XXI
« Dont est ce bien folio ap perte A reulz qui chargent tellement Dames et Amours , soit à perte Ou î\ gaigne. Vecy comment.
5 Un homme tout primerement Yra une dame prier De s'amour, et sans detrier Cuer, corps, honneur, sens et avoir Li voulra tantost ottrier, 10 Et mieulz s'il le pouvoit avoir. »
« Il li promettroit une herte
D'oliphans, s'il en avoit cent ;
Mais se celle ne s'est olferte
A li pour tant et elle en prent 15 A son plaisir, riens no mesprent ;
Se tant se veult humelier.
Si ne l'en pourroit cil lier ;
Bien lui donnast sans décevoir
Tout le sien jusqu'à un denier, 20 Et mieulz s'il le pouvoit avoir. »
« S'uns homs en ce cas se déserte , Amours ne dames vraiement N'ont en ce cas nulle desserte De reprouche ; puis qu'uns homs sent 25 Que son franc vouloir s'i assent.
On ne l'en doit que mercier ; Mais s'on lui vouloit desploier TOM. t:i. \2
178 tRÈSOU
Ce que tant désire à veoir ,
Là devroit il tout emploier,
30 Et miculx s'il le povoit avoir. »
« Se seroient Amours marchandes Ainsi qu'à dire : tien pour tien ?
Ainsi font frians et friandes, Qui n'ont pas d'onneur le maintien.
5 Dont suis je fol se je soustien Que les sages du temps passé Aient leur temps mal dispensé En Amours n'en ceulz de sa route, Car pluseurs ont dit et pensé 10 Que li sage n'y voient goûte »
« Car qui feroit plusieurs offrandes A tous les sains de tout le sien.
Et fussent petites ou grandes , Il est vray qu'il n'y aroit rien ,
15 Ne des sains, s'il ne leur plaist bien, N'en ara cil que leur bon gré.
^ Mais ainsi n'est pas du degré
D'Amours et de femme, car doubte Y met qui dit pour vérité
20 Que li sage n'y voient goûte. »
« Quant les sages de leurs demandes Ont eu l'ottroy par moyen De fremaulz d'or ou de grelandes, Jà congnoissoient ils l'engien 25 Qui n'avoit sur eulz de lien Ne de droit que de voulante.
Se si avant se sont bouté En la danse qu elle soit route , Il est bien par eulz approuvé 30 Que li sage n'y voient goûte. »
« Se tous vrais amans clerement Se congnoissent en prophesie , Hz ne fussent pas si souvent En douleur ne en frenasie, 5 Ne ]en si grant merancolie
Qu'ilz sont , car chascun penseroit Au temps à venir et pourroit Considérer tout son estât Si sagement que bien saroit 10 Garder sa queue pour le chat. »
« Car Congnoissance nous aprent Par doulceur et par courtoisie, Qu'on peut bien amer sagement D'amour loyal et renvoisie,
15 D'umilité acompaignie,
Non pas de l'amour qui déçoit
Celui qui le plus en reçoit ;
A cela met elle débat
Pour nous monstrer comment on doit
20 Garder sa queue pour le chat, m
« Car elle dit certainement Qu'amour qui contient jalousie Est le plus doulereux tourment, La plus perverse fantaisie 25 Et la plus grant forcenerie
180 TRKSOn
De toutes autres, car on voit Qu'elle engendre par son esploit Desespoir, où elle s'embat ; Si qu'il fait bon, comment qu'il soit, 30 Garder sa queue pour le chat. »
« Qui voulroit croire la doctrine De Raison, qui n'est mentercsso De ce de quoy nous endoctrine Congnoissance et nous lait promesse , 5 II croiroit vraj comme la messe, Car elle dit de l'estincclle D'amours qui point soubz la forcelle Ceulz qui plus sont ferme et estable, Que pour le mieulz de leur querelle 10 Chascun ameroit son semblable. »
« Un roy n'ameroit que roïne.
Un prince ameroit princesse Et un duc duchesse bénigne, Un conte ameroit contesse
15 Et un viconte vicontesse,
Un beau chevallier dame belle Et un escuier damoiselle.
Homme d'onneur femme honnourable.
Et par ainsi d'amour leelle
20 Chascun ameroit son semblable. »
« Jaques ameroit Jaquemine, Un abbé ameroit abbesse, Un jacobin une beghine.
Un fîateur une flateresse.
AMOt'RUUX. tSi
25 Un vanteur une vanteresse, Un pucel ameroit pucelle Et un pastourel pastourelle ; Siquos pour le plus profitable.
Et à ce que Raison revelle,
30 Chascun ameroit son semblable. »
« Se chascun anioit son pareil 11 n'y aroit honneur ne honte, Ne jamais homs en appareil Ne se mettroit que fesist conte 5 De bon non pour monter en pris D'aucun fait par amour empris.
Car bien saroit que sans ensonne 11 seroit assenez et pris Selon Testât de sa personne. »
10 0 Et pour tant l'amoureux traveil Qui les amans eslieve et monte Ne feroit jamais en traveil Entrer roy, prince, duc ne conte.
En oultre seroit asservis
15 Le don d'amours qu'ains desservis Ne fu, ne de bon ne de bonne Ne seroit Amours bien servis Selon Testât de sa personne. »
« Car aussi vray que le soleil 20 Est ens ou ciel, bon Amour dompte Les frans cuers et met en frefcil ; Dont perdroit il trop à ce compte.
Car ses franchises et ses dis
Commandemens perdroit tous dis; 25 Sique en tous biens où Amours sonne, Lourdement seroit escondis Selon Testât de sa personne, n
« Or est ainsi que bon Amour A mon cuer si hault assené En bien, en paix et en honneur Qu'il n'est homme de mère né 5 Qui puist jmaginer comment Amours le m'a mis fermement Et assis en si hault endroit Que mon petit cuer vraiement Ameroit mieulx grâce que droit. »
10 « Car ou palais de bel atour Et de vertus bien ordené, Chascune en une belle tour , M'a loyal Amour, le séné, Assené si parfaitement
15 Que quant g'j pense proprement Et que mon petit cuer conçoit De tout son fait , principalment Ameroit mieulx grâce que droit, )>
« Ainsi Amours, par sa valeur,
20 A ce palais bien meurginé
Fait que mon cuer a son retour.
Mais quant j'ay bien jmaginé Du palais le gouvernement, La haulteur et ce qu'il comprent
25 De tous haultains biens, qui le voit ,
Je congnois bien qui humblement Ameroit mieulx grâce que droit. «
XXXVFI
— (( A ce que vous oy deviser Par amoureuse inteneion, Nous avons cause de viser Qu'Amours puet la peticion 5 De tous vrais amans essaucier Si haulteraent et avancior, Que par son chancellier on passe Requ estes qui font à prisier En pou d'eure et en pou d'espasse. »
10 « Siques bien me doy accorder Tout sans y mettre adicion A ce que vous oy recorder Qu'Amours a noble audicion En ce hault palais ; car Dangier,
15 Du trésor de raercy huissier,
Quant il plaist Amours et à Grâce, On lui fait son propos changier En pou d'eure et en pou d'espace. »
(( Grâce, qu'on doit bien renommer
20 Pour sa noble condicion .
Vous oï cy dessus nommer Trcsoriere de nacion, Et que ceulz qu'elle veult aidier , Il ne les fault que soushaidier ;
25 Quant leur requeste elle compassé , Elle les prent ou fait widier En pou d'eure et en pou d'espasse. »
184 TMF.SOA
— (( Se j'eusse de mon acort Ceulz qui ont le trésor en garde De ce palais par mon rccort,
Je fusse bien, et si regarde 5 Que toute la plus fiere garde Qui y soit cherroit ou celier, Mais que j'eusse en mon avantgarde Roj, tresoriere et chancelier. »
« En ce fait cy tout le plus fort, 10 Afin que sa puissance esgarde.
C'est Amours, qui est l'oy au fort Sus tous autres, car ce qu'il larde Est en péril que feu ne Tarde.
Siques, pour mon fait abregier, 15 G'iraj prier, ains que plus tarde, Roy, tresoriere et chancelier. »
« VA en tant que j'ai mon resort En loyauté, qui de renarde Ne scet, prophesie ne soit, 20 Elle ne seroit pas cufarde A moy secourir ne couarde, Mais pour moy ester de dangier Mieulx valent en l'arrieregarde Koy, tresoriere et chancelier. »
— « De ce trésor de noble arroy Arics bien les deux pars ou plus.
Car il n'est or qui sans desroy Y traitas! mieulz, et au seurplus, 5 Ceulz qui en ont essaie Tus Diroient en toutes les cours Que vous en serés au dessus, Se vous aviez un tel secours. »
« Vous ari(5s Amours qui est loy
10 En ceste partie esleûs.
Grâce atout son noble conroy, La tresoriere de vertus , Et Ottroj le chancelier ; nulz N'iroit au devant que le cours
15 Ne vous fust le trésor rendus. Se vous aviez un tel secours. »
(( Mais selon ce que j appargoy , De tout vostre fait pourveus N'en estes pas; dont je conçoj 20 Que les gardes de sens ajrus Sont encontre vous redargus ; Mais li termes seroit bien cours Que leur sens y fust soustenus , Se vous aviez un tel .secours, p
— « J'aroie bien mesticr d'avoir Qui me voulsist reconforter En ce fait cj, au dire voir, Qui me donne assés à penser" 5 Comment doy mon temps dispenser; Si me fault mettre en appareil Pour savoir où puisse trouver En brief temps advis et conseil. »
180 THKSOU
— « Cause n'avez de vous douloir , 10 A ce que je puis présumer ;
11 vous vault mieulx d'umble vouloir
En vostre cuer ymaginer
Et vostre espoir examiner
Se toujours ares temps pareil 15 En doubte, et sur ce demander
En brief temps advis et conseil. »
« Alez premièrement savoir A aucuns qui ont à garder Ce haultain palais pour veoir 20 En leur maintien et regarder Que vous y povez supposer, Bien et paix, ou paine et traveil. Et selon le cas ordener En brief temps advis et conseil. »
Cy s ensuit la tierce partie de lignes couplettes de ce livre.
Quant nous eusmes longtemps ainsi,
Une heure en paix, l'autre en soussi.
Devisé de plusieurs propos,
Dont nous en avons en depos 1605 Mis les aucuns par bon accort
Jusqu'à tant que certain recort
Nous en voulrons faire d'assens,
L'escuier bien garni de sens
Dist qu'il mettroit de nos argus 16)0 Expressément les plus agus
En memore, pour en avoir
Solucion et pour savoir
L'oppinion des amoureux
Et des autres pou eiireux 1615 De sens et de biens de fortune ,
Ou des eiireux au moins d'une
Ou de .ij. ou de .iij. ensemble.
