se je la croy humblement Et elle moy pareillement, Qui Tayme, sers et vueil servir,
1360 Je ne pourroie desservir
L'onneur qu'en ce cas me feroit, Quoy que de riens ne meiferoit.
Siques de ces oppinions De quoy nous nous ensonnions,
1365 Se je vous vouloie accorder.
Se vous moy, ce que recorder Voulons, nous serions d'acort ; Mais je m'en met ens ou recort De ceulz qui ce livre liront ;
1370 Nos arguemens esliront
De ce qui est fait et à faire, Selon la manière et l'affaire Que les arguemens se font.
Mais pour nous mettre plus parfont
1375 Que nous n'avons encore esté, Respondez moy par amisté De ce que maintenant enquerre Vous vueil : sur le fait de la guerre Et de souveraine prouesse.
1380 A vaillant homme lequel est ce
Plus grant honneur, de bien garder
\MOUftEUX. 1»^
Bien le sien , ou de regarder Ce qui ne l'est pas et Tacquerre Comme sien par force de guerre ,
1385 Et s'a on sur le sien envie Et sur son nom et sur sa vie ?
Et quant il ara ce conquis Qu'il ara à grant paine quis, Si couvenra il qu'il s'efforce
1390 A le garder contre la force De celui, et de ses amis, Qu'en celle perte il ara mis.
Je vous en pri, respondez m'ent Selon vostre bon seulement. »
1395 — « Vous avez fait une demande Qu'en toute honneur je recommande.
Et si n'est pas bien au propos D'amour, de paix et de repos.
Ne de ce qu'avons cy dessus
1400 Devisé, je le vous met sus.
Mais à ce que j'en puis entendre Et que mon sens se puet estendre , C'est notable chose d'avoir Voulenté, sens, force et avoir
1405 Pour garder le sien sagement , Ou se ce non, le sage ment Qui fist le livre de doctrine Qui les simples gens endoctrine.
Et aussi est ce, ce me semble,
1410 Noble chose de mettre ensemble Terres, païs et les conquerre Par aucun moien ou par guerre ; Car, qui en feroit bonne enqueste, Trestout ne vient que de conquestc
1415 Ce que chascun au jour d'ui tient
Et pour son propre le soustient ; Car se cil qui l'a ne l'aquist, Un autre que lui le conquist, Ou son père ou son devancier,
1420 Pour lui ou les siens avancier.
Et que ce soit vérité pure , J*en prens à tesmoing Tescripture, Qu'il fu un temps qu'il n'estoit rien Qu'on peûst dire « cecj est mien n ,
1425 Car toute chose estoit commune Comme le soleil et la lune, Jusques au temps qu'en trois parties Furent les terres départies, C'est assavoir : Europe, Aufrique
1430 Et Aise, qui fu la moins frique.
En la part d'Europe, là mis Furent tous les clercs, et commis A conseillier les autres deux Parties , les chevalereux
1435 Et les laboureurs, quant mestiers En seroit. Et les chevaliers.
Qui eurent Aufrique en leur part, Dévoient aussi d'autre part Garder les clercs selirement.
1440 Et les laboureurs chierement, Qui de la part d'Aise parti Furent, adont en tel parti Qu'il les couvenoit labourer Pour les autres pars gouverner :
1445 Les clercs et la chevalerie.
Introduis de bachelerie.
Celle ordenance dura tant Que les laboureurs en estant Se drecierent et regardèrent
1450 En leur fait et considérèrent
Que leur temps si bien emploie
Avoient que monteplié
Estoient .xx. contre un et plus
Que les autres ; et au sourplus 1455 Disent aucuns : « Chascun se paine
De nous, et si n'avons que paine,
Et si sommes partis le pis
De tous les biens. Dont sur le pis
Mirent leurs mains, faisans serment 1460 Que ce ne povoit longuement
Durer. Lors pristrent de lyon
Fierté, car de rébellion
Furent si à celle heure point
Que ce fu le temps et le point 1465 Que la conqueste commença ,
Qui tousjours depuis encriça ,
A duré et encore dure,
A qui qu'en soit la paine dure.
Dont ne devez vous pas sorquerre 1470 Ne blasmer ceulx qui de conquerre
Honneur ont l'ordenance prise.
Souviengne vous comment on prise
Alixandre , César , Artus
Et plusours qui ont leurs vertus 1475 Esprouvées à assembler
Par conquest, et pour resembler
Les conquerans que j'ay nommé
Et maint autre bien renommé. »
Comment Vauteur réplique à l'escuier de sa response en soustenant sa
demande.
— a Ma demande, ce dites vous, 1480 N'est pas bien au propos où nous Estions tons deux par avant ,
Et vous me mettez au devant
Julius César , Alixandre
Et Artus, qui firent respandre
1485 Le sane à mainte créature.
Ce n'est pas bien la nourreture D'Amours , ne ce qui lui apcte , A ce qu'Ovides en répète Ou livre où il enseigne Tart
1490 Qui ne laisse ne sain ne lart
Aus vrais amans, ne sanc ne char.
En amours ne fault nul César »
Alixandre , ne nul Artu , Car grâce y a plus de vertu.
1495 Or visons à un autre point ,
Je vous en pri. Pensez vous point Qu'il soit advenu piuseurs fois Que , quant un prince ou un roy S'en va quelque pais conquerre ,
1500 Que ses ennemis en sa terre Venissent pour tout exillier , Tranchier , ardoir et bresillier Et tout mettre à destruction ?
