‹ Œuvres poétiquesChapitre 128 sur 140 · I)A\ II · texte numérisé non relu

I)A\ II

Prophète du Très-Haut, ô Nathan, ô mon père, Siiliit !... nuiis d\)ù te vient cet air sombre et sévère ?

DAVID ET >'.VTHÂN 285

Pourquoi détournes-tu ton regard soucieux, Et quelle étrange flamme étincelle en tes yeux ?

0 roi, soutien du faiblo, appui de Tinnocence,

Je viens contre un méchant implorer ta vengeance.

Je viens te dénoncer un forfait odieux

(^ui s'est depuis un an déroulé dans ces lieux.

En ces lieux ? Un forfait ? Je jure sur ma tête Que je le punirai ! Parle donc, o Propliète !

Un homme, ton voisin, avait une brebis.

Il était sans argent, sans parents, sans amis ;

C'était son seul trésor, sa compagne, sa fille ;

Elle lui tenait lieu de toute sa famille.

Un riche, un grand seigneur habitait à côté :

Il vivait dans le luxe et la félicité.

Rien de ses heureux jours ne troublait l'harmonie,

La gloire et les plaisirs embellissaient sa vie.

Tout semblait lui sourire, et du soir au matin,

Son existence était un enivrant festin.

(3r, ce puissant seigneur, aux jours d'or et de soie,

De son pauvre voisin envia Thumble joie.

Sans pitié pour sa peine, insensible à ses cris,

Il lui vola son cœur, son unique brebis,

Fit égorger la douce et l'innocente bête,

Et, joyeux, la mangea dans un repas de fête !

2S(; UWIU KT NATHAN

Vive Dieu! Cet impie a mérité la mort, Et rien ne le pourra dérober à son sort ! Propiiète du Très-Haut, dis-moi quel est cet homme L(! sais-tu ?

NATHAN

Je le sais ! Faut-il que je le nomme ?

DAVID

Je le veux 1

1'u le veux? Ecoute donc, ô roi !

Ce méchant, ce larron, ce criminel, c'est toi !

Que dit-il ? Est-il fou ? Prends garde à toi. Prophète !

Ne redis point ce mot, si tu tiens à ta tête !

— Mais pourquoi m'emporter? Cet homme est pris devin

Je suis ivre, il est vrai, mais de l'Esprit Di

Comment m'outrages-tu, si c'est Dieu qui t'inspire. Ce r3ieu de qui je tiens le glaive de l'empire?

1 u peux, si tu le veux, m'envoyer chez les morts ; Tu n'étoufferas point la voix de tes remords.

A défaut de Xathun ils te crieront : « Infâme, Tu fis périr Urili pour lui prendre sa femme ! »

Urili ! Dieu tout-puissant ! o surprise ! 6 terreur ! ()ui peut parler ainsi, si ce n'est vous. Seigneur ?

David, ne doute plus que c'est Dieu qui m'envoie, Dieu qui prend en pitié l'ivresse de ta joie, Et qui, voyant encor l'élu dans le pécheur. Ne veut point le laisser vieillir en son erreur. Écoute et repens-toi !

DAVID

Ma faute est donc bien grande ?

NATHAN

Sainteté du Très-Haut ! c'est lui qui le demande ! Lui, ce fils de berger, que Dieu prit un matin Pour le rendre à quinze ans vainqueur du Philistin ; Qu'il marqua de son sceau pour occuper la place Du malheureux Saiil infidèle à la grâce ; Lui qui, de son néant tiré par l'Eternel, De gardeur de troupeau devint roi d'Lsraël ! Est-ce pour opprimer le pauvre sans défense Qu'il t'ôta de la poudre où languit ton enfance ? Est-ce pour arracher leur dépouille aux petits Qu'il fit un roi puissant d'un pasteur de brebis ? Hélas ! le fils aîné de la Droite divine A perdu souvenir de son humble origine !

DAVID

Tu to trompes, Nathan ! Je me souviens toujours Des bienfaits du Seigneur et de mes premiers jours.

T'en es-tu souvenu dans ta fureur jalouse, Quand d'Urih convoitant la belle et chaste épouse, Pour laisser le champ libre à ta coupable ardeur, Tu méditas sa mort, sans pitié, sans pudeur ; Et quand, pour assouvir ta détestable envie. Tu lui ravis d'un coup et sa femme et sa vie ? D'une unique brebis ce pauvre possesseur, Ce tout-puissant voisin dont l'avide noirceur Te révoltait au point que tu n'y pouvais croire, C'était lui, c'était toi ! Je t'ai dit ton histoire !

Le jour se fait enfin dans mon cœur éperdu. En quel abîme, ô ciel, suis-je donc descendu ? Je l'étouffais en vain, cette voix gémissante. Sous mes plaisirs trompeurs, sans cesse renaissante, Cette voix du remords, qui me parlait toujours. Et dont rien n'arrêtait l'implacable discours. Comment vous satisfaire, ô Justice suprême ? Parle et juge, Nathan !

NATHAN

Tu t'es jugé toi-même.

Cet impie, as-tu dit, a mérité la mort. Et rien ne le pourra dérober à son sort.

Je l'ai dit.

C'est l'arrêt du juge de la terre.

Mais du Juge éternel l'arrêt est moins sévère. Dieu, respectant en toi tout ce qu'il t'a donné, Veut épargner ton front par sa main couronné,. Ta douleur a fléchi sa justice irritée. Et la voix de tes pleurs est jusqu'à lui montée !

0 Dieu clément !

Attends ! tout n'est pas dit encor.

La vie et la couronne, est-ce ton seul trésor?

DAVID

Eh, quoi !

NATHAN

D'un châtiment toute faute est suivie.

Dieu te laisse, il est vrai, la couronne et la vie : Mais il ne peut laisser l'injuste et le puissant Au gré de son caprice opprimer l'innocent. Plus l'oppresseur est fort et faible la victime, Plus le courroux divin o-randit avec le crime.

Quel que soit le décret de ce Juge irrité, Je l'accepte et bénis sa sainte volonté.

NATHAN

AllViinis (loue ton cœur, car. déjà la tcmpôte S'élève menaçante et gronde sur ta tète, Elle approche, elle éclate, et j'entends sur ton seuil Le bruit pressé des pas des messagers de deuil.

DAVID

.rai péché contre vous, ù Majesté divine ! Devant le Roi des rois humblement je m'incline. {Silence j^rolorKjé, Davnl prie. Nalhan le regarde Musique.)

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