Pour savoir ce qu'il leur en semble.
Bonnement je m'y assenti 1620 Pour la cause que je senti
Le bon conseil que donn(5 m'ot
Cy dessus, autant à un mot
Qu'à cent, que bien tenus estoie.
Pour la douleur que je sentoie 1625 En cuer, qu'avant hui que demain
M'en alasse de cuer humain
Au palais haultain, pour sentir
De ceulz de leans assentir
Se voulroient que je peusse 1630 Tant faire par eulz que j'eiisse
Audience à la souveraine
Gardienne et dame haultainne
Du plaisant et riche trésor
Où on garde et tient en trésor 1635 Le précieux don de mercy.
Mais tout ainsi qu'à ce fait cj
Je pensoie par souvenir.
Bon Amour voult à moy venir,
Comment Amours vint à l'auteur pottr enquérir de son estât.
Qui me demanda humblement 1640 De tout mon estât et comment
Me looie de mon Espoir,
Et je di : « Sire, il n'a povoir
Contre Désir et son effort.
Qui le point et assault si fort 1645 Que par asprement assaillir.
Il le fait souvent tressaillir,
Par ce qu'il l'embrase et atise
18H TKF.SOR
D'acquérir honnourable liantisc
A la gardienne, à tel fin 1G50 Que je la serve jusqu'en fin,
Pour avoir quelque medicine
De l'escot ou de la racine
Du trésor au don de mercy.
Qui mon cuer a mis à mercy, 1655 Tant qu'en ce me puisse fier
Pour mon Espoir fortefier,
Qui est si foibles et si las
Qu'il ne fait que crier hélas,
En doubte de perdre son temps ; 1660 Mais à ce que j'en suis sentans.
Par vous seroit tost remis sus
De santé , je le vous met sus. )>
Et si tos qu'Amours m'entendi ,
Il me sembla qu'il n'attendi 1665 A respondre qu'un pou d'espasse,
Comhioit Amours respont à l'auteur de ce qu'il lui a dit.
Et dist : « Celle ou celui qui passe
Briefment ce que je fav requerre.
Pas ne le doy tenir en guerre.
Mais on ne t'a riens escondit 1670 Encore ; à ce que tu m'as dit.
Tu resembles celui qui pleure
Ses douleurs ains le temps et l'eure
Qu'il soit menaciez ne batus.
Ne soies pas si abat us 1675 Ne si desconfîs en ton fait ;
On y pourroit quelque méfiait
Présumer par ta contenance.
Et sembleroit que soustenance
N'eiist d'aucune loyauté.
1080 En ton espoir» par amité,
To venl un pou •8souagicr
Ton cuer et tes maulz alogier,
Kt te ramentovoir comment
Je te dis au commencement 1(>85 Que du parc la signiliancc
Je te diroie et que liance
Ayes en moi do tous tes fais,
Kt s'ainsi n'est, tu te méfiais ;
<^ar tu me dois croire en tous temps 1 090 Sans ce que tu soies doubtans
Moy ne mes fais ne ma doctrine,
Qui on tous l>ions est entérine, n
Et jo lui respondi : « Chier sire.
Bien savez que je ne désire 1095 Que vous servir d'umble vouloir.
En vous suppliant que savoir
Puisse par vous la voulenté
De ma dame, où avoulenté
Me sui de cuer et de pensée, 1700 Par vous mise en moy et pensée ;
Dont savez vous que je vous croy
Cent fois plus que je ne fais moy.
Et se Raison et Congnoissanco
En vouloient la congnoissanco 1705 Avoir, jà ne m'en desdiray. »
Comment Amours Jecise à Vauteur la signifiance du farc.
— « Tu dis bien, et jeté diray, »
Dist Amours, « ce que signifie Ce parc ; puis que ton cuer se fie Tant en moy, je t'en sçay bon gré 1710 Et t*en tiens pour sage et discré.
190 TiiKsoh
Ce parc signifie le lieu De ma mère Venus eslieu A tous vrais amoureux embatre Seûrement pour eulz esbatre 1715 Et prendre recreacion
En honnourable intencion, Et te cliray cause pour quoy , En appert non pas en recoy. »
« Ou temps où mon frère Adonis
1720 Pu damoiseaulx gays et jolis , Jeunes estant en sa veneur.
Et qu'il voult devenir veneur Pour son cuer esbatre et déduire, Ma mère Venus introduire
1725 Le voult du mestier et aprendre A quel proie chacier et prendre Il se devoit aventurer Et tout son cuer esvigurer Pour soi garder de mort amere.
1730 Venus lui dist : — « Je sui ta mère , Adonis , tu es mon ctiier filz , Et tel que tu es , je te fis A laide de ton chier père , Qui de son courage te père.
1735 Or veulz tu veneur devenir Et ses enfans en ton venir , Et comme une rousée tendre Je te pri que veulles entendre Ma doctrine et bien t'en souviengne.
1740 Gardes bien que jà ne t'aviengne De vouloir chacier par orage Beste qui soit de fier courage , Ne par beau temps, en bois n'en parc Il n'y fait nul qu'il n'a son arc ;
1745 Pour ce que tu ne sces tes pars Je te deffens tigres , lieppars , Lyons, senglers, ours ne licornes, Et cerfs qui ont agues cornes ; Et me note bien ce nota
1750 Où mains de chant que de note a : Qui de telz bestes a envie, Il est en péril de sa vie.
Si te vault mieulz ton cuer déduire A une beste qu'on puet du ire
1755 Et qui soit de doulce nature.
Bien veul que tu mettes ta cure A chacier singes , biches , dains , Lièvres et connins ; tous certains Soies qu'on se puet bien esbatre
1760 A telles bestes , car de batre
Un homme n'ont pas le pouvoir , Le hardement ne le savoir. « — Et quant Adonis , mon chier frère , Ot escouté Venus , ma mère ,
1765 II respondi qu'il n'en feroit
Que ce que bon lui sembloroit , Et depuis chaça Atalente , Qui ains de courir ne fu lente, N'onques n'avait esté sousprise ;
1770 Ne mon frère ne l'eust jà prise , Se n'eust esté Venus ma mère , Qui lors ne lui fu pas amere , Car elle lui fist tel secours Qu'il vint au dessus de son cours
1775 Par les .iij. pommes de fin or Que ma mère lui donna. Or Te vueil je deviser comment.
Atalente certainement Fu une pucelle jndis
I Î)î2 TIlKSOIl
1780 Si l)e]le, on fais et en di.s,
Qu'elle ne vouloit homme amer Qui tust (leeà ne delà mer , Tant fust de noble estracion , Se ne fust par condicion 1785 Qu'il la poûst passer au cours.
De ce fait cy en toutes cours Estoit commune renommée.
Et s'elle estoit d'aucun amc'e De cuer , de corps et de penser 1790 Qui ne la peust au cours passer , Il estoit à mort condempné ; Ainsi estoit il ordené.
Et celui qui la passeroit Au cours , ainsi qu'il penseroit, 1795 Joïroit à plain de son corps ; Ainsi estoit fait li acors.
A ce se mirent à essay Pluseurs et tant que je n'en sçay Pas bien certainement le conte , 1800 Mais vérité nous y raconte
Qu'en courant mort les mist à fin Quoyqu'ilz amassent de cuer fin La gente pucelle. Or advint Que mon frère Adonis , à vint 1805 Ans d'aage, ne plus ne mains , Fu de moy ahers à deux mains , Et li fis amer la pucelle Parfaitement ; mais ce fu celle A qui il en prist grant pité 1810 Pour la belle et fiere beauté
Dont mon chier frère estoit tant plains De la pucelle fu tant plains Qu'elle li dist : « Hélas , amis , « Dolente sui que tu as mis
1815 « Ton cuér à me vouloir amer ,
« Il t'en faudra sentir l'amer
tf Mortel que les autres ont mors
« Tant qu ilz sont ou conte des mors :
« Las ! que je plains ta beaut(5 tendre ! 1820 « Pour quoi veulz tu au cours entendre ?
(( Lasse mi , que j'en suis dolente !
a Et bien sces qu'oncques ne fu lente
« De course et que , se je te passe
« Au cours, tu n'auras pas espasse 1825 « De dire un mot que mort amere
« Ne te preingne ; neïs ta mère
« Ne t'en porroit aidier au fort
« Encontre moy ne mon effort.
a Dont te vaut il miculz déporter 1830 « Du cours et ailleurs transporter
« Ton corps et ta belle jouvente ,
« Que de la mètre cy à vente. »
Ainsi Atalente la belle
A Adonis dist sa querelle, 1835 Mon frère , qui lui respondi :
« Belle , pour certain je vous di
« Que le cours ferai , se je puis. »
Sa response fu telle et puis,
A genoulz se mist et mains jointes , 1840 En estraingnant fourment ses jointes ,
Supplia à Venus , sa mère ,
Que pas ne lui fust si amere
A ce cop qu'il n'eiist secours
De par elle à faire son cours.
1845 Et mère qui aime de tendre
Amour ne puet gueres attendre
A son chier enfant secourir.
Nostre mère, par bien courir, TOM. m. 13
Celle parole à plain monstra ,
1850 Quant à mon frère s'amonstra Atout .iij. pommes de fin or Qu elle avoit prins en son trésor.
Elle lui dist : « M'amcnt mon cucr , « De pitié me fais la liqueur
1855 a De mon cuer monter à mes yeux , « Or entcns bien à moy , beaux fieux « Ces .iij. belles pommos dor fin f T'ai apportées à tel fin « Que par mon conseil en feras.
1860 « Quant entre deux bonnes seras « Mis au cours , si n'oublie point « A les getter bien et à point « Hors du chemin , et en travers « Atalente courra envers ,
1865 « Pour la grant beauté de la pomme , « Plus tost que ne feroit un homme , « Et lors te faulra avancier « Pour la pucelle adevancier , « Qui legierement te suivra.
1870 « Quant elle te raconsuivra, « Ta seconde pomme getter 0 Te faulra et tousjours haster.
« De la tierce feras ainsi « Que des autres .ij. ; par ainsi
1875 « Au dessus de ton cours venras « Par mon conseil , tu le verras. »
Mon frère les .iij. pommes prist Et le conseil ma mère aprist Si justement et advisa
1880 Qu'ainsi qu'elle lui devisa
Il le sot bien sagement faire , Mais il y ot assés à faire.
Toutesvoies tant s'avança
Que la pucelle adevança , 1885 Et fu le premier à la bonne ,
Qui à celé heure lui fu bonne
Pour apojer , tant estoit las.
