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POÈME DÉDIÉ A MA SŒUR HENRIETTE

Laissez-moi la chanter, quand mes j^eux et mon âme Sont encor tout baignés de tendresse et de pleurs, Quand de son saint regard je vois encor la ilamme Etinceler de joie à travers ses douleurs !

Laissez-moi la chanter, tandis qu'à mon oreille Résonne encor l'accent de sa mourante voix, Voix céleste et plaintive, au chant du soir pareille. Qui me parlait de Dieu pour la dernière fois.

Laissez-moi la chanter, quand son divin sourire Vit encor sur sa bouche où la mort l'a laissé ; Lorsque son âme encore en mon âme respire, (^uandle présent qui fuil louche encore au passé !

Quand on nraïuioiiça ta naissance, Quand jo t'embrassai triompliant, J'en ai gardé la souvenance, Ma sœur, j'étais petit enfant.

A mes 3'eux je te vis paraître, Je te vis mettre en ton berceau.

Comme je viens de te voir mettre.

Enfant du ciel, dans le tombeau.

A peine en ta couche posée.

Ta jumelle vint à son tour.

Une âme par le Dieu d'amour Entre elle et toi fut divisée :

Ame faite pour l'amitié, Pleine de grâce et de lumière.

Dont l'une et l'autre a la moitié.

Et que chacune a tout entière.

Entre vous deux tout fut commun ; On n'essaya point de partage.

Dès le premier jour de votre âge, Vos deux êtres n'en firent qu'un.

De ces temps Timage affaiblie En mon esprit semblait dormir.

Ma sœur. Mais la fin de ta vie A réveillé mon souvenir.

C'est moi qui répondis, au jour de ton baptême. Tu ne pouvais parler, je m'engageai pour toi. Ta mort après ta vie a dégagé ma foi. Tu t'en es souvenue, à ton heure suprême, Lorsque tournant vers moi ton œil encor serein,

Tu murmuras : « .Vdieu, mon ami, mon parrain ! )> Je crois toujours le voir, cet œil mourant et tendre. Cet accent si profond, je crois toujours l'entendre ! O ma sainte filleule, au céleste séjour, De ton frère pécheur sois marraine à ton tour !

Je te vois grandissant près de ta sœur jumelle. Comme deux frais épis sortis du même grain, Si semblables en tout, en votre heureux matin. Qu'on la prenait pour toi, qu'on te prenait pour elle.

Quelquefois, vous trouviez un plaisir innocent A changer vos deux noms, aimable et doux manège, Et, si quelqu'un de nous se laissait prendre au piège Votre rire éclatait pur et retentissant.

Le Seigneur avait fait vos âmes si pareilles. Que vous n'aviez besoin de lèvres ni d'oreilles Pour vous interroger : un regard suffisait.

•i(i(! S.VIUNE

L'une de vous à peine ébauchait sa pensée, D'un mot l'autre achevait la phrase commencée ; Souvent, pour mieux causer, chacune se taisait.

(^omme deux astres d'or dont la lumière amie ï>e lève à la même heure et brille à l'horizon, Mes sœurs, astres charmants levés sur notre vie. Votre double sourire éclairait la maison.

Il est une heure en ta jeunesse.

Il est une heure d'allégresse.

Toute A'ive en mon souvenir :

C'est l'heure où la femme commence.

Et sort à pas lents de l'enfance Qui fuit pour ne plus revenir.

Seul, je priais. C'était la veille Du jour (le grâce et de merveille.

Où Dieu devait descendre en toi.

Tu vins, tu te jetas pleurante En mes bras, ô douce innocente.

Et tu me dis « Pardonne-moi ! »

De la croix céleste folie !

C'est la vierge «pii s'immilie

Aux pieds indignes du pécheur !

.lamais ton âme, o ma Sabine,

Xe jn'avait paru si divine.

Ce jour est resté dans mon cœur.

Et le lendemain, à l'église, Quand je te vis, à Dieu promise.

Couverte de ton voile J)lanc, T'avancer ardente et timide.

D'un pas que Tamour rend rapide Et que le respect rend tremblant ;

Quand je vis, au moment sublime, Jésus-Christ, Sauveur et Victime, Descendre en ton cœur enivré, Je sentis mon âme répondre A ton âme et d'amour se fondre ; Je me souvins et je pleurai !