Vez ent cy la comparoison :
1505 On voit bien un vray amoureux Et des biens d'amours eureux Aler en estrange contrée.
Afin que de lui encontrée Soit aucune haulte proesse
1510 Ou de franchise on de largesse , Et user tant que renommez En sera et en cuer amez De mainte gracieuse dame , Les quelles feront , par mon ame ,
1515 A lui maint gracieux attrait , Ou hastivement ou à trait ,
Et par ainsi fera conqueste
De leur amour sans sa requeste ;
Voire conqueste de sa part ,
1520 Qui en un lieu ou plus s'espart , Et s ameroit mieulz en la mer Saillir qu'ilz les voulsist amer Par penser ne par souvenir.
Et si pourroit bien advenir
1525 Qu'en celle conqueste faisant , Un amoureux bel et plaisant Venra à sa dame donner Cuer , corps et tout habandonner , Et Amours fera tant de grâce
1530 A celui qui querra la grâce De sa dame , et s'aliera A lui tant qu'elle oubliera Celui qui par avant l'araoit Et sa seule amour la clamoit
1535 Et où qu'il soit encore fait ,
Quant il ne scet riens du meffait.
Ainsi vont li aucun conquerre Qui au retour treuvent leur terre Et tout leur pais exillië.
1540 Mieulz leur vaulsist avoir veillé Bien diligemment et tendu A le garder , ce entendu Qu'envie a tout partout son règne.
Aussi bien cy qu'en autre règne ,
1545 D'aucuns amoureux est ainsi , Qui vont en paine et en soussi Pour conquerre honneur , los et pris , Qui au retourner treuvent pris Ce qu'ilz deussent avoir gardé
1550 Sensiblement et regardé ,
En ce qu'il n'est si forte tour »
14i ïuÊsou
Ne chastel de si bel atour , Ne forteresce , qui sousprise Ne soit bien à la fois et prise
1555 Hastivement et en seursault Par bon et diligent assault ; Par ces peins y affiert défenses De gardes pour toutes offenses.
Qu'est ce de garder sagement
1560 Ce qu'on ayme parfaitement ?
C'est proesce et honneur haultaine , C'est victoire la souveraine , Et c'est grasce et le paradis De ce monde en fais et en dis.
1565 Pour tant vous dis , mon amj chier Qu'on ne se puet mieulx avancier Qu'à bien garder ce qui conquis Est à paine ; j'en ay enquis Tant que j'en sçay la vérité.
1570 Mais si ne suis aherité
De riens que je doive garder , Que mon espoir , et regarder A la très doulce vision Que mon cuer ot en vision ,
1575 Dont Congnoissance une partie M'exposa ains sa départie.
Et le dieu d'Amours , par sa grâce, Me fist tant d'onneur et de grâce Que le remanant exposa,
1580 Où mon cuer moult grant repos a.
Mais en ce repos Souvenir N'attendi gueres de venir A moy , et me mist au devant Ce que veù avoie avant :
1585 Ce fu le palais gracieux , Où est le Trésor amoureux
Dont souvenir et retenti ve.
Par pcnSiSo ymaginative, Ont mis Tymaginacion
1590 En mon cuer par l'impression De sa belle et humble beauté, Qui vault une grant royauté Dont la dois je bien hounourer. Et pour elle Amours aourer.
1595 Si veul je faire et essaucier
Par balades , dont comraencier Veuil promptcment le secont nombre, Que par amours je mis en nombre. »
Cy s'ensieut la table des commencemens et des refrains du secont nombre des balades qui n'en contient que quarante. (Nous sautons cette table comme nous l'avons fait pour la première.) Cy s'ensieut le second nombre de balades.
« Sire , je vous ay respondu De ce que m'avez demandé Selon ce que j'ay entendu Et qu'Amours le ma commandé.
5 Dont , se j'ay mespris , amande Vous sera amoureusement Et tout à vostre voulenté Selon mon petit sentement. »
« Car je me tens ne ay tendu
10 A soustenir que loyauté ,
A qui me rens et sui rendu.
J'en prens à tesmoing Vérité ;
Et quant je vous ay en griété
Senty et garny de tourment , TOM. iir. iO
15 Se vous ay je reconforté Selon mon petit sentement. »
« Et pour ce mo suis je attendu Et attens , que par amité Vostre entendement estendu 20 Soit pour nioy aidier ou degré Que ce palais soit augmenté.
Que j'aime très parfaitement , Et je vous en saray bon gré Selon mon petit sentement. »
— « De ce que respondu m'avez Je me tiens assez pour content.
A ce que de mon fait savez , Croy que vostre cuer ne content 5 Qu'à toute honneur et qu'il ne tent A nul fol argu soustenir , Et que par amours il entent A loyauté entretenir. »
« Et quant au fait que vous mettez 10 En termes , que courtoisement , Quant j'ay esté desconfortez , Secouru m'avez humblement , Je le vous congnois vraiement, Et pour vérité maintenir , 15 Je vous ay promis loyaument A loyauté entretenir. »
« Et à ce que vous requérez
Que de mon petit sentement
Soies aidiez , vous l'acquérez
20 Au los d'Amours et proprement
Du palais amoureux et gent, Car en tout temps youlray tenir De ceux qui seront diligent A loyauté entretenir. »
— « Loyauté ne porte pas croche , Elle ne s'en saroit aidier ; Ce n'est pas celle qui acroche L'autrui , neïs par souhaidier ; 5 A autrui no veult pourchacier Qu'autel que pour elle vouldroit , Et pour faulseté enchacier Elle porte rieule de droit. »
« Dont se de Loyauté m'approche 10 Pour mieulx valoir , au vray jugier , Avoir ne doy nulle reproche ; Quant en mon cuer la fist logier Congnoissance , pour abregier Toute chose où il s'attendroit , 15 Je croy que pour moy avancier Elle porte rieule de droit. »
« Et se Désir, qui point et broche Les amoureux , venoit lancier Mon cuer en sursault de sa broche , 20 Si que ne me pousse estanchier ,
Mon doulz Espoir que j'ay tant chier, De par Loyauté m'aideroit , Car pour tous bons cuers adrecier , Elle porte rieule de droit. »
i48 TRÉSOR
— « Quant vous eustes la congnoissance , Ou temps de vostre vision , De Loyauté par Congnoissance , Et la significacion 5 Vous dist de ce qu'il vous sembloit , Elle fist pour vous bon exploit ; Aussi fustes vous diligens D'enquérir comment il estoit Du dieu d'Amours et de ses gens.