Et la belle disoit : « Hélas ,
« Fortune , de quel entremis 1890 « M'as tu servie cy ? One mais
« En mon vivant ne fu ratainte
« Ne de convoitise contrainte. »
Ainsi vint mon frère au dessus
D'Atalente , que cy dessus 1895 Le t ay monstre par exemplaire
Pour toy esjoïr et complaire
Et aussi pour toy adviser
A ce que m'orras deviser.
Mon frère Adonis resembla , 1900 Quant pour courir il s'assembla
A Atalente la pucelle ,
Un amoureux qui aime celle
Qui de richesses et d'amis
A elle bien garder commis 1905 Si grande et à la fois si fiere
Qu'il lui semble qu'à lui n'affiere
Homme , s'il n'est roy , duc ou conte
Ou de tous mis ou plus hault conte.
Homs qui a telle dame empris 1910 A amer et en soit souspris,
11 est en péril par amer
Comme celui qui est en mer
En petit vaissel à l'orage.
C'est la bieste de fier courage , 1915 Plus que n'est tigre ne licorne ,
Qui tout tresperce de sa corne.
Dont vault il mieulx prendre déduis Amoureux et en doulceur duis Que ceulz où a péril de mort.
1920 Bien eùreux est qui s'amort A amer dame bonne et sage , Gracieuse et d'umble courage, Selon Testât de sa personne ; Entens tu bien que ce mot sonne ?
1925 En telle dame met sa cure Homs qui a de sa vie cure , Car c'est la bichette et le dain Agréable à déduit mondain.
Qu'aroy je gaignié se mes gens ,
1930 Tous les plus courtois , preux et gens , Devenoient veneour tel Qu'ils fussent en péril mortel Et cbaçassent de randonnée Beste crueuse ou forsenée ,
1935 Si que par roidement cbacier
Ils poussent la mort pourchacier ?
G'y perdroie maint serviteur , Maint bon tuteur, maint curateur De mes biens presens et futurs.
1940 Ce fait cj me seroit trop durs , Et si diroient li aucun , S'en ce cas n'en perdoie qu'un , Que j'aroie autant coulpe au fait Que qui en eust fait le meffait.
1945 Las! telle voix iroit volant Et si seroie plus dolant De le perdre et plus forsené , Que nul homme , tant fust séné.
Quant un hault prince a en sa court
1950 Un bon homme d'armes qui court Plus tost à l'assault qu'à la table Et qu'on tient scur et estable , Quant il le pert à un assault Ou en autre cas, il tressault
1955 De deuil , d'ennuy et de destresse. Et n'a chastel ne forteresse Celui prince qu'il n'eust plus chier Avoir perdue que son chier Serviteur et lojal ami.
1960 Tout ainsi en est il à my
Quant je pers par quelque fortune De mes serviteurs un et une.
Or t'ay je comparisons saines Faites du hault bois de Vinsaines
1965 Et du parc au lieu gracieux Que Venus pour délicieux Administra à mon chier frère Pour soy garder de mort amere.
Quant il volroit ou soir ou main
1970 Aler chacier. De cuer humain Telles bestes qui nuit et jour Font en ce parc cy leur séjour Li conseilloit elle à chacier Où qu'elles s'alassent cachier.
1975 Tel conseil lui administroit.
Voir, que qui bien le congnoistroit , A soy le voulroit retenir Pour son cuer en paix soustenir.
Or est ainsi que tu t'es mis
1980 Comme vrais et loyaulz amis En mon service pour amer.
Celle que tu pues bien nommer La gardienne du trésor ,
i98 ' TRÉSOR
Dont on ne puet fairo restor , 1985 Qui tant est belle , bonne et sage ,
Et ne sces s'elle est de courage
Courtoise , humble , doulce et humaine »
Mais tu t'es mis en mon domaine
En espoir que par ma doctrine 1990 Elle soit vers toy entérine
D'aucune grâce pour venir
A ton amoureux souvenir.
Si te diray que tu feras :
Quant à elle tu parleras , 1995 Tu lui demanderas office
A toj avenant et propice ,
Car elle t'en sara bon gré ;
Car on monte bien d'un degré
En plus hault, qui par bien sentir 2000 Se veult pener du desservir.
Et tu ainsi , par Sainte Croix ,
Le feras tu , se tu m'en crois.
Comment Amours demande à l'auteur quel office il veiilt avoir.
Or me di tout fiablement , Quelle office aimablement 2005 As tu en cuer et en penser A demander pour exercer Qui à to j soit appartenant ?
Di m'ent le voir tout maintenant.
Comment l'auteur H respont quel office il désire à avoir , mais quHi en puistjiner.
Et quant Amours administré 2010 Mot son conseil et remonstré
Par exemple ce dessus dit , Me sembla que sans contredit Je lui rospondi : « Très chier pire , Vous savez bien que je désire
2015 A estre si bieneiireux
Que du hault Trésor amoureux Je peùsse estre le greffier.
Mais lorsqu'il me souvient du fier Dangier , il me fault tressaillir
2020 De paour que j'ay de faillir A ma requeste de son fait ; Car c'est de tous le plus parfait Vilain, et tout le plus rustique, Qui oncques usast de pratique,
2025 Ne riens qui soit ne lui souffist ; Je ne say pourquoi on le fist Huissier d'un si noble trésor , Je l'amasse mieulz de fin or , S'estre pooit par soushaidier ,
2030 Car tel naist qui ne puet aidier. » — « Tu dis voir , il advient souvent A ceulz qui sont de mon couvent , »
Dist Amours , « et quant à l'ofiice Où tu contens , c'est artefice
2035 Où il afiîert grant diligence Pour fuir toute négligence , Mais nous avons intencion De t'en mettre en possession , Si te diray que tu feras.
2040 Au palais haultain t'en iras Pour parler à la gardienne , Qui de tes maulz medicienne A esté et est et sera Toutes fois qu'elle y pensera
2045 Pour ton bien et avancement ;
Siques pour bon essaucement
Tu aras en ta compaingnie
De mes gens qui grant compaingnie
Te feront et noble secours.
2050 En tant que loyauté son cours
A et ara en tout ton fait ,
Nous te garderons de meffait ,
Car qui de loyauté se père,
C'est meschief quant il le compère, 2055 Et se o luy... maine
Homme qui soit de mon demaine,
Comment Amours ordene ses gens pour aler avec l' auteur pour conforter sa requesie .
Avoir doit nostre conriestable ,
Hardement seur et estable ,
Qui n'est trop hastif ne trop chaux.
2060 Tu Taras , et nos mareschaux
Tous les deux , Dcsir et Penser,
Pour plus seûrement passer
Tous les pas où tu passeras
Et ce à quoy tu penseras ; 2065 Nostre maistre d'arbalestiers
Avec toy ira voulentiers
Et se tenra ou front devant
Atout son trait droit et avant ,
Et nostre maistre des requestes , 2070 Beau Parler, fera tes enquestes.
Ce sont bien gens en qui fier
Tu te dois pour fortefier
Ton Espoir , se la gardienne
N'a plus dur cuer que n ot d'yenne ; 2075 Ce sont gent de fait et traitable.
Et afin que chascun très able Soit de bien faire son devoir , G'y seray , saches le de voir , Devant , ou milieu et après , 2080 Pour mieulz ad viser les plus près D'esploittier en ceste besongne De quoy tu as si grant besongne. »
Quant Amours ainsi ordené
Ot luy et ses gens, et donné 2085 M'ot tel conseil , pas ne fu sours
Mon doulz Espoir, car bien resours
En fu et dist qu'il se sentoit
En meileur estât qu'il n'estoit
Par avant, ce me fu ad vis. 2090 Et Loyauté par bon advis
Me dist que bien tenus estoio
Bon Amour , quant je le mettoie
Pour moy aidier en si grant seing
Et secourir à mon besoing.
2095 Lors me sembla que j'enclinay
Amours, où riens ne declinay
D'onneur en lui remerciant
De ce qui bien m'estoit séant.
Comment Amours prist V auteur par la main pour Vcndoctriner de la contenance que il doit avoir.
Lors me sembla qu'Amours me prist 2100 Par la main , et puis il m'aprist Par cuer comment me maintenroie Quant au palais haultain venroie, Et puis nous mist et assembla Tout ainsi que bon lui sembla.
Comment Amours met ses gens par ordenance pour aler au Trésor
amoureux.
2105 Et dist Amours : « Il est mestiers
Que vous, maistres d'arbalestiers,
Doulz Regart , ailliés tout devant ,
Car vous estes moult clervoyant ;
Beau Parler, vous j'rés après; 2110 Maistre des requestés , de près
Vous les suivrcs ; quoj qu'il adviengne,
De nostre fait bien vous souviengne. .
Nos mareschaux, Désir , Penser,
A nostre fait vous fault penser ; 2115 Espoir et Loyauté , tous temps
Mon serviteur vous soit sentans.
Hardement , nostre connestable ,
Avec moy , c'est chose notable ,
Se tenra pour avoir regart 2120 Sur entre vous. » — Se Dieux me gart ,
Amours , quant g'y ai bien visé ,
Tout ainsi que j'aj devisé ,
Nous ordena, et puis alasmes
Au palais haultain , où trouvasmes 2125 A la porte le portier gent ,
Humble , courtois et diligent ,
Qui encontre nous se dreça.
Beau Parler à lui s'adreça
Et puis doul cément li enquist 2130 De la gardienne et requist
Licence par langage court
Que nous nous puissions en la court
Du palais sans mefFait embatre
Pour nous courtoisement esbatre.
2135 Lorsque Beau Maintien entendi
AMOUREDX. 203
Beau Parler , il lui respondi :
« Siro , jo no vous en puis pas « Ottroier congië , ne le pas « Clorre aussi , mais j'appelleray
2140 « De mes dames et leur diray « Vo requesto. » Lors s'en ala Beau Maintien et puis appella Manière et Courtoisie aussi.
Et chascune tantost issi
2145 Amiablement do sa tour ;.
En bel et gracieux atour Estoit chascune d'elles deux; Et Beau Maintien , qui vergondeux Pas n'estoit , ala au devant
2150 D'elles deux et parla devant ,
Et dist : « Mes dames, vé çà gent a Qui sont moult gracieux et gent, « Et m'ont demandé et enquis « De la gardienne et requis
2155 « Qu'en la court de céans embatre « Les laissasse pour eulz esbatre .
