AUX PAUVRES DES NOUETTES
Autrefois, quand un vent d'orage Soufllait sur quelqu'un du hameau, Quand le pain manquait au ménage, Quand Tenfant manquait au berceau ;
Lorsque le père de famille Mourait près de sa femme en pleurs, Ou que la mort fanait les fleurs Sur le front de la jeune fille,
Sous chaque toit, à chaque deuil, On voyait Fange du village Aux défaillants porter courage.
Soutenir un coin du cercueil.
Cet ange de honte divine Par qui tous étaient visités,
l'ange du village 199
C'était elle, c'était Sal)ine, La sainte qui nous a quittés.
Elle était, au jour de lepreuve, Si prompte à vous tendre la main, Si filiale pour la veuve, Si maternelle à l'orphelin ;
Son aspect, sa voix, son sourire, Avaient pour tous tant de douceur.
Qu'on était' tenté de lui dire :
« Ma fille, ma mère, ou ma sœur ! »
Pleurez, bonnes gens du village.
Pauvres qu'elle a tant secourus,.
Pleurez ; son aimable visage A vos regards ne luira plus.
Elle a fui vers le monastère.
Et de là, le front radieux, La vierge a désert»* la terre, L'ano-e est remonté dans les cieux.