Yl

Vingt ans ! c'est le matin ; c'est la saison charmante

Où le soleil rayonne, où la vie est en ileurs.

Où la jeune allégresse au fond de Tâme chante.

Où l'éternel espoir est plus fort que les pleurs.

C'est l'âge où, refoulant leur larme commencée.

Les parents à l'autel mènent la lîancée.

Et font de leur trésor un autre possesseur.

Où l'épouse succède ta la lille, à la sœur.

O sœur aimable et chère, aimable et chère lllle,

x\nge consolateur de toute la famille.

Tu vas de la maison t'éloigner à ton tour ;

Un époux, des enfants, partageront ton âme...

Tu souris : entes yeux brille une étrange llamme.

Tu veux auprès de nous prolonger ton séjour.

Pour qui donc, o ma sœur, gardes-tu ton amour .'

YII

De grand matin, où s'en va-t-elle, Le front brillant, le cœur léger ?

Elle court, la sainte, où l'appelle Quelque douleur à soulager.

Pleine du Dieu qui la regarde Et dont elle est le précurseur.

Elle va dans l'humble mansarde Porter un rayon de bonheur.

Il n'est pas de réduit si sombre Par le désespoir habité, Dont elle n'illumine l'ombre Au flambeau de sa charité.

Il n'est pas de vive blessure Que ne panse cette main pure, Blessure de l'âme ou du corps.

Le chagrin fuit en sa présence, Elle parle, et nulle souffrance Ne résiste à ses doux efforts.

Elle va, consolant l'épreuve, Aplanissant l'âpre chemin.

Elle est la fdle de la veuve.

Et la mère de l'orphelin !

Un bonheur lui manquait. Voir Rome et l'Italie, Baiser le sol que Pierre a foulé de ses pas, Entendre ces accents que jamais on n'oublie. C'était son seul désir des choses d'ici-bas.

Ce vœu. Dieu l'a rempli. Ces sublimes merveilles, Ont enchanté son cœur, ont ébloui ses yeux. Le pontife a parlé, ma sœur, et tes oreilles Ont entendu sa voix, écho sacré des cieux.

Tes lèvres ont baisé les restes De ces vierges, tes sœurs célestes.

Qui pour le Christ ont su mourir.

Tes regards, ivres de lumière, Ont vu sur la croix de Saint-Pierre Le soleil coucliant resplendir.

Touché de cette double llamme, (^uand on a répandu son âme Et ses pleurs sous le dôme en feu, Q)uand on a vu le Pape et Rome, Qu'on a compris la ville et l'homme.

Il ne reste plus qu'à voir Dieu.

Les parents, les amis remplissent la chapell Le prêtre se revêt d'habits éblouissants. Des cierges enflammés la lumière étincelle ;

I^a prit-re s'élève et ses divins accents

Montent vers Dieu, mêlés aux parfums de l'encens.

La fiancée est là, de grâce couronnée,

Plus belle que les fleurs dont sa tôte est ornée ;

Le voile de l'hymen ceint son front virginal.

Te voilà donc, ma sœur, à Tautel nuptial,

Et, de ta liberté vierge fière et jalouse.

Tu l'échanges enfin contre le nom d'épouse !

Que ton regard est pur, que ton visage est doux !

La pudeur te revêt, la candeur t'environne :

Bienheureux le mortel à qui ton cœur se donne !

Mais je ne le vois pas. Que fait-il loin de nous ?

Le prêtre poursuivant son office sublime

A déjà dans ses mains élevé la victime.

La cloche a retenti, le peuple est à genoux :

L'épouse est à ses pieds... mais où donc est l'époux ?

L'époux ? levez les yeux ! le voilà, c'est lui-même,

C'est le divin agneau sur l'autel dosccncki,

C'est riiomme de douleurs sur la croix étendu.

C'est le Verbe incarné, c'est la bonté suprême !

Voilà son bien-aimé, son partage éternel :

Le fiancé, l'époux, c'est le Christ immortel !

Otez-lui ses habits de fête.

Arrachez ces fleurs de sa tête.

Dépouillez-la du voile blanc !

Eteignez-vous, pompes liumaines.

Et que des vanités mondaines Disparaisse jusqu'au semblant.

Coupez sa longue chevelure ; Qu'une pauvre robe de bure Couvre son corps humilié.

Il faut que tout orgueil s'endorme, Pour que l'épouse soit conforme A son époux crucifié.

