SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE DES SUISSES
RÉVOLTÉS DU RÉGIMENT DE CHATEAUVIEUX, KÉrÉS A PARIS SUR UNE MOTION DE COLLOT-d'HERBOIS (I).
Salut, divin triomphe ! entre dans nos murailles !
Rends -nous ces guerriers illustrés Par le sang de Désille et par les funérailles
De tant de Français massacrés. Jamais rien de si grand n'embellit ton entrée :
Ni quand l'ombre de Mirabeau S'achemina jadis vers la voûte sacrée
Où la gloire donne un tombeau ; Ni quand Voltaire mort et sa cendre bannie
Rentrèrent aux murs de Paris, Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie
Prosternés devant ses écrits.
Un seul jour peut atteindre à tant de renommée.
Et ce beau jour luira bientôt :
C'est quand tu conduiras Jourdan à notre année.
Et Lafayette à l'échafaud!
~ Quelle rage à Coblentzl quel deuil pour tous ces princes,
1) Publié le 15 avril 1792.
Qui, partout diffamant nos lois, Excitent contre nous et contre nos provinces
Et les esclaves et les rois I Ils voulaient nous voir tous à la folie en proie ;
Que leur front doit être abattu !
Tandis que parmi nous, quel orgueil, quelle joie.
Pour les amis de la vertu, Pour vous tous, ô mortels, qui rougissez encore
Et qui savez baisser les yeux, De voir des échevins que la Râpée honore
Asseoir sur un char radieux Ces héros que jadis sur les bancs des galères
Assit un arrêt outrageant. Et qui n'ont égorgé que très peu de nos frères,
Et volé que très peu d'argent !
Eh bien I que tardez-vous, harmonieux Orphées?
Si sur la tombe des Persans Jadis Pindare, Eschyle, ont dressé des trophées.
Il faut de plus nobles accents.
Quarante meurtriers, chéris de Robespierre,
Vont s'élever sur nos autels.
Beaux-arts qui faites vivre et la toile et la pierre,
Hàtez-vous, rendez immortels Le grand CoUot-d'Herbois, ses clients helvétiques.
Ce front que donne à des héros La vertu, la taverne, et le secours des piques.
Peuplez le ciel d'astres nouveaux, 0 vous 1 enfants d'Eudoxe, et d'Hipparque, et d'Euclido^
C'est par vous que les blonds cheveux, Qui tombèrent du front d'une reine timide,
Sont tressés en célestes feux ; Par vous, l'heureux vaisseau des premiers Argonautes
Flotte encor dans l'azur des airs ; Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes,
Comme eux dominateurs des mers.
Que la Nuit de leurs noms embellisse ses voiles.
Et que le nocher aux abois Invoque en leur galère, ornement des étoiles,
Les Suisses de CoUot-d'Herbois.
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ïambes
SA langue evSt un fer chaud. Dans ses veines brûlées Serpentent des fleuves de fiel. »
— J'ai, douze ans, en secret, dans les doctes vallées,
Cueilli le poétique miel.
Je veux un jour ouvrir ma ruche tout entière.
Dans tous mes vers on pourra voir Si ma muse naquit haineuse et meurtrière.
Frustré d'un amoureux espoir, Archiloque aux fureurs du belliqueux ïambe
Immole un beau-père menteur ; Moi, ce n'est point au col d'un perfide Lycambe
Que j'apprête un lacet vengeur.
Ma foudre n'a jamais tonné pour mes injnros :
La patrie allume ma voix;
La paix seule aguerrit mes pieuses morsures ;
Et mes fureurs servent les lois.
Contre les noirs Pithons et les hydres fangeuses
Le feu, le fer arment mes mains; Extirper sans pitié les bêtes venimeuses,
C'est donner la vie aux humains.
Voûtes du Panthéon, quel mort illustre et rare
S'ouvre vos dômes glorieux ?
Pourquoi vois-je David qui larmoie, et prépare
Sa palette qui fait des dieux ?
0 ciel ! faut-il le croire! ô destins ! ô fortune !...
0 cercueil arrosé de pleurs !
Oh ! que ne puis-je ouïr Barère à la tribune,
Gros de pathos et de douleurs !
Quelle nouvelle en France! et quel canon d'alarmes
Dans tous les cœurs a retenti !
Les fils des Jacobins leur adressent des larmes.
Brissot, qui n'ajamais menti, Dit avoir vu dans l'air d'exhalaisons impures
Un noir nuage tournoyer, Du sang, et de la fange, et toutes les ordures
Dont se forme un épais bourbier.
Et soutient que c'était la sale et vilaine àme
Par qui Marat avait vécu.
De ses jours florissants, par la main d'une femme,
Ce lien aimable est rompu I
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Le ('alvados en rit ; mais la potence pleure.
Déjà par un fer meurtrier Pelletier fut placé dans l'auguste demeure.
Marat vaut mieux que Pelletier.
Nul n'aima tant le sang, n'eut tant soif des crimes.
Qu'on parle d'un vil scélérat, Bien que Lacroix, Bourdon, soient des mortels sublimes,
Nous ne pensons tous qu'à Marat.
Il était né de droit vassal de la potence ;
Il était son plus cher trésor.
Console-toi, gibet, tu sauveras la France !
Pour tes bras la Montagne encor Nourrit bien des héros dans ses nobles repaires.
Le Gendre, élève de Caton, Le grand Collot d'Herbois, ûer patron dos galères,
Plus d'un Robespierre, et Danton, Thuriot, et Chabot ; enfin toute la bande ;
Et club, commune, tribunal.
Mais qui peut les compter? Je te les recommande ;
Tu feras l'appel nominal.
Pour chanter à ces saints de dignes litanies,
L'un demande Anacharsis Clotz ; L'autre veut Cabanis, ou d'autres grands génies;
Et qui Grouvelle, et qui Laclos.
Mais non, nous entendrons ces oraisons funèbres,
De la bouche du bon Garât; Puis tu les enverras tous au fond des ténèbres,
Lécher le c. du bon Marat.
Que la tombe sur vous, sur vos reliques chères,
Soit légère, ô mortels sacrés !
Pour qu'avec moins d'efforts, par les dogues vos frères, Vos cadavres soient déchirés.