A ALFRED DELVAU
SUR SON LIVRE : Lcs Sonneurs de sonnets
Frère, c'est bien parler : foin des sonneurs de cor ! Où maint aigle a brisé son front, faute d'espace, L'avette de Ronsard passe libre et repasse.
Car l'horizon des fleurs sufiQt à son essor.
Alvéole et sonnet tiennent la même place, Et la Muse gauloise est sœur des mouches d'or *. Leur murmure est musique, elle en retint Taccord ; Leur forme est élégance, elle en garde la grâce.
.Sonnons comme l'abeille, et comme elle volons Ni trop haut ni trop bas, des coteaux aux vallons, Cueillant lés sucs divins et les senteurs suaves ;
Tandis qu'au sol cloué par l'élytre ^éçré, :
Le béat escarbot, stercoraire sacré, S'ébat dans les odeurs fétides et les baves.
APRES SADOVA
rlélas ! nous sommes nés en des jours violents ! Le Passé tombe après s'être ouvert les deux veines, Et le Présent nourrit de lâchetés malsaines L'Avenir au maillot dont il corrompt les flancs!
Meurent les seins féconds et les mamelles pleines !
Nos fils boiront la honte et les affronts sanglants ;
On les verra traîner sous des cieux insolents
Leurs fronts lourds de mépris et leurs bras lourds de chaînes.
Pour nous, tout près de voir le grand sol des aïeux S'effondrer sous nos pieds, sauvons du moins nos Dieux Les gais sonneurs d'amour, les charmeurs de souffrance.
Héros bruyants, poussière emportée au hasard. Vous serez oubliés, cependant que Ronsard Vivra pour dire où fut le beau pays de France.