« Mais pas ne leur ay acordé a Jusques à tant , par le corps Dé , « Que j'eusse parlé à vous deux
2160 « Et vous devise Testât d'eux. »
Adont me sembla que Manière Et Courtoisie à lie chiere Respondirent à Beau Maintien :
« Vien avec nous et si retien
2165 « Ce qu'ilz ont dit sensiblement ; «c Nous te menrons paisiblement a A la gardienne au cuer sage « Et à lui feras ton message. »
Lors s'en alerent tout ensemble
204 TRésOR
2170 A la gardienne, et me semble Qu'ilz la trouvèrent en sa tour Ou un lieu non pas en destour , Avec elle Bonté , Beauté , Honneur et dame Humilité,
2175 Qu'encore n'estoient retraites
En leurs belles tours ne retraites De faire honneur et compaingnie A la gardienne enseignie.
Et Manière , à toute honneur able ,
2180 De salu bel et honnourable La salua notablement , Et la gardienne humblement Respondi de voix moult humaine :
« Or me dites qui vous amaine
2185 « Maintenant cy entre vous trois ?
— (( Ma chierc dame , c'est bien drois , » Dist Beau Maintien , « que le sachiez ; « C'est Amours qui s'est avanciez « D'entrer céans, et m'en requist
2190 « Beau Parler , et puis il enquist « Forment de vous et demanda « De ce qu'Amours li commanda , « Qu'il ert moult bien accompaigniez « De gens courtois et enseigniez ,
2195 « V Cela povez vous bien penser : « Hardement , Désir et Penser « Y estoient et Doulz Regart « Trestout devant , se Dieux me gart , « Et Beau Parler qui au plus près
2200 « De lui se tenoit , et après « G'j vi Espoir et Loyauté , « Qui se tenoient au costé « D'un homme que je ne congnois ,
« Mais il a habit de François ;
2205 « Plus avant ne sçay de leur fait , « Avoir n'y puet riens de meffait. »
Ce respondi la gardienne :
c Puisque la bonne crestienne , « Loyauté , avec eulz se tient ,
2210 « Pour l'amour d'elle il appartient « Qu'on les face venir avant.
« Courtoisie , alez au devant , « Manière avec nous demorra a Et Beau Maintien o vous yra.
2215 a Faites ainsi que bon vous semble , « Et s'ilz veulent venir ensemble , « Si ne laissiez venir amont « Senon ceulz qu'Amours y semont. »
Lors me sembla que Courtoisie ,
2220 L'umble , sachant et renvoisie ,
Et Beau Maintien vindrent à nous , Qui fléchi l'un de ses genoulz, Et Beau Parler sensiblement
2225 Li respondi à l'avenant.
Courtoisie les bienvenant Nous fist et en la court entrer , Et puis nous voult administrer Le chemin à la belle tour
2230 Où la gardienne en atour
Fu comme à elle appartenoit ; Manière par la main tenoit.
Ainsi que nous venismes là, Beau Parler le primer parla ,
2235 Mais Doulz Regart avoit jà trait Un graciex salu à trait , Et dist Beau Parler : a Gardienne , « Dame et déesse terrienne ,
20G TRÉSOft
« A un des serviteurs au roy 2240 (( Et dieu d'Amours , par bon arroy « Le vous avons cy amené.
« Moult se tient de bonne heure né « Quant il vous puet veoir en face , « Et se Dieu vray pardon me face , 2245 « Il m'a prié que sa requeste
« Je vous lise , et se sa requeste « Peut par vostre conseil passer , « Il n'est homme qui puist penser « Les biens que son cuer sentira 2250 u Quant le vostre consentira « Qu'il ait un office au Trésor « Dont vous estes gardienne. Or « Entendez sa requeste en ce ; « Vecy ainsi qu'elle commence :
2255 a A la gardienne et déesse ,
c Du Trésor amoureux princesse , « Supplie humblement le nommé , « Parfait désirant d'estre amé , « Que la parfonde humilité
2260 « Et haulte debonnaireté ,
« De vostre franc cuer se consente « A vouloir entrer en la sente « Où son doulz Espoir l'a tenu :
« C'est que par vous soit retenu
2265 « Greffier du Trésor amoureux ; « Et s'il n'estoit tant eiireux « Que vous passissiez sa requeste « Sans faire de li bonne enqueste , « Amours et tous ceulx de sa court
2270 « Vous tesmoignent à un mot court « Qu'il est souffisaument habille
« Et qu'il scet assez bien de stille t De l'office qu'il vous requiert , t Et s'en vous servant il acquiert 2275 « Aucuns amis par bien servir , « Si sera ce pour desservir 0 Vostro bon gré en aucun temps. »
— « Selon ce que je suis sentans , n Dist la gardienne honnourable ,
2280 u La requeste est assez resnable , « Mais j'en parray à mon conseil. »
Et tout ainsi qu'en appareil Estoient Honneur et Manière D'aler quérir la tresoriere ,
2285 Grâce , elle y vint si bien à point Qu'on lui monstra de point en point Ma requeste, ce me sembla.
Et la gardienne assembla Ses dames et par amité
2290 Elle y appella Loyauté ,
Et quant elles furent ensemble, Elle demanda : « Que vous semble « De ceste requeste passer « Et du suppliant? Se penser
2295 « Povez qu'il fesist bien devoir , 0 Loyauté , dites ent le voir , « Qui estes de sa compaignie. »
— « Jà ne m'y fusse acompaignie, » Ce dist Loyauté , « par mon ame ,
2300 a Gardienne , très chiere dame , • S'il ne fust loyal homme et tel a Qu'Amours et cil do son hostel « Le vous ont tesmoingné de vray ; « Tant qu'il vivra, en lui vivray ;
2305 « Je vous en di tant de ma part. »
Et Grâce, qui ses biens espart A pluseurs à sa voulenté, Dist par grant debonnairetd :
c Gardienne, il soit retenu ! »
2310 — « Ce qui vous plaist soit soustenu, » Ce dist la gardienne à Grâce, « Moult lui avez fait belle grâce. »
Et quant Amours oï le mot Comment Grâce retenu m'ot,
2315 II me dist : « Or as tu office
« Qui te vault mieulz qu'un bénéfice « Qui seroit de grant revenue.
« Grâce y est bien à point venue « Qui a ta requeste passée
2320 « Par parole humblement pensée « Que la gardienne y pensa. »
Adont dist Grâce au cuer humain :
« Sire, prenez le par la main,
2325 « Si lui faites faire serment. »
— « Il le fera seûrement, »
Dist Amours. Et lors je lui fis, Mais de grâce ne de profiz N'y ot parlé, au dire voir,
2330 Qu'en servant je deùsse avoir.
Fors tant qu'Amours dist : « Tu es cy « Par moi grandement enrichi. »
Et je respondi : « Noble roy, « Je sçay bien que par vostre arroy
2335 « Senti mon Espoir secouru,
« Si tost que Grâce y a couru, « D'un si gracieux reconfort « Que je me sens haitié et fort
« A vostre vouloir endurer ; 2340 « Autrement n'eusse pu durer
« Que je n'eusse esté desconûs. »
Lors dist Amours : a Tu es bon fllz, « De la gardienne servir « Il fault penser, pour desservir 2345 (( Sa bienveillance et son bon gré,
« Pour toy mettre en plus hault degré [ « Par ton service, mais je croy
1^^ « Que nostre chancelier Ottroy
i « De ce se vouldra entremettre,
[ 2350 « Et que par luy sera ta lettre
t' « Faite de cestc retenance.
[ « Tu seras mis en ordenance,
« Et si aras tu, j'en suis fis, t Gaiges bien fais et grans profis. »
2355 — « Amours », ce dist Grâce la belle, u De ce ne seray pas rebelle, « S'il sert loyaument de cuer fin « La gardienne jusqu'en fin. »
Lors dist Amours : a Dame de pris, 2360 « Par moi a le service empris, « Et par moi, sachiés le de voir, {( Se je puis, il fera devoir, (c Car moult lui avez beau présent « Fait à ce cop. Pour le présent, 2365 « Il nous cou vient , sans départir, « Une espace de cy partir. »
Lors me sembla, se Dieux me g art, Que Beau Parler et Doux Regart Et moy les dames enmenasmes 2370 Sans autre congié et alasmes.
Amours et les siens, droite voie Où l'escuier laissié avoie
Largement garny de pensée.
Mais ains de une heure passée 2375 Amours ala ; en son conduit,
Avec son chambellan Déduit ,
Ses gens emmena, excepté
Mon doulz Espoir et Loyauté.
Au départir me dist : « Amis, 2380 « Bien te souviengne où tu as mis
« Par moy ton cuer et assené ,
« Et si t'acquitteras à moy. »
— « Chiers sires, à ce que je voy, »
2385 Respondi je, « et que j'en sens ,
« G 'y ai mis et met corps, cuer, sens « Et tout mon temps, sans varier. »
Lors me sembla que l'escuier Me demanda comment j'avoie
2390 Exploitié mon temps et ma voie.
Et je respondi liement :
« Par ma foy bien et grandement.
(( Pour bien aprouver le propos {( Que nous laissasmes en despos
2395 « Cy dessus , je vueil soustenir (( A mon povoir et maintenir « Que je seroie mieulz venus « En toutes cours et retenus , a Et le prens sur ma conscience ,
2400 « Par bon eiir que par science.
CY s'ensuit la table des comencemens et refrains du tiers
NOMBRE DE BALADES QUI EN CONTIENT QUARANTE QUATRE (i).
Cy s'ensuit la première balade du tiers nombre.
— « Comment porroit il ainsi estre Que vous me faites entendant ?
On en voit maint qui sont grant maistre , Liquel ont esté moult tendant 5 Et qui estoient attendant La grâce , l'honneur et le pris Dont ilz sont ore possessant Par le grant sens qu'ils ont apris. »
« Et si n'avoient rien à naistre 10 De leur patremoine vaillant ;
Or les voit on de si bel estre
Et si notable maintenant
Qu'on leur voit en leur main tenant
Poissance d'avoir et d'amis 15 Qui se font leur appartenant ,
Par le grant sens qu'ilz ont apris. »
« On voit bien les enfans d'un paistre Ou d'un preudomme païsant Mener aus champs les brebis paistre , 20 Qui depuis aprennent de chant Et de haulte clergie tant Qu'on les voit nommer de Paris
(i) J'omets cette table comme les deux premières.
Monseigneur l'evesque ou plus grant , Par le grant sens qu'ilz ont apris. »
— « Quant un clerc se met à estude Pour lire ens es livres qu'il a , Soit en escole ou en estude , Face tout le mieulz qu'il pourra , 5 Jà tant de sens ne lui donna Sens acquis ne sens de nature Que tout li vaille riens , s'il n'a Bon eûr et bonne aventure. »
« L'omme qui ara de Esclude 10 L'engien, qui tant bien mesura, Et la science en son eiide De Salemon qui tout passa , Qui tout le monde compassa , Avec tous ces biens j'asseûre 15 Que nécessité lui ara
Bon eiir et bonne aventure. »
« Et vecy la similitude :
Anuit ou demain on verra Un homme d'entendement rude 20 Et qui honneur ne sentira ,
A la court d'un hault prince yra Tout ainsi qu'uns homs s'aventure , Mais tantost il y trouvera Bon eûr et bonne aventure. »
— « De bon eûr à quoy vault il , Que tant vous voy auctorisier ?