De la vie il faut qu'elle sorte,

Il faut qu'au monde elle soit morte,

Que les vivants mènent son deuil.

Sous un voile on l'étend par terre,

Et sur elle on dit la prière

Qui se chante sur un cercueil.

Vivante et sainte sépulture !

C'est la chair et son vain murmure.

Le faux amour qu'attend l'oubli, C'est tout ce qui fuit et nous trompe, Qui, dans cette funèbre pompe, Est à jamais enseveli !

Le Dieu jaloux qui la réclame Reste seul debout en son âme :

0 Christ, elle est bien toute à vous ! L'esprit de votre croix l'anime : Elle est amour, elle est victim<! :

L'épouse est digne de l'époux !

Adieu donc, ù ma sœur, ù nui compagne aimée, Toi dont le souvenir m'est plus doux que le miel, Du cloître sur tes jours la porte s'est fermée ; Tu n'en sortiras plus que pour aller au ciel !

C) silence ineffable, ô paix des monastères ! Ravissement Jes cœurs par le ciel visités,

Transport des vierges solitaires, (^)ui vous pourra dépeindre, austères voluptés? Dos éternels concerts il faudrait Tharmonie,

Il me faudrait ta voix, ma sœur,

Pour chanter la pure douceur Du })aradis obscur où tu cachas ta vie.

C'est là qu'incessamment, comme un torrent de feu, Dans les cœurs élargis tombe l'esprit de Dieu !

C'est là qu'on boit à plein calice

Avec les pleurs du sacrifice

L'enivrement du saint amour.

C'est là qu'aux pieds du Christ un an fuit comme un jour.

De cette source humble et profonde Sort un double courant d'ardente charité,

(^)ui vers Dieu monte et sur le monde S'épanche et fait partout germer la vérité.

Saints mystères du cloître ! auslèr(>s pénitences,

Trésors d'amour et de soulfrance.

Nul n'a sondé vos profondeurs ! Là, coulent nuit et jour les pleurs de l'innocence.

Pour effacer les fautes des pécheurs.

Plie/., ])l(.'urcz toujours, volontaires victimes! Pendant que les méchants accumulent leurs crimes, Accumulez le poids de vos saintes douleurs.

Dieu tient son bras levé pour foudroyer la terre : Priez, pleurez toujours ! C'est vous qui par vos pleurs Aux mains de sa justice éteignez son tonnerre.

Derrière ces barreaux épais Qui te retenaient prisonnière, Quand joyeuse tu paraissais, Je te retrouvais tout entière.

lis laissaient passer la douceur De ton regard, de ton sourire, Et ces mots célestes, ma sœur, Que toi seule savais me dire.

De ta mère, étoile du soir, Tu dorais la forte vieillesse :

Tu restais, sous ton voile noir.

Sa couronne et son allégresse.

Sur les grands el sur les petits.

Rayonnant à travers la grille.

Tu veillais dans ton paradis, Ange gardien de la famille.

Ainsi ton Jésus nuit et jour Rayonne au fond du sanctuaire.

Et, captif du divin amour, Unit le ciel avec la terre.

Dix ans so sont passés comme un rapide instant,

Dans la fécondité des larmes volontaires,

Dans le joyeux travail de l'amour pénitent,

Dans le ravissement des âmes solitaires.

Dix ans se sont passés à Tombre du saint lieu

D.ins le baiser du ciel et dans la paix de Dieu.

Maintenant Tiieure approche où Jésus par l'épreuve

\eut aclit'ver, ma sœur, de te purifier.

L'époux va s'éloigner, l'épouse sera veuve :

Dieu voulant à sa gloire un jour t'associer,

( ) mystère, d'abord, te veut crucifier.

Le trouble descend en son àme.

De l'espoir la céleste llamme Pâlit sous un souffle mortel.

L'amour a voilé sa lumière, Et de ses jours la coupe entière S'emplit de larmes et de fiel.

Du centre éternel isolée,

En vain la vierge désolée

Au ciel en pleurant tend les bras.

Vers son Jésus qui la délaisse,

Elle pousse un cri de détresse,

Son Jésus ne lui répond pas.

" Vous à qui je me suis donnée, Vous m'avez donc abandonnée !

Pourquoi ? Jusques à quand, Seigneur? » D'amour, de douleurs oppressée, Du fond de son âme blessée Coule une sano-lante sueur.

