‹ Œuvres poétiques.Chapitre 118 sur 235 · A UN PEINTRE · texte numérisé non relu

A UN PEINTRE

Oi j'avais à remplir le livre de tes jours, Rien de terrestre, ami, n'en ternirait les pages ; J'en bannirais surtout les leçons de nos sages , Sophistes si légers, philanthropes si lourds.

Là-bas, peintre, là-bas sont les fraîches amours ! Laisse Phomme à sa chair et la boue à ses plages. Vers l'Inconnu , pays des splendides mirages , Poursuis ton Idéal aux radieux atours !

Si ton cœur est naïf, si ta pensée est pure.

Il ne te manque rien , enfant de la nature , Rien qu'un frère en génie, ami de tes pinceaux.

L'art est l'hymen des dieux, mais il veut des cœurs dignes : Les grandes amitiés , comme les belles eaux , Par droit de pureté n'appartiennent qu'aux cygnes.

DATE PCENAS

LJans un vers insolent, qu^Ârchiloque eût signé, Chez mes frères souvent j'ai flagellé le vice; Mais ce fut de ma part hypocrite malice :

Mon cœur pervers mentait à mon front indigné.

Moins irrité du mal que jaloux d^un complice, Dédaigneux des plaisirs dont j'étais dédaigné , Ma vertu ne fut rien que dégoût résigné , Impuissance d'orgueil tranchant de la justice.

Mais le remords me presse , et je veux librement Mesurer à ma faute un digne châtiment.

Seigneur, de tes élus rejette ce coupable,

Et le relègue à part dans un monde ignoré ; Encore y sera-t-il trop heureux à son gré, Si. toute bête y vit, — excepté son. semblable !

Page 1