Il n'est homme , tant soit soutil ,
Qui & ses roix le puist lassier , 5 Selon ce que j'en àpris hier, Mais , à dire sensiblement , De quoj fait uns homs à prisier S'il n'a sens et entendement î »
« Car tel eûr est le nombril 10 De la mer , où ses gens plungier Fait Fortune pour prendre au bril Celui qu'elle donne à mengier De son doulx miel , que de legier Reprent si douloureusement 15 Qu'à tous jours le tient en dangier, S'il n'a sens et entendement. »
« Toute chose qu'est en péril Par Envie de trebuchier, A une fleurete d'avril 20 Le puet on bien apparier.
Dont ne se doit on point fier En bon eur, car vraiement Il n'est homs qui s'en puist aidier , S'il n'a sens et entendement. »
0 Pour mieulz vostre propos parer, Vous tenez à moult profitable Ce bon eiir, que comparer Doit on à chose redoubtable 5 Pour le cas que Fortune père Tel qu'à la fois elle despere.
Si qu'elle li en fait la moo Et le tient en grant vitupère Ou bas estage de sa roe. »
10 « Fortune no porroit donner Chose qu'elle fesist estabje ; S'elle me veult habandonner Ses biens et me soit amiable Pour un temps, en brief ainsi n'iere ; 15 Par Envie sure et amere Me voulra getter en la boe Pour moy tenir en grant misera Ou bas estage de sa roe. »
« Fortune scet bien apprester 20 Ce bon eûr pour agréable , Et si ne le fait que prester ; Dont me seroit plus convenable Sens qui m'aide et qui me père , Car je diroie à mon compère 25 Et di, se Fortune me loe , Qu'elle a pointure de vipère Ou bas estage de sa roe. »
— « Vous me faites un grant aconte De celle science , mais quoy !
Il n'est roy , prince , duc ne conte Qui, en appert ou en recoy, 5 N'amast mieulz bon eiir que sens.
Uns homs est preux , courtois et gens Tenus quant il est eiireux , Et bien amés de toutes gens, Excepté d'aucuns envieux. »
10 « Regardez de qui on fait conte , S'il n'a d'eûr aucun arroj ;
Il n'est homs qui ait bien son conte A court de prince no de roy , S'il n*a de bon eur 1 assens ; 15 Par bon elir a son compte ens Tous les nobles biens temporeux , Et s'est de chascun bien contons , Excepté d'aucuns envieux. »
« Je ne di pas que , s'uns homs monte 20 Par bon eùr en grant conroj ,
Il ne doive plus cremir honte ,
Oultrage- , beubant et desroj ,
Que .c. autres facent despens
A ses gens doubtans les serpens , 25 Et au fort il n'a garde d'eulz ,
De leurs langues ne de leurs dens ,
Excepté d'aucuns envieux. »
— « Se vous dites qu'on ne doit point Le fait d'un envieux cremir , Je di qu'il y fait bon à point Par bonne manière escremir , 5 Car s'un envieux a povoir , Sens , engin et félon vouloir , De lui se fait bon prendre garde , Comme fait cil au dire voir Qui de son corps fait bonne garde. »
10 « Car un envieux mort et point De sa langue et en fait issir Venin qu'il n'est si fort pourpoint
Qui en peust le cop retenir.
Siques vous povez bien savoir 15 Que science puet mieulz valoir Que bon eur , se g y regarde ; Aussi fait celui main et soir Qui de son corps fait bonne garde. »
« Or regardez de point en point ^ 20 Se bon eiir se puet tenir
Contre Envie et dire là point Pour soj en vertus soustenir Et faire partout son devoir Et acquerre par sens avoir , 25 Car le fait de Tarrieregarde Ne met pas cil en nonchaloir Qui de son corps fait bonne garde. »
' « Ne fu Boece par Envie
Au grant péril d'estre desers , Quant ou meilleur point de sa vie Ot par Fortune un tel revers 5 Qu'il demeura ens es desers , Où il disoit : Las ! qu'il m'ennoie , Je vi le temps que je faisoie En paix , en recreacion Chançonnettes où je prenoie 10 Parfaite consolacion ! >
« Il ama taïit philosophie , Ou temps qui li fu plus parvers , Qu'il disoit : « Hé ! je te deffie , Faulse Fortune, et tes divers
15 Estas. » Et de ce fist les vers Où il dist : « L'onneur et la joie Que Fortune à pluseurs "envoie N'est pas chose , à m ontcncion , Où nul sages homs prendre doio
20 Parfaite consolacion. •
• Encor dièt il et ratifie
Que trop est à Fortune sers
Cil qui en elle se confie
Tant que son sens en est couvers , 25 Qui deiist estro descouvers ,
Et sont ses biens , où qu'on les voie ,
Transitoires, pour mettre en voie
Homme de desolacion ,
Car telle richesse desvoie 30 Parfaite consolacion. »
« Ainsi Fortune son effort Monstra contre Boece , mes Il prist en li tel reconfort Qu elle ne tous ses entremés 5 De bon eiir n'ama jamès.
Quant elle ot fait sur lui son, cours Science li vint à secours , Qui li redreça sa baniere Et li rendi plus que le cours 10 Espérance , advis et manière. »
« Encore avons nous le recort Du philosophe Socratès, Qui mist en balance d'acort Bon eiir qui lui estoit près
15 Et mescheance mist après *
Tout sans joies et sans doulours , N'oncques n'en mua ses coulours Pour prospérité tant soit chiere , Ne pour perte , qu'il n'eust tousjours
20 Espérance , ad vis et manière. »
« Dont vault il mieux prendre resort A Science pour tous ses fais , Qu'à Fortune , car en son sort Y a trop de périlleux trais
25 Par Envie et par ses attrais ; Tesmoing de tous les senatours , Que sens est plus nobles atours Que bon eiir , car sa lumière Est pour trouver en toutes cours
30 Espérance , ad vis et manière. »
— « Vous m'avez parlé de Boëce Comment il fu en aventure Par Envie , la felonnesse , Et de Socratès, qui mesure 5 Tant en ses fais sans mespresure, Mais il n'est homme , tant en sa ge , Qu'on tiengne maintenant si sage Ne si discret qu'on face conte Ne de li ne de son message , 10 Se Fortune ne fait son conte. »
« Vecy comment elle est princesse De tous fais où on s'aventure , Et s'est de Bon Eûr maistresse Pour faire à sa voulenté pure.
15 Dont s'il est une créature
Qui par Envie ait grief dommage , Bon Eùr ne tient pas ostage Pour celui, car on nous raconte Qu'uns homs pert parens et lignage ,
20 Se Fortune ne fait son conte. »
<{ Car Fortune se dit • déesse De tous ceulz qu'elle prent en cure , Par Bon Eur leur fait promesse De ses biens et il les procure ,
25 Et quant Envie , qui n'a cure
Du bien des bons , par son oultrage , Assaulra de son fel langage Un homme , et fust il filz de conte , D'onneur lui clora le passage ,
30 Se Fortune ne fait son conte. »
« Mais Envie n*a pas empris Guerre à un fol n'a une foie , Car com plus est de haultain pris Un homme , et plus tost li affole 5 Son bon renom par sa parole ; Sitost qu'elle en a le povoir , Elle met gens en desespoir , Elle leur fait douleur et paine , Elle toult aus gens , main et soir , 10 Honneur et plaisance mondaine. »
« Ce n'est d'uy ne d'ier , très jadis Fu et est de si faulse cole Que j'en nommeroye jà dix Qu'elle a destruis , car elle vole ; 15 Par mainte mortelle frivole
Fait les plus honnorez doloir.
Or la mettons en nonchaloir Et lui prions la mort soudaine , Car par elle on ne puet avoir 20 Honneur et plaisance mondaine. »
« Et quant Fortune ses amis Conjoïst , embrace et acole Et que Bon Eiir les a mis Ou hault estage en son escole ,
25 Où elle doctrine st escole
Ceulz qu'elle veult faire valoir, Elle leur dit de grant vouloir :
• Maugrô Envie, en mon demaine, « Ont mes gens, par force d'avoir,
30 (( Honneur et plaisance mondaine. »
— « Hélas, hélas, que celle honneur Leur est à la fois chier vendue.
Et celle plaisance en douleur Leur est amèrement rendue, 5 Quant celle fortune ont perdue Et cel eur, qui tant amer Les souloit, voient si amer Et leurs parens en tel atour Qu'ilz ne scevent en qui trouver 10 Reconfort, conseil et retour ! »
• On ne voit nul si grant seigneur Ne qui tant ait de revenue.
Qui sache s'il est de bon cuer Amez, s'aucune mesvenue 15 N'a par Fortune, qui desnue
AMOUREUX. !22i
De tous bions tel, sans déporter, Qu'elle a fait couronne porter, Car cculz l'aiment do bonne amour, Qui lors li viennent présenter 20 Reconfort, conseil et retour. »
• Quant Bon Eiir met en haulteur
Un homme de quelque value,
Qui fait tout le meilleur labeur
Qu'il puist faire à sa bienvenue, 25 C'est que de 11 soit soustenue
Raison, pour son temps dispenser
En bien, et aussi de penser
Qu'il puist acquerre par bon tour
Amis qui lui veuillent donner 30 Reconfort, conseil et retour. »
« Vous me parlez cy de Fortune Et de Bon Eur, où demi Jour de seiireté aucune Ne trouverez, foi que doi nii, 5 Et vecj comment, mon ami.
Fortune et Bon Eiir d assens Ne font qu'un ; aussi ne font Sens Et Science qu'un , qui fin or Vault et mieulz , à ce que je sens , 10 Pour faire un bien riche trésor. »
c Dont est ce bien chose commune Que Bon Eiir ne puet de li Assembler richesse nesune Pour faire un trésor bien empli , 15 Qui par Sens ne soit acompli ;
Et quant Sens est si diligens , Si preux , si courtois et si gens , Mieulz vault qae Bon Eiir, encor Seroit il dit des sages gens , 20 Pour faire un bien riche trésor. »
({ Et qu'il soit vray comme la lune Est ou ciel où Dieux l'establi , Bon Eûr de sa chape brune A mainte personne osnubli
25 Pour mettre Raison en oubli.
Par lui sont fais pluseurs contens , Car il ne fu oncques contens ; Plus a, et plus veult avoir. Or Ne puet il avoir son conte ens
30 Pour faire un bien riche trésor. »
« Comment pourroit on mettre en brief Que Bon Eûr eûst richesse ?