Accourez à son aide, anges de l'agonie. Et pour la soutenir prêtez-lui votre main. Et vous que le Seigneur plaça sur son chemin, Vierges dont elle est sœur, compagnes de Sa vie, De la compassion, sur son âme meurtrie, Répandez le baume divin.

Elles n'ont pas failli dans ce devoir sublime : Elles ont jusqu'au bout soutenu la victime,

Leur amour n'a pas sommeillé :

Et pendant que leur sœur prolongeait sa prière. Priant à ses côtés, le front dans la poussière,

Les saintes filles ont veillé.

Durant les longs combats de cette veille obscure, C^omme l'astre du soir, leur foi sereine et pure

Sur elle a versé sa lueur.

Jusqu'au jour radieux où, triom})iiant de l'ombre, Le soleil de l'amour, après une nuit sombre.

Est ressuscité dans son cœ'ur.

Mais l'épreuve n'est pas finie. Après le jardin d'agonie, Il faut le calvaire et la croix.

Une fièvre ardente la mine.

Le mal qui creuse sa poitrine Dans sa gorge étoulle sa voix.

Sa chair, comme une llcur flétrie.

Se sèche, et le feu de la vie S'éteint dans ses mourants regards De son corps la coupe brisée Laisse fuir la vie épuisée Qui s'échappe de toutes parts.

Ainsi d'iieure en heure la vierge Va se consumant comme un cierge Que Dieu regarde, et dont le feu Dévore incessamment la cire.

Jusqu'à ce qu'enfin il expire En illuminant le saint lieu.

llosannah ! Gloire à Dieu! la lutte est terminée !

L'ombre disparaît sans retour.

La terreur fait place à l'amour :

L'extase remplira la fin de sa journée !

Dieu se rend à ce cœur qui ne vivait qu'en lui, Qui se mourait de son absence.

Hier tout pleurait : aujourd'hui,

Tout chante et resplendit d'une allégresse immense.

La mort apparaît à ses yeux Rayonnante d'espoir, de gloire couronnée. Et de sa main prédestinée Entr'ouvrant la porte des cieux.

« O mort ! que j'ai tant redoutée, Que j'ai de mon lit écartée.

Quand je ne te connaissais pas, Maintenant je t'appelle et je te tends les bras, 1 Par ton embrassement viens finir mes combats !

Ma sœur, et vous, ma bonne mère.

Ne pleurez pas sur moi : j'ai cessé de souifrir, Mon grand jour est venu : je monte à la lumière. O ma mère, o ma sœur, qu'il est doux de mourir!

Et vous, .lésus, ma seule vie.

Venez, ne tardez plus, ù mon unique époux! Déliez ma pauvre âme à la chair asservie : Prenez-moi, mon Jésus, et m'attirez à vous ! »

Elle dit, sa face rayonne.

Sa voix mourante éclate en un divin transport. I Sa main s'étend vers la couronui;

1 Que Dieu lui montre dans la mort.

Lt' Seig-ncur est prochain, voici Tinstant suprême. La chair est impuissante à contenir Felfort De ràriie (j[ui veut l'uir au sein du Dieu qu'elle aime. 0 nature, tais-toi : Tamour est le plus fort !

xvn

Le Christ a répondu. « L'épreuve est consommée ; Tes doux gémissements sont montés jusqu'à moi. Fuis la terre d'exil pour le palais du Roi. Près du divin Époux, viens, ô ma bien-aimée.

La paie vision va remplacer la foi.

Dans les liens du corps ton âme renfermée Va quitter sa prison par l'amour consumée ; A moi tu t'es donnée, et je me donne à toi.

Viens, ma mère t'appelle et mes anges t'attendent. Au-devant de tes pas, souriants ils descendent Four dénouer le fil qui te retient encor.

Console en t'en allant ceux qui restent sur terre, Dis-leur que ton Seigneur, ton époux et ton père. De ta tendresse au ciel leur garde le trésor. »

XYIIl

LUe est là sur son humble couche.

Comme sur un lit nuptial.

Un sourire erre sur sa bouche ; I M filet du ciel luit snr son front virginal.

x\uprès d'elle, un pontife, un frère, Une sœur, une mère, o mère de douleurs, La regardent mourir et retiennent leurs pleurs.

Rien ne trouble la paix de son heure dernière.

Le silence règne à l'entour.