10 « Il vous devisa l'ordenance De son fait , et en habandon Vous mist ses gens et leur puissance ; En ce vous fist il noble don , Pour le palais où vo cuer croit
15 Plus honnourer en hault endroit Que vous ne pourriez sans l'assens Faire du conseil beneoit Du dieu d'Amours et de ses gens. »
« Et pour vous garder de grevance 20 Donna Espoir commission
De vous aidier ; s'il s'en avance ,
Il en a bien audicion.
Cil qui ainsi se sentiroit
Pourveii que vous , s'il n'amoit 25 Parfaitement , pour negligens
En tous estas tenus seroit
Du dieu d'Amours et de ses gens. »
— « Congnoissance me défend i D'approchier do trop près le fu Qui de chaleur maint cuer fendi Ens ou temps que plus aspre fu, 5 Et qui maint en fent et fendra Qui par lui ne s'en défendra, Et quant la défense en scet, voir, Ce sera dont qui l'offendra Sur paine de corps et d'avoir. »
10 « Et encore plus j'entendi De Congnoissance au sens argu Que Raison, sa seur, contendi Et content à un fier argu Soustenir : c'est qu'elle attaindra
15 Que ce feu cy jà n'estaindra En cuer humain, tant ait savoir, Quant de plus on l'en contraindra Sur paine de corps et d'avoir. »
« Raison dit que maint ont senty
20 Ce feu qui furent pourveii
De sens, d'onneur, qui s'assenty Se sont tant que despourveu En ont esté, et qui vouldra, Elle dit qu'elle esprouvera
25 Son sens ; qui en vouldra Preuves, elle le prouvera Sur paine de corps et d'avoir. »
— « Tout veû et considéré Vos arguemens dessus dis, Li sage et bien amoderé Ont dit, et diroient tousdis, 5 Que s'uns amans se sent cstrains De ce feu cj et si contrains Que son cuer en soit en dangier ' Et par luj ne puet estre estains.
Il n'y a fors de l'eslongier. »
10 « Ce feu ci chaleur et clarté Contient quant il est bien espris ; En la clarté n'a que purté.
Et de la chaleur est souspris Celui qui s'en tient trop prochains ;
15 Dont, s'il y veult résister, ains Que de ce feu aspre et legier Soit trop crueusement attains, Il n y a fors de l'eslongier. »
« Il n'y a nulle quantité 20 En celle chaleur ; se ravis En est un cuer, en vérité , Pour tant n'est il pas assouvis De plaisance, mais souvent plains De souspirs, de pleurs et de plains ; 25 Siques, qui bien se veult targier Contre ce feu qui est haultains.
Il n'y a fors de l'eslongier. »
— « L*eslongement n*est pas possible A ceulx qui ne scevent leurs pars, Mais se j'eusse creu la sensible Congnoissance, j'eusse espars 5 Mes .V. tisons en pluseurs pars.
Mais en ce feu qui tousjours dure, Je les mis tous .v., dont j'endure Une chaleur qui si m'enflamo Que yen sentiray l'escanduro 10 Tant que j'aray ens ou corps l'ame. »
« Par ce feu qui est invisible Sont mes tisons brûlez et ars.