Il n'est en lettre ne en brief Qu'on le trouvast plain de liesse .
5 Car Avarice , par lui est ce , Li bruïst le cuer et atise , Siques, tant qu'il en ait l'antise , Il ne sera en sa puissance Qu'il soit riche par nulle guise , 10 S'il n'a trésor de souffisance. »
« N'est ce pas pour lui grant meschief Encore , s'il tent à noblesse , Quant il ne puet venir à chief De son désir? Car tant le blesse 15 Couvoitise qu'elle lui sèche
La substance d anneur, c'om prise Quant elle est sagement emprise , Car il n'ara ja congnoissance ^ De richesse ne de franchise, 20 S'il n'a trésor de souffisance. »
« Bon EUr n'a pas si bon chief
Que sans Sens il viengne à proesse ;
Dont seroit ce douleur et grief
A Nature quant elle adresse 25 Un homme en Sens, se la haultesse
De Bon Eiir à sa devise
Seurmontoit Sens . Mais quant g' y vise,
Jà n'i ara riche homme en France,
Ne ailleurs, tant ait il grant mise, 30 S'il n'a trésor de souffisance. »
({ Quant Nature au commandement De son Dieu a un homme fait A son povoir, et tellement Qu'elle l'a de beauté parfait 5 Et de vertus tout à son hait.
Excepté de Sens qui tout passe, Ja ne sera qu'en pou d'espasse Elle n'en ait une reproche, Mais elle s'escuse par grasse, 10 Quant de vérité on l'approche. »
« Car on lui dit couvertement, Ou en derrière ou en basset.
Et à la fois ouvertement On lui gette ainsi un osset :
15 a Vez la belle vigne à souhet a Sans roisin. » Et un autre paise Qui dit : o C'est umbre en espasse « Sans rieule. » De telz mes on broche Nature, qui s'en claime lasse.
20 Quant de vérité on l'approche,
Elle respont piteusement :
« Hélas ! se j'ay failli d'un tant, « Pardonné me soit humblement.
« Et advisez bien et à trait
25 « Comment en gloire sont attrait a Li parfait en bien et en grasse ; « Je ne vise à maigre n'a grasse, « Quant je met en paste ou en broche. » jVélà comment elle s'en passe,
30 Quant de vérité on l'approche. »
Cy commence la tierce dousaine de rondiaus qui sont entés.
— « Qui Nature diffame Par dissolu langage, De bon renom s'affame ; Qui Nature diffame , 6 N'est il pas bien infâme,
Félon et plain d'oultrage , Qui Nature diffame Par dissolu langage ? »
« Qui Nature diffame , 10 II n'est pas bien séné ;
Souviengne lui que famé Lui avoit ordené
AMOUREUX. fSH
A Teure qu'il fu né, Il fera moult que sage, 15 Et que maint sont blasmé Par dissolu lanfracre. n
a De bon renom s*affame Et est fol aprouvé Qui de Nature same 20 Langage reprouvé ; N'a pas bien esprouvé L'onneur d'umain lignage , Qu'il n'a pas recouvré Par dissolu langage. »
25 « N'est il pas bien infâme
Qui gabe tout de gré
De Nature ? Par m'ame ,
Point n'est homme discré ,
Ains est desmesuré , 30 Félon et plain d'oultrage ,
Qui blasme son secré
Par dissolu langage. »
t Nature ne fait rien De dissolucion , Se ce n'est par moien , Nature ne fait rien ; 5 Quant le naturien Y met solucion, Nature ne fait rien De dissolucion. »
:^^(i TRKSOft
« Nature ne fait rien 10 Que par comandement
Du roy celestien,
Qui la fist proprement
Et donna sentement
De bonne intencion , 15 Non pas entendement
De dissolucion. »
« Se ce n est par moyen D'aucun qui folement Preingne divers maintien 20 En son esbatement ,
Ou Nature ne sent En sa condicion Aucun atouchement De dissolucion. »
25 « Quant le naturien
Bien congnoissant entent Parler contre le bien De Nature , il ne tent Qu'à honneur et briefment
30 y met solucion ,
Et l'escuse humblement De dissolucion. »
« Pour ceulz humblement excuser Qui sont entechiez d'aucun vice , A. qui en puet on demander Pour ceulz humblement excuser?
5 Par Amours , veuillons y viser
AIIOCRKUX. 2Î7
Sans y appliquier nul malice , Pour ceulz humbleinent excuser Qui sont entechiez d'aucun vice. »
« Pour ceulz humblement excuser 10 Sur qui à la fois on murmure ,
S'il est qui les veuille accuser
D'un vice ou plus à desmesure ,
Se Raison , qui tout amesure ,
Est en tous temps pour ceulz propice 15 Excuser par quelque aventure ,
Qui sont entechiez d'aucun vice ,
« A qui en puet on demander?
Est ce par les faiz de Nature Qui tel chose puet commander , 20 Ou par estrange nourreture Qui met en cuer de créature Envie , orgueil ou avarice , Ou c'est par quelque mespresure Qu'ilz sont entechiez d'aucun vice ? m
25 « Par Amours , veuillons y viser ,
Sans en baillier charge d'injure
Ceulz qui n'y ont que comparer.
Vin et courroux sont ouvreture
De tous vices, et raison pure, 30 Sans y appliquier nul malice,
Est à ceulz bonne nourreture
Qui sont entechiez d'aucun vice. »
« Salomon demonstra de quoy Nature passe nourreture
Ou en appert ou en recoy, Salomon demonstra de quoy 5 Le petit chat perdi chastoy Pour retourner à sa nature ; Salomon demonstra de quoy Nature passe nourreture. »
« Salomon demonstra de quoy 10 On peut congnoistre justement Créature qui est ou ploy De raison et d'entendement ; Par manière d'esbatement, Faites li ou dites injure, 15 Et vous verres tantost comment Nature passe nourreture. »
« Ou en appert ou en requoy Il monstrera aucunement Ce qui est ou sera en soy ; 20 S'il est ouvert, ouvertement.
S'il est couvert, couvertement ; Et se de Raison couverture Tient, il monstrera que briefment Nature passe nourreture. »
25 « Le petit chat perdi chastoy Et doctrine, quant clerement Vit la souris ; ains pour le roy Ne se restraint, ne pour sa gent, Et laisse tout enseignement
30 Pour retourner à sa nature ; Là s'apparu que bien souvent Nature passe nourreture. »
— « Ce n'est pas bien juste comparoison Pour faire honneur à créature humaine ; Qui mettre y veult bonne solucion , Ce n'est pas bien juste comparoison.
5 Puis que besto , par introducion, Obéira à celui qui le maine , Ce nest pas bien juste comparoison Pour faire honneur à créature humaiAe. »
« Ce n'est pas bien juste comparoison ;
10 Vecy comment. Beste , tant soit jolie , N'a en lui sens , manière ne raison , Et d'autre part Raison, la franche et lie, A Contrainte nullement ne s'alie , Et quant on veult une beste introduire
15 Pour les seigneurs et autres gens déduire , Contrainte tient la beste en son demaine , Qui pas n'entent qu'on la veuille à ce duire , Pour faire honneur à créature humaine. »
« Qui mettre y veult bonne solucion , 20 Franche Raison en tous temps s'umilie En cuer d'omme de noble estracion , Et Contrainte se tient où on la lie ; S'elle est en beste et on la contralie Ou conjoïst de ce qui lui puet nuire , 25 Ne se pourra tenir de braire ou muire , Et de son bien s'esjoïst et demaine , Tant que ce n'est chose qu'on puist conduire Pour faire honneur à créature humaine. »
f Puis que beste par introducion 30 Obeïst à son maistre , quoi qu'on die ,
250 TUÉSOR
Ce ne se fait que par subgecion ; De Franchise n'y a riens d'estudio Ne de Raison , laquelle a seigneurie De faire tant de nobles vertus luire 35 En cuer d'omme que , s'il puet , ains qu'il muire , Obéira à celui qui le maine , C'est à Raison , qui bien scet tout construire Pour faire honneur à créature humaine. »
M Créature ne doit estre contrainte , Se de Raison n'a certain sentement , Pour congnoistre raisonnable restrainte ; Créature ne doit estre contrainte.
5 S'en la contraint , pour tant n'est pas estainte La voulenté de celui vraiement ; Créature ne doit estre contrainte , Se de Raison n'a certain sentement. »
« Créature ne doit estre contrainte, 10 Qui n'a raison et sens pour concevoir A quel fin c'est et pour quoy est attainte De contrainte , qui content main et soir A .ij. poins , dont l'un veult tous biens vouloir , Et l'autre non. Or n'est il créature 15 Humaine qui sache mettre mesure A ces .ij. poins par bon entendement , Pour se garder de mauvaise aventure , Se de Raison n'a certain sentement ,
« Pour congnoistre raisonnable restrainte 20 De mal esmeu ou qu'on veult esmouvoir ;
C'est l'un des poins , qui se cuevre par plainte , Dissimulans celle heure pour veoir
Le temps à gré ; l'autre point est , pour voir , Qu'aucune fois est contrainte Nature 25 Pour son grant bien , qui sagement l'endure. Or ne puet homs avoir parfaitement De ces .ij. poins congnoissance seûre, Se de Raison n'a certain sentement. »
« S'en la contraint , pour tant n'est pas estainte 30 L'intencion de celi pour savoir
Qu'il a ou cuer ; par manière de fainte
Se puet couvrir , s'il a tant de savoir
Dont il se cueuvre , afin de mieulz valoir
En tous estas , sans nulle mespresure.
35 Dont vient l'advis , qui si bien amesure
La voulenté de celi ; vraiement
Avoir ne puet sensible couverture ,
Se de Raison n'a certain sentement. »
« Je vous congnois , Raison , nourice et mère De tous les biens qu'on pourroit espérer , Se parfait Sens en est le propre père , Je vous congnois , Raison, nourice et raere ; 5 Bien se deffent contre douleur amere En tous estas , au vray considérer ; Je vous congnois , Raison , nourice et mère De tous les biens qu'on pourroit espérer. »
« Je vous congnois , Raison , nourice et mère 10 Qui gouverne toutes bonnes vertus Dont Nature notablement se père Au gré de son créateur. Au seurplus, De ce que nous parlasmes cy dessus , Il est bien drois quosNature présente
15 A tous bons cuers de la vie présente Tout son pouvoir , et Raison , pour paier Nature humaine , est le chemin et sente De tous les biens qu'on pourroit espérer. »
« Se parfait Sens en est le propre père , 20 De vous et moj doit estro chier tenus , A celle fin que par lui nous appere Se par Nature est uns homs soustenus Ou par Raison , en tant qu'il soit venus De petit lieu et il ait noble entente , 25 Haultain espoir et honnourable attente , Tant qu'on le voit si grandement régner Qu'il puet sentir sa pensée contente De tous les biens qu'on pourroit espérer. »
« Bien se deffent contre douleur amere 30 L^homme qui est de tous biens pourveùs , Et bien se scet garder de vitupère.
