IN EXTREMIS
V^'est le petiot à Pierre avec sa mère-grand. Ils vont) l'un traînant l'autre ; et l'on peut dire à peine, Tant ils ont même pas douteux, même air souffrant^ Si la vieille le guide, ou si l'enfant la mène.
La faiblesse est l'aimant qui, dans la ronde humaine, Fait les extrêmes bouts l'un l'autre s'attirant : Alliage divin qui rattache au courant Ces mille anneaux brisés dont l'être fait sa chaîne.
La vieille va sans voir ; dans son âme il fait nuit ; Tristement sa pensée en arrière s'enfuit Vers les rêves semés sur la route suivie.
L'enfant trébuche et pleure, et, d'instinct, il craint tout. D'une part, impuissance; et de l'autre, dégoût; Entre ces deux malheurs, la vie ! — Est-ce la vie?
FEBRIS ACCESSIO
J e me sentais descendre, emporté dans le vide. Les spirales sans fin d'un abîme sans fond ; J'entendais clapoter, dans l'inconnu profond, Comme les caillots lourds d'une flaque sordide ;
Rien ne faisait lueur dans cette nuit livide ; Rien ne ralentissait mon élan furibond ; Mon corps frappait aux flancs de l'entonnoir avide, De seconde en seconde ; une plainte par bond !
Désespoir insensé! mes deux mains frémissantes Vainement s'incrustaient dans les parois glissantes ; Le sol railleur fuyait sous mon ongle tendu !
Et j'écoutais pleurer, à distance infinie.
Une voix qui disait : « Le pauvre homme est perdu!
Le voyez-vous froisser son drap dans l'agonie? »
20â PAPILLONS NOIRS.