Le premier et le plus visible De tous les .v., c'est Doulz Regars,
15 Penser , Souvenir et li quars , C'est Désir , qui prent noureture En doulz Espoir , qui par droiture Est le cinquime , dont la flame Me pourra bien estre trop duro
20 Tant que j'aray ens ou corps l'ame. »
« Ce feu à la fois plus horrible M'est que dant Vulcains ne que Mars , Et à la fois m'est si paisible Que nel pourroie pour cent mars
25 D'or eslongier, ne des .vii. ars Ne pourroit on mettre mesure En ce feu , que riens n'amesure Tant que feroit ma chiero dame ; Dont la doy je amer d'amour pure
30 Tant que j'aray ens ou corps l'ame. »
— « Vous estes bien si faitis homs , Ce croy je , que pour ratisier Bien et à point vos .v. tisons , Pour croistre et pour rapeticier 5 Ce feu cy , pour vous apaisicr Et pour en recevoir chaleur Paisible , sans grief ne douleur , Et bien savez comment il fault Attremper son corps ou son cuer 10 Ou pour le froit, ou pour le chaut. »
« Il est bien vray, quant nous voulons De ce feu oster et drecicr Nos tisons , les cours et les longs , Que c'est pour mieulx les redrecier ,
15 S'ilz sont tortus , ou adrecier Et attremper de la liqueur Dame Raison , car sa doulceur Est la médecine qui vault Contre ce feu ; ne sçay meilleur
20 Ou pour le froit, ou pour le chaut. »
« Pour le froit par sens nous devons De dame Raison approchier , Et pour le chaut de vray savons Que ses fais devons reprochier ,
25 Mais qui s'en voulroit avancier Et bien sentesist sa valeur En ce cas et congnust honneur , Il verroit à plain son default Et ordeneroit son labeur
30 Ou pour le froit, ou pour le chaut. »
— « Quant Amours en ce cas s'eflforce
De tout alumer ot esprendre Ce fou , et Raison do sa force , Sans violence et sans mesprendre , 5 Fait en tous temps les siens entendre A ce merveilleux feu estaindre , Dont s'il est qui vueillo contraindre Son cuer à l'un des deux estire Eschever , pour le voir attaindre , 10 II fait bon le meilleur eslire
« De ces deux cas , car li uns torche
Ce que l'autre a osé offendre
Par longuement gésir en torche
Et l'en lieve pour se deffendre 15 Contre ce feu , qui lui fait fendre
Son cuer et son viaire taindre
Et sa loquence si estraindre
Qu'à la fois il ne l'ose dire ;
Siques de ces .ij. , sans se faindre , 20 II fait bon le meilleur eslire. »
tt Tel cuide peller qui escorche , Et tel cuide à la fois aprendre A chaufer son bois qu'il l'escorche , Et le bois art et fault à prendre
25 Ses mesures , dont à reprendre
En fait ; car adont l'estuet plaindre ,
Souspirer , gémir et complaindre,
En disant que son mal empire ;
Dont , qui se vcult d'un des .ij. çaindre ,
30 II fait bon le meilleur eslire.
— « Vous dites voir , car li aucun Dient qu'à ce feu amoureux Hanter a par rieule commun Pluseurs grans contraires et deulx , 5 Et contre un déduit plus de deux , Voire de quatre , grans griétez , Et s'est qui dist , se vous hantez Les grans fais d'armes et d'amours, Que bien souvent vous trouverez 10 Pour un déduit quatre doulours. »
« Mais cil qui y perçoit contre un Déduit .iiij. maulz doulereux , Est plus frois que glace d'alun Encontre amours et riguereux ,
15 Et s'appert que fol maleureux A esté et est appeliez De dame Raison et frétez De son conseil , car à tous tours Dira que vous y sentirez
20 Pour un déduit quatre doulours. »
« Mais je ne suis pas si enfrun , Si dur ne si mal gracieux , Que par mon parler face brun Ce qui est pur , cler et joieux
25 Et en tous temps délicieux , Car de tous les mieulz assenés En amours et des plus sénés En y aroit il qui tousjours Prendroient en gré , n'en doubtez ,
30 Pour un déduit quatre doulours. »
— « Pour ce que quant Amours s'orabat En un cucr de loyal amant Et que par sa graco il s'esbat A lui donner un déduit , tant 5 Li proufite ce déduit , quant Il congnoist qu'il est en la voie D'amt)urs si bien qu'il lui envoie Et congnoist que de lui lui vient , Il en a au cuer tant de joie 10 Que de ses maux ne li souvient. »
« Et quant un seul déduit abat Quatre douleurs , à mon semblant , Cil est fol qui no se combat Contre Raison qui va blasmant
15 Amours et celui despitant Qui en son service s'emploie , Et pour lequel Amours desploie Ses biens et l'en paist et soustient En déduit , qui tant montcploie
20 Que de ses maux ne li souvient. »
« Dont doit on bien appeler mat , Cuer failli , fade et recréant Celui qui despite Testât D'amours , qui est si souHisant
25 Que de ses déduis le moins grant , A fin que par graco en pourvoie Un vrai amant , chose qu'il voie Ne lui plaist mieulx ; quant il le tient , Tant de biens en son cuer convoie
30 Que de ses maux no li souvient. »
— « Et pour tant se traveille ot paine En vain qui veult vérifier Qu'en amours a douleur et paine , Mais on puet bien ratefier 5 Que le cuer tout purefier
Ne s'en puet pas où hon Amour A par plaisance son demour , Mais si n a il point congnoissance Ne de paine ne de douleur , 10 Sans y appeller Congnoissance. »
« Car Amours est chose si saine Que mal ne lui puet approchier , Dont a droit celui qui se saine Quant de paine l'ot reprochier.
15 Mais lorsque Raison avancier Se puet de lui aler entour Le cuer , dira bien en destour Qu'en appert je eus Tacointance D'Amours et de son noble atour,
20 Sans y appeller Congnoissance. »
« Dont est ce bien chose certaine Qu'Amours est le notable ouvrier .
Non pas l'euvre , qui si haultaine Est qu'on puet prouver de legier
25 Que sans Amours assouagier
Ne se puet ; c'en est le greingneur , C'est mon maistre , c'est mon seigneur , C'est mon dieu , car par sa puissance Je lui fais hommage et honneur ,
30 Sans y appeller Congnoissance.
— « Veci comment bon Amours met En oeuvre tous loyaulz amans , Et se pour mon fct s'entremet Qu'en ses oeuvres mette mon temps , 5 S'est ce à ma requeste , sentans Que g'y vueil cucr , corpR et penser Amoureusement dispenser.