Or est ainsi qu'un autre homme est issus De noble sanc , et si lui met on sus Qu'il n'est honneur ne franchise qu'il sente 35 Et qu'il n'est vice où son cuer ne s'assente. En tous estas , au vray considérer , Un tel homme se banist et exente De tous les biens qu'on pourroit espérer. »
« On treuve bien une paire de gens D'un vray propos et d'une entencion , Garnis de foy , de raison et de sens ; On treuve bien une paire de gens 5 En toute honneur amiables et gens Et en tous temps d'umble condicion ;
On treuve bien une paire de gens D'un vray propos et d une entoncion. •
« On treuve bien une paire de gens 10 D'un sentement et d'une voulenté En un certain pais , si diligens D'entretenir raison et loyauté , Qu'ilz ont d'enfans une grant quantité , Liquel sont bel , sachant et honnorable 15 Et en leurs fais courtois et amiable Ainsi que gens de bonne estracion , Mais ilz ne sont pas tout ferme et estable , D'un vray propos et d'une entencion. »
(f Garnis de foy , de raison et de sens 20 Les treuve on bien et plains de vérité ,
Excepté un qui , à ce que j'en sens,
N'ara en li que toute iniquité
Et de vices assez et à plenté.
Or est ainsi que le contra regnable 25 Voit on souvent , c'est bien chose notable ,
Qu'enfans sont d'une generacion
Et s'en est l'un en tous cas véritable ,
D'un vray propos et d'une entencion. »
a En toute honneur amiables et gens 30 Sera uns homs tel que j ay devisé , Et ses frères rudes et negligens.
Ainsi est il , quant g y ai bien visé , Du droit contra. Or soit il advisé Pour quoy enfans d'un lit et d'une table 35 L'un sera plus que l'autre delitablo Et en tous temps d'umble condicion Et en ses fais , qui seront raisonnable , D*un vray propos et d'une entencion. »
— « Que vault homme bien disposé , S'il ne met ses vertus à oeuvre ?
Quant il est d'un vice accusé , Que vault homme bien disposé ?
5 II est en bons lieus refusé , Par ce vice qui tant l'abeuvre.
Que vault homme bien disposé S'il ne met ses vertus à œuvre ? »
« Que vault homme bien disposé , 10 Pour venir à Tintencion
Que dessus avez proposé
Où je mettray adicion ,
Afin que j'aye audicion.
Nature face ses eifors 15 Qu'un homme soit beaux , grans et fors,
Et vertueux veritez oeuvre,
Qu'autant vaulroit il qu'il fust mors ,
S'il ne met ses vertus en oeuvre. »
« Quant il est d'un vice accusé 20 De diverse condicion ,
Que lui puet valoir sa beauté ,
Son sens ne sa discrecion ?
Tant soit de haulte estracion ,
De pluseurs sera li acors 25 Qu'il n'est pas de cuer et de corps
Tel que sa semblance descueuvre,
Et en aura vilains recors ,
S'il ne met ses vertus à oeuvre. »
« Il est en bons lieus refusé , 30 Nés de sa generacion ,
Pour les fais dont il a usé
Par faute d'introducion , Par faulso administraoion D'aucun vice ; soit drois ou tors , 35 II ystra de raison , et lors , Par ce vice qui tant l'abeuvre , De toute honneur se mettra hors , S'il ne met ses vertus à oeuvre. »
— « A ({uoy se tient uns sages homs Pour avoir paix et bonne grâce , Je vous en pri , or y visons , A quoi se tient uns sages homs ?
5 Lés bien congnoissans nos raisons Saront bien , et en pou d'espasse , A quoy se tient uns sages homs Pour avoir paix et bonne grâce. »
« A quoy se tient uns sages homs , 10 En pluseurs vertus adreciez?
Fiers doit estre comme lions
Contre un vice dont entechiez
Scroit son cuer et approchiez , ' Car à fin qu'il n'y soit veûs , 15 Là doit il mettre ses vertus
A oeuvre par sens , qui tout passe
Et qui est partout bien venus ,
Pour avoir paix et bonne grâce. »
« Je vous en pri , or y visons 20 A Bon Eur que tant haulciez De toutes vos condicions , Se par li seroit estanchiez Uns vices ou deux atachiez.
Je croy que non , ains li mes sus 25 Que par lui en sont maintenus Es hommes où il les entasse , Mais ilz n'y sont pas soustenus Pour avoir paix et bonne grâce. »
« Les bien congnoissans nos raisons 30 Scevent qui doit estre cssauciez, Bon Sens ou Bon Eiir. Oons ' Du monde qui est avanciez
Par les deux cas , et bien sachiez Leurs oppinions et argus , 35 Et je croy que les plus agus Saront bien et en pou d'espasse Où je me tiens et sui tenus Pour avoir paix et bonne grâce. »
— « A Bon Eur me tien , C'est li plus desirez En fais et en maintien ; A Bon Eur me tien , 5 A bon droit le soustien
Pour plus estre honnourez ; A Bon Eiir me tien , C'est li plus desirez. »
« A Bon Eur me tien
10 Pour vivre liement ,
Sa doctrine retien Selon mon sentement.
Visez y proprement , Et en brief temps sarés
15 Où , pourquoy et comment
C'est li plus desirez. »
« En fais et en maintien Dient assez de gont :
« Sire , à vous appartien , 20 « Et comme diligent
« Despendray mon argent « Pour vous , quant le direz.
« Par telz poins , vraiement , t C'est li plus desirez. »
25 t A bon droit le soustien ,
Et aime loyaument
Bon Eur , se je vien
Par li où mon cuer tent
Et de tout s'i attent, 30 Pour plus estre honnourez ;
A me faire content
C'est li plus desirez. »
— « Vous avez bon argu , A ce qu'il vous en semble , Avec engien agu Vous avez bon argu.
5 Et Sens est mon escu Pour nous tenir ensemble ; Vous avez bon argu A ce qu'il vous en semble. •
« Vous avez bon argu , 10 Ce dites vous , beau sire ; Soustenez le en vertu , Puisque vos cuers y tire ; Ne le voeil contredire , Se mon cas ne resemble
15 Ne qu il y ait à dire ,
A ce qu'il vous en semble. »
« Avec eiigien agu , De ces deux le moins pire Vault moult et a valu 20 En France et en TEmpire
Où on hait qui empire.
Pour ce mon fait assemble , Et ne fust que pour rire , A ce qu'il vous en semble. »
25 « Et Sens est mon escu,
Mon garant et mon mire ; Sans me rendre vaincu , Je vous requier eslire Tous nos argus au lire ;
30 Pour nous tenir ensemble ,
Je m'accorde sans yre A ce qu'il vous en semble
(( Et semblera , quant vous ares Bien disserné le droit du tort.
Ou mettons nous , se c'est vos grez , )) I)ist l'escuier , « ens ou recort 5 De Congnoissance ; bien d'acort
Nous mettra , tant est bonne et sage , Car de tous argus , tant en sa ge , Moult justement le vray affonse , Et s'en fait bien par beau langage 10 Bonne et raisonnable response. »
— (( Vous vous estes bien advisez , » Dis je à l'escuier , « car au fort
AMOUREUX. âS9
Après Amours , qui est discrés
Et qui me fait croire en son sort , 15 Congnoissance est tout mon resort
Par son bon et humble courage ,
Qui pas ne signifie orage •
Et qui nulle clarté n'esconse ,
Car je croy que par elle ara ge 20 Bonne et raisonnable response. » —
L'escuier dist : « Or m'entendez, ;
Prenons vous et moj le report
De celle à qui vous attendez :
C'est Congnoissance au noble port ; 25 Nos arguemens au droit port
De vérité aront passage ;
Par elle , sans autre message
Quérir , mais qu'elle soit semonse ,
Nous arons selon son usage 30 Bonne et raisonnable response. »
Sur ce dis je à l'escuier :
« Vo response est en honnour able , Qui du tout vous voulez fier ^
En Congnoissance Tônnourable.
5 Aussi fais je pour raisonnable Jugement que nous attendons De toutes nos oppinions , Car pour sa haulte audicion Nous faisons bien que nous mettons 10 En sa noble discrecion. »
— (t Vous dites voir , mon ami chier , » Dist l'escuier , « tant est notable
Que cure n'a de varier
Ne d'estre néant plus favorable
15 A l'un qu'à l'autre ; véritable En tous ses fais nous la trouvons , Et si certaine la veons En toute sa condicion, Que bien susmettre nous devons
20 En sa noble discrecion. »
« Mon compaingnon , pour abregier Nostre intencion amiable , Pas ne nous tenons à bregier, »
Ce me dist l'escuier fiable ,
25 « Car Congnoissance est si regnable Que bien aler nous en povons Chascun de nous d'où nous avons Certaine administracion , Puis que du tout nous rapportons
30 En sa noble discrecion. »
— « Certes , sire , vous dites voir , » Ce dis je , et adont se parti L'escuier pour faire devoir Et me laissa en tel parti 5 Que de tous mes biens le party Par souhait , et parfaitement L'aime et ameray lojaument , Et croy bien que des ore mais Lui et moy sentirons comment 10 Congnoissance met tout à pais. »
(i Congnoissance fait concevoir Qu'est amours de loyal amy ;
Congnoisaance fait parcavoir
Fiere haine d'onneœy ; 15 Congnoissance à homme endormi
Fait esveillier sou sentement ;
Congnoissance fait clerement
Congnoistre tous oscurcis fais ,
Tant que par bon entendement 20 Congnoissance met tout à pais. »
« Congnoissance m'a fait avoir
De mon escuier agency
L'acointiince ; pour nul avoir
Je ne le mettray en oubly ; 25 Trop seroit mon cuer onubly
De rudesce , car vraiement
Il a argué sagement ,
Mais de pesans et legiers fais ,
Qui en attent le jugement , 30 Congnoissance met tout à pais. »
Ainsi que je me devisoie Tout seulet et à grant loisir , Et qu'au bon escuier visoie Par un gracieux souvenir , 5 Atant esvous à moy venir Congnoissance la renommée.
