‹ Œuvres poétiquesChapitre 13 sur 140 · CLCII.K, SAI.OMK CKCILE · texte numérisé non relu

CLCII.K, SAI.OMK CKCILE

Il est parti ! Béni soit Dieu ! Sou frout Ne souill(> plus ces lieux !

() ma fille chérie, Que tu m\is fail trembler ! qu'il m'a causé d'eiïroi ! As-tu vu quels regards il a jetés sur toi ? N'as-tu point trop montré le mépris qu'il t'inspire ! Hélas ! César absent, il est tout dans l'empire.

J'aurais voulu pouvoir étaler à ses yeux Mes sentiments pour lui, mon horreur pour ses dieux. Mais, grâce au Tout-Puissant, je me suis contenue : De confesser ma foi l'heure n'est pas venue. 11 me faut accomplir, avant cet heureux jour, L'o'uvre par le Seigneur commise à mon amour; Je dois gagner au Christ l'âme prédestinée De l'époux idolâtre auquel il m'a donnée.

Ah ! (picl nouv('au sujtît de tourment et d'ennui ! (Uw poiirras-lului dire .' i:t que dira-t-il, lui,

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(}uan(l il saura bientôt que celle qu'il adore Appartient tout entière à ce Dieu qu'il abhorre ? Où pourra remporter l'excès de son courroux ? Ma Cécile, pourquoi l'as-tu pris pour époux ? Bien que cette union te fût presque imposée, Un refus valait mieux et t'eût moins exposée.

J'avais pour l'accepter des motifs plus puissants.

Toi qui veilles sur moi depuis mes jeunes ans,

Toi qui formas mon cœur, ne sais-tu pas, nourrice.

Que d'un tuteur païen l'égoïste caprice,

Xi la lâche terreur d'aucun pouvoir humain.

Ne m'auraient pu contraire à lui donner ma main ?

.V vivre pour Dieu seul en mon cœur décidée,

De tout lien mortel j'eusse écarté l'idée,

Si mon époux divin ne m'avait fait savoir

Ses desseins de salut, son ordre et mon devoir.

Je m'en rapporte à lui. Valérien, du reste,

\e hait pas notre foi que tu crois qu'il déteste.

11 est droit, il est pur, il recherche le bien,

Et qui vit de la sorte est près d'être chrétien.

S'il a tant de vertus, étant païen encore,

Lorsque la vérité, lorsque Dieu qu'il ignore

A ses regards charmés soudain apparaîtra,

D'un amour inlini son cœur s'enllammera ;

Et qui sait, quelque jour, bientôt, demain peut-être,

Dans la c:ràce divine il sera notre maître.

30 ŒUVRLS l'OKTIQUES

Dieu t'entt-'ncle, ma fille, et puisse sa bonté Faire do ce beau rêve une réalité !

A nos vœux, en priant, rendons-le favorable. Ce moment à la fois heureux et redoutable ()ui va perdre ou sauver l'âme de mon époux, Cv moment est prochain : je le sens près de nous. Toi (|ui m'aimas toujours comme une tendre mère, Nourrice, près d'ici va te mettre en prière, Et semblable à Moïse, à l'heure des combats, Pour aider ma victoire, au ciel h've tes bras.

Seule.) J'entends Valérien... Jésus, bonté suprême, Daignez toucher s'on cœur et m'assister moi-môme : Parlez-lui par ma bouche, et que .cet entretien Le jette à vos genoux adorant et chrétien ! Pour rançon de cette âme à l'erreur asservie, Je vous ollVe en ce jour mon bonheur et ma vie.

SCExNE V

CÉCILE, VAI.liUlEN

VALKHIKN

Ma bien-aiiiiée, eidin me voici de ret(jiir, Tout à JKjlre bonheur et tout à mou amour

LKS NOCES 31

Mais pourquoi cet air grave ? On dirait qu'un nuage En passant sur ton âme assombrit ton visage. Ah ! repose sur moi ton cœur et ton regard. As-tu quelque chagrin ? J'en veux avoir ma part : Suis- je pas ton ami, ton époux et ti)n frère?

CÉCILE

Seigneur, pardonnez-moi. Je ne dois rien vous taire.

L'aspect d'Ahnachius, ce cruel gouverneur,

A révolté mes yeux et soulevé mon cœur.

On dit qu'il se complaît aux pleurs de ses victimes,

Et que ses jours sanglants se comptent par ses crimes,

VALÉRIE

Il est vrai, des chrétiens implacable ennemi. Il ne sait ni punir ni frapper à demi. 11 veut exterminer leur misérable race.

Que leur reproche-t-il

Ma Cécile, de grâce, Ecarte loin de toi ces tableaux douloureux. A leur triste destin laisse ces malheureux Oublie Almachius et ses cruels caprices, De ce moment divin savourons les délices. M'aimes-tu?

CKCILE

Devant Dieu, vous le savez, seigneur, En vous donnant ma main, je vous donnai mon cœur,

VALERIEN

Ma l)icn-aimùo, alors écoute ma prière.

Dépose ces respects, cette réserve austère;

Ne me refuse pas les charmantes douceurs

Du langage permis aux femmes comme aux soeurs.

Dis, ne feras-tu point ce que je te demande?

Au lieu de me prier, que mon seigneur commande

A ses justes souhaits j'ai promis d'obéir;

Cette promesse est sainte, et m'est douce à tenir.

VALÉRIEN

Ta douceur me ravit autant que ton visage : Elle a pour ton époux des charmes tout-puissants. .Je ne sais pas pourquoi, mais près de toi je sens L'ne paix surhumaine en mon cœur se répandre ; .Je me trouve à la fois et plus pur et plus tendre. Ton regard virginal respire la candeur ; La tendresse en tes yeux se mêle à la pudeur, Et, semblable au parfum de la fleur matinale, l'n charme pénétrant de ton î\me s'exhale.

LES NOCKS 33

D'où te vient cette grâce inconnue ici-bas, Et cet attrait profond que les autres n'ont pas ? Ton front même reluit d'une beauté divine. As-tu donc chez les dieux puisé ton origine ?

Doux ami, tu dis vrai, plus vrai que tu ne crois.

Cette paix que tu lis dans mes yeux, dans ma voix,

Cette sérénité que mon âme respire.

Et cette grâce enfin dont tu subis l'empire,

Ces dons, si je les ai, ne viennent pas de moi.

Tu m'aimes, je le sens : mais sais-tu bien pourquoi ?

Le moment est venu, veux-tu lire en mon âme ?

Veux-tu connaître enfin mon secret ?

VALKRIEN

Quelle flamme S'allume en ton regard ? Quel accent inspiré ! Ta parole en mes sens jette un trouble sacré. Ce mystère profond que je ne puis comprendre. Je brûle et cependant je tremble de l'entendre. Parle, ô ma bien-aimée, et ne crains rien de moi : Rien que de pur et bon ne peut sortir de toi.

Ami, sache-le donc, avant de te connaître, Depuis longtemps déjà Cécile avait un maître.

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