Dont s'aucune griété m'encoulpo , Qu'en puet Amours , ù. brief parler , 10 Ce n'est ne son fait ne sa coulpe. »
« Quant que Amours m'eiist atrait, Congnoissance , la bien sachans , M'avoit chargié bien et à trait Que son feu ne fusse approchans
15 De trop près, et j'ay .v. poissans Vertus , pour mon fait mieuls parer , Voulu à tysons comparer , Que tous .V. mis en une houpe En son feu; si les fault brûler ,
20 Ce n'est ne son fait ne sa coulpe. »
« Car je doy sentir en mon fait , Se trop ne sui malentendus , Que ce feu cy riens ne méfiait Se mes .v. tysons est ardans;
25 Dont s'aucune painc sourdans M'en est que ne puisse durer Ne telle douleur endurer , Et Raison me face la loupe.
Amours n'y a que comparer ,
30 Ce n'est ne son fait ne sa coulpe. »
— « Onques Amours ne s'assenty A sentir douleur , quoi qu on dio , N'onques tristesse ne senty , Si ne met je pas m'estudie 5 A dire que paine estourdie Ait en ses euvres maintenir ; Car, pour vérité soustenir, Lors que Raison , qui en est duite , Se veult encontre Amours tenir , 10 II y a merveilleuse luite. »
« Et pour ce dis je , endroit de my , Que se par mon vouloir me lie En espérant le nom d'amy , Se je sens que ce soit folie ,
15 Raison telle mélancolie
Met en mon cuer par escremir Contre Amours, bien la doy cremir , Car mon doulz e?poir met en fuite , Et si tost qu'il veult revenir ,
20 II y a merveilleuse luite. »
« Par ceste raison que je di, S'apparoit amant et amie Que les oeuvres d'amours detri Font de paix et de bonne vie ,
25 Par ceste raison est sentie
Douleur qui fait les cuers frémir Et a tel pleurer et gémir Qui en voulroit bien estre cuite , Mais par le fait de Souvenir
30 II y a merveilleuse luite. »
Cy commence la seconde dousaine de rondiavÀ qui sont entés ens es balades qui s^ensuivent.
« Vous soustenoz Raison Contre loyal Amour Et contre no saison Vous soustenoz Raison ; 5 Ne sçay l'occasion , Dites de quel clameur Vous soustenoz Raison Contre loyal Amour. »
« Vous soustenez Raison 10 Et la cause parfonde
De sa condicion
Sur quoy elle se fonde.
Cupido la confonde I
Car sans cause donneur 15 Elle porte la fonde
Contre loyal Amour. »
« Et contre no saison Partout à la reonde Elle a audicion ; 20 Plus legiere qu'aronde , Voulez vous qu'elle affonde De Vérité la tour ?
Quanqu'elle dit , habonde Contre loyal amour. »
25 « Ne sçay l'occasion.
Mais plus de fois seconde Raison a maint tison Estaint de sa fagonde
Et a fait maint cuer monde.
30 Dites do quel clamour Raison est en ce monde Contre loyal Amour. »
— « Je ne la soustiens pas Néant plus que faire sueil , D'un seul petit repas , Je ne la soustiens pas ; 5 Oncques pour moy plain pas N'issi hors de son sueil ; Je ne la soustiens pas Néant plus que faire sueil. »
« Je ne la soustiens pas , 10 Car elle veut trop faire
Ses choses par compas ;
Elle n'a exemplaire
Qui en cuer me puist plaire ,
Et pourtant je ne veul 15 Elle ne son affaire,
Néant plus que faire sueil,
(( D'un seul petit repas , Tant lui soit nécessaire Par lui crient hélas 20 D'amoureux mainte paire , Et où elle repaire , La lerme vient à l'ueil ; A lui je ne m'appaire Néant plus que faire sueil. »
25 « Oncques pour moy plain pas
Ne passa pour attraire
En mon cuer un soûlas ,
Ains m'a esté contraire ,
N'oncques pour moi complaire 30 N'issi hors de son sueil ,
Si ne la vueil attraire
Néant plus que faire sueil. »
— « C'est grant folie de quérir Meilleur pain que de bon froment , Et ce qu'on ne veult acquérir C'est grant folie de quérir, 5 Pour la vérité enquérir, Veû qu'il n'y a que tourment ; C'est grant folie de quérir Meilleur pain que de bon froment. »
« C*est grant folie de quérir 10 Ce qu'on ne voulroit pas trouver ;
Nous avons voulu requérir
Li uns à l'autre et demander
Demandes pour recommander
Amours, non Raison vraiement , 15 C'est à quérir en hault iver
Meilleur pain que de bon froment. »
« Et ce qu'on ne veult acquérir, Le doit on aussi honnourcr ?
Nous nous soulïens esjoïr 20 Doulcement et le temps passer A vouloir faire et compasser Demandes d'amours , et comment
Veult un homme pour son disner Meilleur pain que de bon froment ? »
25 « Pour la vérité enquérir
D'Amours qu'on ne puet affonser, Qui est bien il s*i doit tenir.
Qui ne veult sa joie esconser.
Au contraire ne vueil penser,
30 Veii qu'il n'y a que tourment , Car nuls homs ne doit désirer Meilleur pain que de bon froment. »
— « Amours est le pain qui repaist Par grâce les cuers familleux ; Amours est le vin qui tant plaist , Amours est le pain qui repaist .
5 Amours est le conseil tout prest A refraindre les merveilleux ; Amours est le pain qui repaist Par grâce les cuers familleux. »
« Amours est le pain qui repaist 10 Le cuer de créature humaine ;
Amours est la clef et l'arrest
Qui tient les cuers en son demaine ;
Amours les bons cuers à bien maine ;
Amours est le grain vertueux 15 Qui repaist de manne mondaine
Par firrace les cuers familleux. »
« Amours est le vin qui tant plaist, Odourant souef comme graine.
