ACTE QUATRIÈME SCÈNE PREMIÈRE
CÉCILE, SALOMÉ, Soldats
CÉCILE
Je puis mourir en paix. Soyez béni, Seigneur ! Un des prêtres d'Urbain, le suprême pasteur, Amené jusqu'à moi par un guide fidèle, A préparé mon cœur pour la lutte mortelle. Mes lèvres ont reçu le pain sacré des forts : A présent, je suis prête à souffrir mille morts.
(A Salomé.) Approche de ta fille, ô ma chère nourrice. C'est toi qui m'allaitas, et tu remplis l'office De ma mère expirée en me donnant le jour ; Mais je dois plus encore à ton pieux amour. Tu nourris mon esprit du lait de la doctrine ; Tu semas en mon sein la vérité divine. Et grâce à toi, livrée à son pouvoir vainqueur, A Téternel Époux je donnai tout mon cœur. Mère de mon salut, ù véritable amie, Du Christ à qui je vais sois à jamais bénie.
lOS «KrVHES POKTIOIES
Jl' lU' te ([uitte point en inoiiraiit ;mjouririiui, Et je monte là-liant l'attendre anprès delni. — Mais tu baisses les yeux et demeures muette. Je sens ta main trembler, tu détournes la tète : Je vois couler tes pleurs. () ma mère, est-ce toi ? Chrétienne des vieux jours, qu'as-tu fait de ta foi ?
Je suis laciie, il est vrai : pardonne-moi, ma fdle.
Mais pour toi j'ai laissé mon pays, ma famille.
Tu fus de mon exil la joie et la douceur,
Et, près de te quitter, je sens faillir mon creur.
Au moment des adieux, quand on perd ce qu'on aime,
Jésus permet qu'on pleure : il a pleuré lui-même !
Hélas ! je reste ici quand tu pars pour les cieux,
Et ce n'est point ta main qui fermera m(!S yeux.
Mens donc entre mes bras pleurer, chère nourrice. Tu dis vrai : nous oIVrons chacune un sacrifice. Mais toute l'amertume est pour toi : près du tien. Le mien est peu de chose, ou plutôt il n'est rien. Je meurs et tu survis. Je vais à la lumière, Tu restes au milieu des ombres de la terre ; Je donne à Jésus-Christ mon sang et mes douleurs, Et tu dois te borner à lui donner tes pleurs. Mais qu'importe après tout l'exil et sa durée ? Au banquet paternel ta place est assurée. Et les enfants d'amour, quel que soit le chemin, Se retrouveront tous au r(;ndez-vons divin.
PREMIER SOLDAT, HU seCOÏul.
Entends-tu ses discours ? La malheureuse est folle. ( elle qui va mourir est celle qui console.