‹ Œuvres poétiquesChapitre 131 sur 140 · LA GOUTTE D'EAU · texte numérisé non relu

LA GOUTTE D'EAU

Sur sa tige penchée,

Une fleur desséchée

D'abandon se mourait.

Sa senteur était douce,

Mais, sous son nid de mousse,

Nul ne h\ respirait.

Survint une fauvette.

Qui, voyant la pauvrette Déjà morte à moitié.

Pour cette abandonnée.

Avant le temps fanée, Fut prise de pitié.

Aimable messagère.

Elle vola légère

Vers le prochain ruisseau.

L\ GOLTTE I) EAU

Et de son bec humide Dans le calice avide Fit tomber un peu d'eau.

La lU'ur décolorée But, et désaltérée Leva sa tête en pleurs ; Et la pure rosée En son sein déposée Lui rendit ses couleurs.

A l'àme solitaire Qui languit sur la terre Sans amis, sans espoir, Et jusqu'au fond blessée, Du monde délaissée, S'afîaisse avant le soir.

Pour fermer sa blessure, Pour que la nuit obscure Cède la place au jour, ()ue faut-il? Un sourire.

Un mot où Dieu respire, Une goutte d'anioni'.

PAR U.\E BELLE XUIT

Les Heurs dorment sur la prairie :

La nuit s'éveille; viens, ma sœur.

Du soir et de la rêverie Goûtons ensemble la douceur.

Viens : la lune mystérieuse Monte dans Fombre pour mieux voir, Et nous regarde curieuse Par-dessus le grand sapin noir.

Elle se glisse sur la mousse, Baigne le gazon endormi, Et nous suit, caressante et douce Comme le regard d'un ami.

\ Ois : rimmensité se recueille, Nos pas n'éveillent plus d'échos ; I^e vent n'ose agiter la feuille ; \jii terre est ivre de repos.

l'.VU UNK IJELLK NUIT

Dos profondeurs du ciel tranquille Descend un calme solennel.

On dirait que l'heure mobile S'arrête en son cours éternel,

Et que voyant la nuit si Ijclle, Le temps, las de toujours voler, Replie un moment sa grande aile.

Et s'oublie à la contempler.

Et pourtant, ô vieille nature, Tes tableaux sont sans nouveauté.

Et voilà six mille ans que dure Le mystère de ta beauté.

Voilà six mille ans que la lune S'épanche sur les prés dormants.

Et répand sur la terre brune Sa rivirre de diamants.

Chaque mois, à l'heure attendue, Elle rallume ses rayons.

Et nos pères jadis l'ont vue Gomme aujourd'hui nous la voyons.

L'homme s'en va; les vents effacent La faible empreinte de ses pas.

Les spectateurs changent et passent ; Le s]>ectacle ne change pas.

PAU UNI-: FiKLLE NUIT 301

Des cieux, 6 blanche souveraine, Luis ])our nos fils comme pour nous!

Illumine leur nuit sereine De tes feux consolants et doux.

Regarde-les dans ton silence, Du sein profond du firmament, Comme l'œil de la Providence Toujours ouvert, toujours clément.

Sois pour eux l'image fidèle Du Dieu qui créa les humains Et dont la bonté paternelle Veille sur l'feuvre de ses mains.

Mais déjà la lueur amie Se rapproche de l'horizon. Et des sapins l'ombre endormie S'étend jusqu'au bout du gazon.

La clarté meurt, la nuit s'avance :

C'est l'heure noire du sommeil ; Viens, ma sœur, et dans l'espérance Allons attendre le soleil !

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