Amours scet bien comment il est 20 A ses gens et lesquels ont paine ;
AMOUREUX. i63
Amours scet qui en vain se paine, Amours est le fruit gracieux Qui raemplist , oudoure, alaine Par grâce les cuers familleux. »
25 « Amours est le conseil tout prest
A conseiller honneur haultaine ;
Amours donne, sans fïiire prest.
Ses biens par vertu souveraine ;
Amours est frain et bride saine 30 A refraindre les merveilleux.
Et qui assouage et ramaine
Par grâce les cuers familleux. »
— « On ne pourroit trop loer bon Amour Au dit de ceulz qui aiment loyaument, En bien, en paix, en plaisance, en doulçour ; On ne pourroit trop loer bon Amour, 5 Non ne saroit esprisier sa valeur ; Pour ses biens fais essaucier haultement, On ne pourroit trop loer bon Amour, Au dit de ceulz qui aiment loyaument. »
0 On ne pourroit trop loer bon Amour 10 Au dit de ceulz qui sont de sa baniere,
Mais, je vous pri, mettez me hors d'errour
Et me dites se plus d'une manière
D'amours se fait bonne, vraie et entière.
Aucuns dient qu'en amours leur ennoie 15 Et que leur cuer en lermes font et no je,
Et li aucun s'en loent grandement.
Ne sçay qu'en est, mais de ce me tenroie
Au dit de ceulz qui aiment loyaument. »
i64 TRÉSOR
« En bien, en paix, en plaisance, en doulçour 20 Se tient Amours lojal et droituriere,
N'oncques ne fu en courage d onnour
De bon Amour estainte la lumière
Que par le fait de variance fiere, . Car bon Amour en loyauté s'esjoie 25 Et ne requiert qu'amour, soûlas et joie
En tous estas. Qui diroit autrement,
De ce fait cy je m'en reporteroie
Au dit de ceulz qui aiment loyaument. »
« On ne saroit esprisier sa valour, 30 Ne de ses biens l'abundance pleniere. Et pour mettre nostre fait au retour Que demandé vous ay à lie chiere, S'il est d'amour plus d'une, tant soit chiere , Car, pour certain, volentiers me rendroie 35 A la meilleur et m'y obligeroie
Pour ses biens fais escaucier haultement, Et si croy bien qu'en brief temps le saroie Au dit de ceulz qui aiment loyaument. »
— « Vous demandez quantes amours ils sont Pour vous tenir à la plus honnourable ; S'il n'est ainsi, dites moi pour quoy dont Vous demandez quantes amours ils sont, 5 Ou pour savoir que leaulz amours font. Ou pour aucun penser à honnour able?
Vous demandez quantes amours ils sont.
Pour vous tenir à la plus honnourable. »
0 Vous demandez quantes amours ils sont, 10 Ou s'ils s'en font plus d'une loyaument?
Mon petit sens à ce fait vous respont Qu'autant qu'il a dessoubz le firmament De cuers humains qui ont entendement, De manières d'amours est il autant, 15 Qui pas ne sont l'une à l'autre semblant, Nés que les cuers sont d'un propos estable. Or y visés de ce jour en avant, Pour vous tenir à la plus honnourable. »
a S'il n'est ainsi, dites moy pour quoy dont 20 On ne fait nul amoureux jugement
Juste et loyal ; quant aval et amont
G'y pense bien, homs n'en puet proprement
Parler au vray que de son sentement.
Ils sont amours, ce dient maint amant, 25 Où il a plus de note que de chant;
Le chant est bon, et la note est doubtable;
Siques pensez à ces .ij. maintenant
Pour vous tenir à la plus honnourable,
a Ou pour savoir que leaulz amours font, 30 Ce qu'on ne puet savoir legierement,
Mais je ne sçay homme de si parfont
Sens qui peûst sentir si vraiement
Du fait d'autrui que du sien. Et comment
Estes vous dont en estude si grant 35 Pour deux amours où il n'a qu'un garant.
Ou pour aucun penser à honneur able ?
Appareillez vous comme est afferant
Pour vous tenir à la plus honnourable. »
— « Vous me mettez en grant merancolie
Et me donnez grandement à penser; Vous me boutez hors d'espérance lie.
Vous me mettez en grant merancolie; 5 Pour un désir à qui mon cuer s'alie, Où j'ay espoir à mon temps dispenser, Vous me mettez en grant merancolie Et me donnez grandement à penser. »
« Vous me mettez en grant merancolie, 10 Et la cause vous diray, se je puis.
Vous m'avez dit qu'autant qu'il est en vie De cuers humains, il est d'amours, et puis M'alez puisier paroles en un puis.
Dont m'avez dit bien à pas de linote 15 Qu'ils sont amours où il a plus de note Qu'il n'a de chant, si ne m'en sçay mesler. Mais tous ces poins je les solphie et note Et me donnez grandement à penser. »
« Vous me boutez hors d'espérance lie, 20 Où mon las cuers, et de jours et de nuis, S'esjoïssoit sans penser à folie.
Dont c'est pour moy grant douleur et ennuis, Car selon ce que je suis introduis.
Puis que chascun fait de son cuer sa hôte 25 A mettre amours à sa grâce mignote. On ne s'i puet de riens asseiirer; Par tous ces cas me menez en riote Et me donnez grandement à penser. »
« Pour un désir à qui mon cuer s'alie, 30 Qui est en bien et de toute honneur duis, Sauldra, et jà est en mon cuer saillie. Loyal amour, qui comprent tous déduis
Honnourables où mon cuer je conduis, Et conduiray sans tourner à main pote, 35 Car c'est la tour et le chastel sur mote Où j ay espoir à mon temps dispenser.
