INTRODUCTION VII
Tandis que la foi l'invoque, le génie lui élève des monuments immortels. Le plus idéal des arts, celui qui plane sur les confins des deux mondes, la musique, Ta ciioisie pour patronne. On s'est demandé pourquoi. C'est sans doute parce que dans la fournaise ardente où les hommes cherchaient vainement à l'étouffer, elle chantait les louanges de son Bien-Aimé, répondant par de célestes accents aux concerts que son àine entendait venir du ciel. Hamdel lui a consacré un admirable oratorio ; lieethoven, si mes souvenirs ne me trompent pas, a })lacé sous son invocation une de ses compositions les plus hautes, et chaque année, le 22 novembre, jour de sa fête, cette vierge romaine, mise à mort pour .Jésus- Christ il y a seize cents ans, est célébrée dans les divers lieux de la terre où la foi peut chanter encore, où la musique sait encore prier.
D'autres arts, d'autres génies lui ont tressé d'autres couronnes. La sculpture chrétienne n'a rien produit de plus achevé que la statue de sainte Cécile, qui repose dans son église, à iîome, au-dessus de son tombeau. Cette statue n'est d'ailleurs que la reproduction de la nature, mais reproduction parfaite d'une parfaite beauté. Le corps de la sainte, retrouvé dans son cercueil de cyprès, et conservé absolument intact après douze siècles, a posé lui-même devant le statuaire Carlo Maderno. Telle nous la voyons sculptée dans le marbre, souple comme un enfant endormi, chastement enveloppée de sa longue robe, la tête tournée vers le sol, les cheveux relevés et cachés sous un voile, le cou portant la
VIII INTlU»I>LCÏION
trace du glaive, les mains et les pieds d\u\Q forme très j)iire, respirant dans toute son attitude la paix, Tinnocence et la virginité ; telle elle apparut aux regards quand on la découvrit il y a trois cents ans sous la pierre de son tombeau. Ses vêtements mômes avaient été respectés par les siècles. On put reconnaître la robe de laine blanche brodée d'or qu'elle revêtit, d'après les actes de son martyre, pour comparaître devant Almachius et aller à Jésus-Clirist. Rien n'est plus touchant que cette statue couchée au-dessus de la dépouille mortelle de la vierge dont elle est l'image, à l'endroit où elle rendit le dernier soupir. C'est un des plus purs hommages rendus par l'art à la sainteté.
(}ue dirai-je maintenant des autres hommages rendus par la peinture à cette figure sublime ? Je laisse de coté les fresques du Dominiquin dans l'église de Saint-Louis des Français, à Rome, représentant sainte Cécile au milieu de ses pauvres, et la scène ineffable de son martyre. Mais qui ne s'est abîmé dans la contemplation de cette toile du musée de Rologne, où Raphaël l'a peinte avec- un génie que lui-même n'a jamais dépassé? Elle est là, plus idéale qu'on ne l'eût pu rêver, debout, les yeux levés au ciel, noyés dans l'extase du divin amour. Ses mains tombantes soutiennent à peine un instrument de musique sacrée. Ses pieds foulent les instruments divers de la musique profane, tandis qu'au-dessus d'elle, des anges font entendre, parmi des nuées lumineuses, une inusi((ne toiile céleste. Image profonde et sublime de Tâine rlin-lic;iM<' (|iii, dédaignant les plaisirs de la