INTRODUCTION
terre, oublie même les œuvres pieuses do ce monde pour se perdre dans la contemplation des beautés divines. Quatre figures de saints, groupées autour de celle de Cécile, complètent la signification mystique de ce tableau, en représentant les diverses situations de Fâme qui gravite vers le terme de Féternel amour. D'un côté, saint Paul figure la foi, saint Jean l'amour virginal ; de l'autre, saint Augustin et sainte Madeleine symbolisent le repentir, cette nouvelle innocence refaite dans la pénitence et les larmes.
J'ai passé de longs et délicieux moments devant cette toile incomparable d'un incomparable génie : rien que pour la revoir, je ferais volontiers le vo^^age de Bologne. On croit entendre comme la sainte elle-même l'harmonie des divins concerts, et l'âme qui la contemple participe à son extase. Son regard, plein du ciel, fixé en haut par les visions éternelles, me rappelait un autre regard qu'il me fut donné de contempler dans les montagnes du Tj-rol, le regard de cette extatique dont le ravissement en Dieu dura presque sans interruption pendant plus de trente ans.
Depuis longtemps, je connaissais la vie de sainte Cécile ; j'avais lu avec admiration le beau livre que dom Guéranger, l'illustre restaurateur de l'ordre des bénédictins en France, a consacré à sa mémoire, ouvrage plein de science et de charme, où les plus aimables Heurs du langage recouvrent une profonde érudition. Déjà frappé de la grandeur et de la beauté de cette figure deux fois romaine, j'avais conçu la pensée do la repro-
X INTHODl CTION
tluiiv dans iiii j)(>èim' que jY'buuchais on mon esprit. Mais c'est on Ilalio (|iio mon dessein fut fixé, i)arce que c'est là sculcnii-nt ([u'ello nraj)parnt dans toute sa splen- .leur.
(Jnaiid jV'MS oontoniplé à Bolog-ne Tiniage de sainte Cécile tracée par Raphaël, (juand j'eus prié à Home dans sou palais transformé en église, au pied de son gracii'ux tond)ean, ([uand je me fus prosterné sur la poudre dos cataconil)es de saint Calixte, à la place où elle fut déposée par saint Urbain après son martyre ; <juand, à cette môme place, le jour de sa fête, j'eus assisté au saint sacrifice, célébré dans la chapelle souterraine que sa dépouille mortelle habita pendant six cents ans avec colles de neuf papes mart^n-s, alors je m'épris pour cette vierge austère, pour cette épouse aimable, pour cette noble fille des Cecilius, devenue l'humble servante des pauvres de Jésus-Christ, d'une admiration et d'un enthousiasme tout nouveaux, et je résolus de travailler à faire connaître et admirer, autant qu'il serait on moi, cette forte et virginale figure.
De tous les arts, en effet, la poésie, cette autre musi(pi<', est le seul qui n'ait pas élevé encore un monumiiit à la patronne des musiciens. Pour que ce monument fût digne d'elle et des grands hommes qui l'ont célébrée par d'autres voix, il faudrait un génie pur et puissant. En attendant qu'il se révèle, j'ai cherché à apporter ma petite pierre à l'oiuvre future : j'offre mon humble essai : la Sainte l'agréera, je l'espère, et lo In-iiira.