Amours, amours, avecques vous j'escote Et me donnez grandement à penser. »
— « Pour TOUS ester de penser et d'esmay. Pour vous tenir en consolacion.
Une chose certaine vous diray, Pour vous ester de penser et d'esmaj ; 5 Car à tout ce que j'ay dit, je mettray A mon povoir bonne solucion, Pour vous ester de penser et d'esmay, Pour vous tenir en consolacion. »
« Pour vous oster de penser et d'esmay 10 Et pour donner à vo cuer nourreture
De bon espoir, oyez que je diray.
On ne porroit par sens ne par mesure
Mettre en amours rieule, point ne mesure ,
Pour ce qu'amours à son gré se départ 15 En pluseurs lieus et que il s'en départ.
Quant il en a administracion.
Notez ces poins et prenez à vo part
Pour vous tenir en consolacion. »
« Une chose certaine vous diray :
20 11 est tout voir que, se Dieu et Nature Fai soient tous les cuers humains d'un vray Et seul propos et de pensée pure.
On pourroit bien par les poins de droiture Parler d'amours. Mais nennil, car esgart
25 Y a mis Dieu par son divin regart. Or m'entendez, car j'ay intencion D'esclaircier mon fait, se Dieu me gart. Pour vous tenir en consolacion. »
« Car en tout ce que j ay dit je mettray 30 Accort, car entre chascune ûgure Faite de Dieu et de Nature, say Différences, et ainsi je figure Qu'amours aussi en cuer de créature Se puet très bien différer; veù l'art 35 Des soutilz, sans faire le papelart, A mon povoir bonne solucion Vous ay monstre, mettez le d'une part Pour vous tenir en consolacion. »
« Par le fait de telz différences On ne porroit Amours contraindre Sans lui faire pluseurs offenses.
Par le fait de telz différences, 5 On lui en feroit bien défenses,
Mais quoi qu'il fust du fait d'estraindre.
Par le fait de telz différences
On ne porroit Amours contraindre. »
« Par le fait de telz différences 10 On ne puet en Amours trouver
Fin, mesure, poins ne silences,
Si qu'on n'en puet déterminer ;
Mais , pour le vray examiner,
Il advient bien que père et mère, 15 Ou marastre sure et amere.
En font bien les oeuvres restraindre,
AMOUEEUX. 100
Mais, foy que je doy ma commère.
On ne porroit Amours contraindre
« Sans lui faire pluseurs offenses, 20 Telles que de lui imposer
Doctrines, chastois, abstinences.
Où bien se saroit opposer.
Dont qui veult son cuer reposer,
Garde soy que par lui n'appere 25 Doctrine qui les bons cuers père,
Car pour gémir ne pour complaindre,
Ne pour parler ne vitupère,
On ne porroit Amours contraindre. »
« On lui en feroit bien deffenses
30 Sur paine de mort endurer ;
Mais Amours het trop pestillences.
Amours ne puet en mal durer ; Car s*on veult Amours emmurer, On puet bien faire au cuer misère,
35 Qui les a tant qu'il les compère,
Mais quoy que soit du fait d'estraindre,
Pour sens de mère ne do père,
On ne porroit Amours contraindre. »
(( Amours qui est en noble cuer.
Humble, courtois et débonnaire, Il a vertus de grant valeur.
Amours qui est en noble cuer.
5 On n'y puet mettre pris ne feur.
Tant est de souffisant affaire ; Amours qui est en noble cuer Humble, courtois et débonnaire. »
« Amours qui est en noble cuer 10 Puet on congnoistre et jugier mieulz Qu'en nul autre, car en honneur Doublent ses vertus en tous lieus, Et des autres jeunes et vieux Est la congnoissance seerée, 15 Car nous voions dune portée Trois enfans, s'en est l'exemplaire, Dont li uns sera à durée Humble, courtois et débonnaire. »
« Il a vertus de grant valeur, 20 Qui est tel, mais en ces .iij. fieus A différence de couleur Ou de membres, si m'aïst Dieux, Ou de bouche, de nez ou d'ieux.
Dont est ce bien chose prouvée 25 Que Nature soit différée
En leurs cuers, qui ne puet pas faire Qu'un des .iij. soit par renommée Humble, courtois et débonnaire. »
« On n'y puet mettre pris ne feur 30 En Amours qui est es gentieux
Cuers humains et plains de doulceur.
Cy s'appert qu'amours est li rieux Qui purefie tous orguieux Et tous vices, s'a renommée 35 Omme de nature honnourée ; Tant est de souffisant affaire Qu'il fait bien un cuer de pensée Humble, courtois et débonnaire. »
— « En ce que m'avez dit
D'Amours et de ses fais »
Mon cuer prent grant délit, En ce que m'avez dit ; 5 J'ai plus de biens eslit Et d'onneur qu'onques mais En ce que m'avez dit D'Amours et de ses fais. »
« En ce que m'avez dit 10 Nullement je ne voy
Qu'il y ait contredit,
Ne je n'y apparçoy
Cause ne ne conçoy
Qu'aucuns homs entremés 15 Y face qu'endroit soy
D'Amours et de ses fais. »
« Mon cuer a grant délit Ens ou leal arroy D'Amours, qui escondit 20 Tout aussi bien un roy, S'il n'est de son conroy.
Qu'un qui garde aignelés.