Lors lui dis : « Dame bien amée De gens donneur en toutes cours , Je vous ay longtemps désirée 10 Pour avoir aide et secours. »
Congnoissance par bonne voie Respondi pour moy esjoïr :
a Pas oublié je ne t'avoie ,
« Mais se tu veulz de moi joïr ,
15 « Tu es tenu de conjoïr
« Ma doctrine qui est discrée , « Que les rudes tiennent secrée , « Et ce m'a fait venir le cours « A toy que tu m'as reclamée
20 « Pour avoir aide et secours
« En ton fait , et se Dieux m'avoie », Dist Congnoissance, « je désir « Que maintenant ton livre voye « Pour voir se g'y pourrai sentir
25 « Riens que je ne vueille assentir. » « Je respondi : « Dame senée, « Vérité est bien assenée « Partout où vous estes en cours ; « Bien à point vous ay regretée
30 ({ Pour avoir aïde et secours. »
Lors me sembla que Congnoissance Prist mon livre par amité ; Pour en avoir la congnoissance Le lizy à sa voulenté.
5 Des demandes trouva plenté Et ce qui y est respondu , Et comment chascun a tendu Et tent à estre véritable Et que d'elle avons attendu 10 Jugement bon et raisonnable ,
Et attendons, par l'ordenance De parfaite société , Et qu'en elle ferme fiance
Avons que tout examiné 15 Sera , ains que déterminé
Comment tout doit estre entendu ; Et se riens y est soustenu Qui ne soit bon et convenable , Que de par elle soit rendu 20 Jugement bon et raisonnable.
Et quant la dame par plaisance Ot tout mon livre regardé Jusqu'à cy par droite habundance De doulceur et d'umilité ,
25 Me dist : « Tu es bien délité En parler d'Amours , ce veû Qu'il ne t'a gueres pourveii De chose qui te soit durable , Ne dont on puist faire absolu
30 Jugement bon et raisonnable. »
« Mais une clioso te diray » , Dist Congnoissance , a et asseiire, Que par Raison le te feray :
C'est ma seur , qui tout amesure ; 5 S'il est aucun qui de mesure Et de droit use , je le doy Soustenir. Or estes vous (loi De diverses oppinions , Mais je croy que ma seur et moy 10 Notable remède y mettrons. »
a De Raison, ma seur, porteray En tous temps , car je l'ai en cure , Une commission que j'ay
De par elle , dont je procure 15 Tous biens à une créature Qui la croit , et vécy de quoy ; Soit en appert ou en requoy , ' En toutes contradicions,
Qui sur nous s'en mettra par foy 20 Notable remède y mettrons. »
« Or est ainsi que je trouvay Cy dessus en ton escripture Un traittié , ouquel j'advisay , De nature et de nourreture
25 Et des vices qui couvreture
Ont par grant sens , où je conçoy Que tu veulz congnoistre de toy Pluseurs autres condicions , Dont , se ta sens nostre chastoy ,
30 Notable remède y mettrons. »
« Beaulz fils , or entens à moy cà Ce dist Congnoissance ; « annoncier Te vueil chose qui te vaulra ; Ce que tu m'orras prononcier 5 Est pour tous bons cuers exaucier Et ester de divers argus.
Souviengne toy comment Argus , Le grant vachier , perdi sa vache Par le fait de iS^ercurius , 10 Sitost qu'elle me vit en face.
« Au temps que Jupiter ama Yo la belle et ot tant chier , Juno sa femme la mua
AMOURRirX.
En vache et d*Argus fist vaohier, 15 Cent yeulz avoit , pour la guetier Toute habundance à Venus Et à ses gens gros et menus , Qui tout la tenoiont en chace , Mais son droit fu bien soustenus , 20 Sitost quelle me vit en face.
Car Jupiter la regarda En si grant pitio , que changier Li voult la fourme que garda Argus et tint en grant dangier ;
25 Quant Mercure lui fist clignier Au son de ses flajols agus Ses yeulz deux et deux , et ensus L'atira , ainsi Dieu me face »
Et fu femme , comme dessus ,
30 Sitost qu'elle me vit en face. »
« Ainsi rent fourme féminine Yo que je l'ai devisé , Et se tu n'entens la doctrine De ce fait cy , par le corps Dé , 5 II te sera mieulz recordé
Une autre fois , mais à l'esploit Dont aucun rcprochier voulroit Nature et ses fais , excuser Honnourablement s'en pourroit , 10 Se de ma seur vouloit user ,
t Raison. Quant créature encline Est à vice desmesuré , Tu dis que c'est de la racine
De Nature et de son secr(5,
15 Ou de nourreture. Discré Seroit Tomme qui le saroit De certain , et s'ainsi estoit Qu'on en voulsist l'une accuser D'aucun vice , jà n'avenroit
20 Se de ma seur vouloit user
Et de moy , car sans discipline J'ay maint vice descoustumé , Mais Raison, ma seur , desracine Ceulz qui sont fort enraciné
25 Et naturelment meurginé.
Si tost qu'elle se met de droit En créature , qui n'aroit Cause de ses maulz doulouser Ne de pleurer , comment qu'il soit ,
30 Se de ma seur vouloit user. »
« Qui tient Raison comme recluse Dedens son cuer , il fait bonne oeuvre ; Elle est à tous vices escluse.
Quant une créature en oeuvre 5 Veult mettre un vice , qui son cours A par haine ou par amours , Ou par aucuns autres méfiais , Raison , ma seur , lui fait secours A toute heure et en tous ses fais. »
10 (( Quant aucun vilain vice accuse La fragilité et descueuvre De nature humaine , qui muse A tout son plaisir ? Qui la cuevre ,
So non Raison, qui à tous tours 15 La voulroit garder de seurcours Et de dissolus entremds , Pour la garantir de douleurs A toute heure et en tous ses fais ? »
« Dont est il bien fol qui refuse 20 La liqueur de quoy elle abeuvre
Créature , car qui en use ,
Tous vices estanche et recueuvre
Temps perdu , qui engendre plours,
Et convertist vices en flours 25 De vertus. Siques désormais
Croy ma seur et l'aime tousjours
A toute heure^ et en tous ses fais. »
« Mais en tant qu'elle est couverture Pour tous vices secrètement Tenir en une créature Avec vertus discrètement , 5 Tu ne pourroies concevoir , Congnoistre ne apparcevoir Se Nature domine sus Celui pour son cuer esmouvoir Ou à vices ou à vertus. »
10 t Ainsi est il de nourreture :
Tu n'en pourroies autrement
Jugier pour en faire ouvreturo
De vérité seiirement ;
Mais se tu veulz sans décevoir 15 De ces deux congnoissance avoir ,
Il te couvient congnoistre où plus
Tu es enclin , au dire voir , Ou à vices ou à vertus. »
« Et si te couvient par mesure 20 Congnoistre, bien et justement, Quel tu es , ains que j'aie cure Que tu congnoisses proprement Ma seur ne moy. Veulz tu savoir Qui nous sommes ? Fay ton devoir 25 De nous congnoistre et au seurplus Où nous avons plus le vouloir , Ou à vices ou à vertus. »
« Pour mieulz savoir et mieulz sentir Quel tu es , ymagine en toi Où ton cuer se veult assentir, Ainsi qu'un homme sans chastoy :
5 Se tu hantes en toute honneur Religieux vivans du leur Par le sacrement de l'autel ; Se tu j penses , sans erreur , Tu trouveras que tu es tel. «
10 « Se tu prens amoureux plaisir A hanter gens de noble arroy , Tu es tel , et se par désir Tu hantes gens plains de desroy , Tu es tel , et se par doulceur
15 Tu veulz hanter pour le meilleur Les sages jusqu'au lit mortel , Mais que ce ne soit par cremeur , Tu trouveras que tu es tel. »
AMOURKUX.
• Et s'il to plaist à soustenir 20 Gens de foie vie , en rocoy
Ou en appert entretenir
Leur hantise , jugier te doi
Pour homme de nulle valeur.
Pour dire en bpief et sans faveur , 25 II ne te fault penser à el
Qu'à ceulz où as plus mis le ouer ,
Tu trouveras que tu es tel. »
« On voit bien un homme à la fois Telement merancolier Qu'il se tenra .ij. ans ou trois En plaisir , qui le fait lier 5 En ce qui le fait folier , Et passe le temps ainsi , mais S'il s'en vouloit bien deslier , Il vaulroit mieulz tart que jamais. »
« Biaulz filz , or entens bien ma vois , 10 II to couvient humilier
A l'ordenance que tu vois
Du temps , et ma seur supplier
Qu'elle te face entr'oublier
Ce qui te nuira désormais ; 15 Se tu y veulz remédier,
Il vaulroit mieulz tart que jamais. »
« Le temps est , se tu t'y congnois , Que chascun tent à guerrier Ma seur. N'est ce pas grans ennoys 20 Qu'on voit des prelas varier Et le char d'or fin forvoier En pluseurs estas , loing et près ?
Mais qui le pourroit raitoier ,
Il vaulroit mieulz tart que jamais. »
« Qui ne rescourroit de sa vache Que la queue , s'en feroit'on A quoy que soit , une liache Ou un tiroir d'uys. Quant Pheton 5 Fu du char du Soleil charton.
Il eust tout ars et bruï, ains Qu'il eust esté longue saison , Se Phebus n'y eust mis les mains. »
« Mais je vueil bien que chascun sache
10 Que Climene dist à Phebon
Que « il est temps que no fieux face « Ainsi que li noble et li bon ; « Il ait vostre char à bandon. »
Il l'ot , mais il fu bien prochains
15 De tout mettre à perdicion ,
Se Phebus n'y eust mis les mains. »
« Pheton mena en mainte place Le char du Soleil de randon , Et tant qu'il en appert la trace 20 En mainte noble région , Au siècle et en religion ; Car il eust , soies ent certains , Tout mis en fu et en charbon , Se Phebus n'y eust mis les mains. »
t Mais comme juste charreton Repust Phebus discrètement
Le char du Soleil , que Pheton Avoit formené telement 5 Que Radramendas fièrement Et son compaignon Eacus L'ont mis en paine et on tourment Ayec Pluto et Cerberus. »
« Ainsi se trouve en Achoron 10 Pheton par son gouvernement, Ou crueux lac de Flogiton, En Atropo orriblement , Où Proserpine amèrement Languist ; aussi fait Tantalus 15 En mourant douleureusement , Avec Pluto et Cerberus. »
« N'est ce grant amiracion Que doi charton ont à présent Le char d'or fin en habandon 20 Atellé à deux houx? Comment Puet telle erreur si longuement Durer? Mais je croy que Phebus Dourra à l'un son paiement Avec Pluto et Cerberus. »