Elle murmure encor : Mon Jésus, mon amour ! Et son âme s'exhale avec cette prière, Écoutez ! de son cœur sort un plus long soupir. Sur son corps expirant un léger frisson passe : Puis, rien; son front se penche; elle semble dormir ; Un calme solennel se répand sur sa face.

Tout s'apaise : la vierge lasse Sans cesser de prier a cessé de souffrir. O douceur, o repos! est-ce donc là mourir?

Prions, ne pleurons plus! Larmes, faites silence! Laissez parler l'amour, laissez chanter la foi! Par delà le tombeau l'éternité commence. 0 vierge, ù bienheureuse, ù ma sœur, souviens-toi !

La scèno se passe dans le Palais de David, à Jérusalem.

SCE.XE PREMIERE DAVID, CnOELIl DISUAEMÏES, MUSIQUE

CHŒUR DES ISHAELITES

Gloire, honneur à David! Il est le roi des rois,

Le plus beau, le plus grand des enfants de la terre !

Tout le camp d'Israël obéit à ses lois,

Et sa voix est terrible à l'égal du tonnerre.

Gloire, honneur à David ! Son frout prédestiné A reçu du Seigneur un double diadème.

Il est prince, il est père ! Un lils, un nouVeau-né Vient réjouir les veux de l'épouse qu'il. aime.

Heureuse Bethsabé, [dès du royal époux Jouissez de ce lils (pic Ir ciel vous envoie. Que sous l'ieil du Très-Haut il croisse près de vous, Et que Jérusalem en lr(>ssaille de joie.

282 Dwii» i:t nathan

UN oiriciEH, entrant.

Sire, ili'S messagers j)artis de l'Orient Où le jeune soleil se lève en souriant, Approchent de Sion et viennent des Rois mages Déposer à vos pieds les dons et les hommages.

SECOND OFFiciKn, entrant.

Sire, des bords du Nil, du Tigre et de llndus, De noirs ambassadeurs jusqu'à vous parvenus Apportent à David, roi puissant de Syrie, Les trésors de Tharsys, les parfums d'Arabie, Et, près de repartir, sollicitent l'honneur De contempler les traits de l'élu du Seigneur.

J'accueille vos souhaits pour mon fds, pour sa mère Et pour moi, votre maître ou plutôt votre père. Allez vous j)rosterncr aux pieds du saint autel, Et rendre grâce au Dieu par qui règne Israël. Avant la fin de jour, j'y veux aller moi-môme liiclinrr (levant lui ma i)uissance suprême.

se EXE II

DAVID, sriil.

Il est doux de s\;ul(;u(lre en tous lieux acclamé, De savoir qu'on est craint, de se sentir aimé, Et d'unir au pouvoir qui condamne ou pardonije La h(inlf- qui s'épanche et l'amour qui se donne.

Et pourtant, au milieu de ma prospérité,

Par un secret ennui je me sens agité.

Je le réponse en vain : en mon cœur il repose.

Et, pour en triompher, j'en sais trop bien la cause !

Je vois toujours Tendroit où, loin de Bcthsabé,

Dans un combat sanglant son époux est tombé.

Pauvre Urih, cœur loyal ! soldat simple et fidèle !

Quand tu luttais pour moi contre un peuple rebelle.

Quand tu versais ton sang que la mort a glacé

Au poste périlleux où je t'avais placé.

Tu ne soupçonnais point de quelle ardeur cruelle

De ton trépas certain j'attendais la nouvelle.

— Mais pourquoi me laisser troubler par ces remords ? Depuis un an passé, n'est-il pas chez les morts ?

Qui se souvient de lui ? Quel homme sur la terre De son fatal destin a percé le mystère ? Que l'éternel silence étende son linceul Sur ce secret du roi, connu de Dieu lui seul !

— Ce Dieu même, ce Dieu si prompt en sa justice, Parait, en se taisant, s'être fait mon complice. Douze mois ont fourni leur cours silencieux

Sans ternir de mon nom l'éclat victorieux. Toute gloire içi-bas de ma gloire est jalouse. Et, du mort oublié celle qui fut l'épouse, Se penchant vers le fds que son sein m'a donné. Dans mon palais joyeux berce son nouveau-né.

— Allons à ses côtés jouir de ma fortune.

Et chassons à jamais cette image importune!

28'j DWID ET NATHAN

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