Et li clost on l'ottroy D'Amours et de ses fais »
25 « J'ay plus de biens eslit En ce que je conçoy Par vous et de proufit Amoureux y reçoy.
Car plus en apparçoy
30 Et d'onneur qu'onques mais.
Pour me tenir ou ploy D'Amours et de ses fais. »
« Amours eu tous estas Ne quiert que son pareil, De ce ne se faint pas Amours en tous estas ; 5 Pour avoir son soûlas.
Se met en appareil ; Amours en tous estas Ne quiert que son pareil. »
« Amours en tous estas 10 Veult Nature asservir Et le tient en ses las Pour s*en faire servir.
Ne sçay du desservir, Mais, par le saint soleil, 15 Amours pour son plaisir Ne quiert que son pareil. »
« De ce ne se faint pas, Quant il en peut joïr, De prendre son repas 20 Et bien le conjoïr Et de soy esjoïr; Il est en tel frefeil Que pour tout son désir Ne quiert que son pareil. »
25 « Pour avoir son soûlas Se scet bien maintenir, Et fait crier hélas A ses biens départir ; Si tost que de partir
30 Se met en appareil.
De tout son souvenir
Ne quiert que son pareil. »
— a Ne dites vous pas cy dessus Qu'Amours domine par haulsage De Nature et est au dessus D'elle, et la tient en servage?
5 Et se Nature fait hommage A Amours, pour en dire voir, Ce font Penser, Désir, Espoir, Qui le tiennent en tel estude Qu'elle se met par faint vouloir 10 En amoureuse servitude. »
« Il semble que vous mettez sus A Nature, soit foie ou sage, Qu'Amours, soit ou près ou ensus.
Ait sur elle tel avantage
15 Qu'elle lui doit livrer passage Et qu'Amours face bien devoir D'elle attraire pour la veoir A son gré, soit souef ou rude, Et pour la tenir main et soir
20 En amoureuse servitude. »
« Mais je ne suis pas cy venus Pour estre oï en tesmoignage Contre Nature, ne si nus De raison, ne si plains d'oultrage 25 Ne suis que veuille son dommage; Et si povés assés savoir Que de quanque elle a de savoir.
Elle meïsmes, par saint Jude»
Se boute, pour plaisance avoir, 30 En amoureuse servitude. »
(( Se bon Amour pour vous avoit
Aucun de ses biens desployez.
Il me semble qu'il les aroit Bien petitement employez.
5 Je vi le temps que vous parliez D'Amours en joieuse plaisance Et disiez que par l'ordenance De la vertu de son domaine, Il avoit parfaite poissance 10 Sur toute créature humaine. »
« Et disiez qu'il esjoïssoit Tous bons cuers et les tenoit liez Et qu'en honneur conjoïssoit Le cuer qui s'estoit allez
15 Par son fait et humiliez En amoureuse obéissance.
Or vous ois je par variance Dire qu'Amours, qui les bons maine, N'a pas certaine cognoissance
20 Sur toute créature humaine. »
« Encore plus Amours estoit De vous tant bien auctorisiez, Qu'encontre tout vice povoit Résister, à ce que disiez; 25 Et maintenant le despisiez Et dites que Nature franche L'attrait à lui par l'acointanche De Franc Vouloir qui l'i amaine;
Dont n'a pas Amours pourveanco 30 Sur toute créature humaine. »
— « Je vous prie, alons parmy Le droit d'Amours et de Nature; Se faulte y a, ce soit par my.
Voulez vous dire par droiture 5 Qu'Amours domine créature Et la met en subgection?
Ce n'est pas mon intencion.
Car Amours, soit ou foie ou bonne, N'a sur moy nulle audicion, 10 Se mon franc vouloir ne li donne. »
« Entendez à moy , mon amy.
Et se je puis, vérité pure
Vous diray ains jour et demy.
Vertus, vices, beauté , laidure 15 Ne sont fins riens, se d'aventure
N*ont leur lieu par condicion
Sur aucun corps ; solucion
Amours néant plus sur moy ne sonne,
A fin de dominacion, 20 Se mon franc vouloir ne li donne. »
« Et qu'il soit vray se j'ay senty Ou sens l'amoureuse pointure Et mon cuer se soit assenty A la conjoïr, se j'endure 25 Par elle aucune paine dure,
Qu'en puet Amours? Lui en doit on Riens demander? Je croy que non; Car se mon désir s'abandonne
A lui, riens ne li vault le don, 30 Se mon franc vouloir ne li donne. »
« Pour ce vous dis je que la stile Des fais d'Amours nobles et fins Ne scevent pas ceulz qui abile Sont de parler à toutes fins 5 D'Amours et des meurs femenins , Car ilz en sont maint molostru Qui dient, de félon argu, Par le fait d'Amours et de femme Ont maint vaillant homme perdu 10 Honneur, chevance, corps et ame. »
a Et pour aussi vray qu'euvangille L'afferme, telz en est devins Et le tesmoingne par Virgille, Par Aristote et que six vins
15 En nommeroit avant que vins L'eust par trop boire deceû, Et qu'il a assés parceû Que par ces deux, sans estre infâme, Y met homs, avec sa vertu,
20 Honneur, chevance, corps et ame. »
« Mais il n'a pas le cuer nobile, Ains est aux dames mau voisins.
Qui leur porte à champ ou à ville Tel los, car s'uns homs est enclins 25 A son franc vouloir, au déclins Des oeuvres où il a tendu Doit estre son fait entendu ; C'est le droit cas où il s'affame,
Et où plus tost a despendu 30 Honneur, chevanco, cot*ps et amo.