SCÈNE YIII
Les Mêmes, TROISIÈME MESSAGER LE MESSAGER
Sire
DAVID
Parle !
202 DWii) i:t natii.vn
LE MESSAGER
Je n'ose !
DAVID
Je te rordonne.
LE MESSAGER
Eh bien ! Absalon, votre lils, Après an attentat publiquement commis Contre Dieu, contre vous, son seigneur et son père, Hors de Jérusalem a fui votre colère, Et deux fois sacrilège en sa rébellion Du bruit de son audace épouvante Sion !
DAVID
Est-ce assez ? Est-ce tout ? ô terrible prophète ! La justice divine est-elle satisfaite ?
Mon fils, mon premier-né s'élève contre moi ! Lequel est plus à plaindre ou du père ou du roi?
NATHAN
Je plains le roi, je plains le père davantage ; Car tu ne sais pas tout. Arme-toi de courage ! Le lils de Bethsabé, ton amour, ton orgueil, Sous tes yeux, du berceau va passer au cercueil.
DAVID
Lui, l'enfant nouveau-né ! ma dernière espérance
NATHAN
Pour expier ton crime, il faut son innocence ; Il sera ta rançon.
DAVID ET N\TIIAN 293
DAVID
Quoi, cet enfant aussi !
O mon père, ô Natlian, j'implore ta merci ! Si ce n'est pas pour moi, prends pitié de sa mère ! Dieu de son serviteur entendra la prière !
NATHAN
L'arrêt est sans appel.
DAVID
Sortez tous ! Laissez-moi !
Seul, renvoyé de Dieu doit voir pleurer le roi !
Non, demeurez ! — Mon fils, pourquoi voiler tes larmes? Pour triompher de Dieu, ce sont tes seules armes. Au lieu de les cacher au fond de ton palais. En présence du peuple, o pécheur, verse-les !
DAVID
En présence du peuple?
Oui, Dieu te le commande.
Il faut qu'aux j^eux de tous ta douleur se répande. Ce Dieu qui t'a choisi, par qui tu fus vainqueur, Qui t'a formé pour être un roi selon son cœur, Attend de toi, David, si puissant dans la guerre, Plus qu'il n'exigerait de quelque roi vulgaire. Tu dois servir d'exemple aux siècles à venir
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Dans ta faute expiée (;t dans ton repentir.
Pour que Dieu te relève, ù roi, tu dois descendre !
Los habits déchirés, le front couvert de cendre,
Sur le sacré parvis, dans la poudre couché,
11 te faut devant tous confesser ton péclié.
Il faut, les yeux en pleurs, te frappant la poitrine,
Publier hautement la justice divine.
Eli bien ! j'accepte tout des mains de rÉternel. L'orgueil du souverain et l'amour paternel, Tout est brisé ! Seigneur, du fond de cet abîme De honte et de douleur où m'a plongé mon crime, Ma voix monte vers vous. J'ai fait couler le sang, J'ai dépouillé le pauvre et perdu l'innocent ; Et maintenant, courbé sous votre arrêt auguste, Je confesse. Seigneur, que cet arrêt est juste ! Roi prévaricateur, j'ai péché contre vous ; Votre colère est sainte, et je bénis vos coups.
Dieu t'entendra, mon fds 1 Viens donc, et dans son temph De tes larmes à tous offre le grand exemple, l^iiis, retiré chez toi, sous les cieux endormis, Seul avec le Très-Haut, jeûne, pleure, gémis ; Eijanche tu douleur en des chants de tristesse, Plus doux ('t plus divins que ceux de l'allégresse. Jusqu'à la fin des temps, Dieu fera retentir L'écho de les remords et de ton repentir. Li'.H pécheurs attendris rediront d'âge en âge (Iqh hymnes, de ta foi sublime témoignage.
DAVID J:ï NATHAN 295
L'amour les chantera jusqu'au pied des autels, Et tu seras plus grand par tes pleurs immortels ( Uie par les souvenirs de puissance et de gloire Dont les siècles futurs orneront ta mémoire.