AUX MUSES
On dit que le dédain froid et silencieux
Devint une ardente colère, Lorsque le Moniteur vous eut mis sous les yeux
Le sot fatras du sot Barère :
Qu'au Phœbus convulsif de l'ignare pédant,
De honte et de terreur troublées, Votre front se souvint de ce Thrace impudent,
Qui vous eût toutes violées.
On dit plus : mais je sais combien chez nos plaisants
Grâce, pucelage et faconde Exposent une belle à des bruits médisants;
Ils veulent que sur cet immonde.
Vous ayez, mais tout bas, aux effroyables sons
D'apostrophes trop masculines.
Joint : pied-plat, gredin, cuistre, et d'autres maudissons.
Peu faits pour vos lèvres divines; Dignes de lui, d'accord; mais indignes de vous.
Ces gens n'ont point votre langage.
N'apprenez point le leur. Un ignoble courroux
Justifie un ignoble outrage.
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Vingt barques, faux tissus de planches fugitives,
S'entr'ouvrant au milieu des eaux, Ont-elles, par milliers, dans les gouffres de Loire
Vomi des Français enchaînés, Au proconsul Carrier, implacable après boire,
Pour son passe-temps amenés?
Et ces porte-plumets, ces commis de carnage,
Ces noirs accusateurs Fouquiers, Ces Dumas, ces jurés, horrible aréopage
De voleurs et de meurtriers, Les ai-je poursuivis jusqu'en leurs bacchanales.
Lorsque, les yeux encore ardents, Attablés, le bordeaux de chaleurs plus brutales
Allumant leurs fronts impudents.
Ivres et bégayant la crapule et les crimes.
Ils rappellent avec des ris.
Leurs meurtres d'aujourd'hui, leurs futures victimes;
Et parmi les chansons, les cris, Trouvent deçà delà, sous leur main, sous leur bouche.
De femmes un vénal essaim, Dépouilles du vaincu, transfuges de sa couche,
Pour la couche de l'assassin ; Car ce sexe ébloui de tout semblant de gloire,
Né l'héritage du plus fort,
Quel que soit le vainqueur suit toujours la victoire^
D'une lèvre arbitre de mort Etale le baiser, le brigue avec audace ;
Et pour nulle oppressive main Leur jupe n'est pesante, et l'épingle tenace
N'a de pointe autour de leur sein.
Le remords est, dit-on, l'enfer où tout s'expie.
Quels remords agite le flanc, Tourmente le sommeil du tribunal impie
Qui mange, boit, rote du sang?
Car qui peut noblement de leur bande perverse
Rendre les attentats fameux ?
Ces monstres sont impurs, la lance qui les perce
Sort impure, infecte comme eux.
Quand au mouton bêlant la sombre boucherie
Ouvre ses cavernes de mort.
Pâtres, chiens et moutons, toute la bergerie
Ne s'informe plus de son sort.
Les enfants qui suivaient ses ébats dans la plaine,
Les vierges aux belles couleurs Qui le baisaient en foule et sur sa blanche laine
Entrelaçaient rubans et fleurs, Sans plus penser à lui, le mangent s'il est tendre.
Dans cet abîme enseveli J'ai le même destin. Je m'y devais attendre.
Accoutumons-nous à l'oub.li.
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Oubliés comme moi dans cet affreux repaire,
Mille autres moutons, comme moi.
Pendus aux crocs sanglants dii charnier populaire,
Seront servis au peuple-roi.
Que pouvaient mes amis ? Oui, de leur main chérie
Un mot à travers ces barreaux Eût versé quelque baume en mon âme flétrie ;
De l'or peut-être à mes bourreaux...
Mais tout est précipice. Ils ont eu droit de vivre.
Vivez, amis ; vivez contents.
En dépit de - - soyez lents à me suivre.
Peut-être en de plus heureux temps J'ai moi-même, à l'aspect des pleurs de l'infortune,
Détourné mes regards distraits; A mon tour aujourd'hui; mon malheur importune ;
Vivez, amis ; vivez en paix.
J'ai lu qu'un batelier, entrant dans sa nacelle.
Jetait à l'eau son aviron ; J'ai lu qu'un écuyer noble et fier sur la selle,
Bien armé d'un double éperon.
D'abord ôtait la bride à son coursier farouche
J'ai lu qu'un sage renommé, Avant de s'endormir, dans le fond de sa couche
Plaçait un tison allumé ; J'ai lu que, pour franchir des routes difficiles,
Un Automédon pétulant *
Edlevail les ccrous des quatre uiLcs ag.les
Qui roulaient sous son char brillant ; J'ai lu qu'un Actéon, à son tour, sur l'arène,
Assouvit la rage et la faim De ses chiens, par lui seul, pour bien servir sa haine.
Accoutumés au sang humain.
L'Automédon meurtri devint un Hippolyte,
Le sage
... l'écuyer à pied descendit au Cocyte.
Le nocher
Un sot enfant jouait avec des grains de poudre
Un docte à grands projets rassembla des vipères,
Et leur prêchait fraternité.
Mais, déchiré bientôt par ce peuple de frères.
Il dit : — « Je l'ai bien mérité.
Un seul de ces serpents qui se cache sous l'herbe
Est terrible ; et moi
Je les réunis tous. Je joins superbe
Et l'audace aux mauvais penchants. »
J'ai lu maints autres faits, tous fort bons à redire ;
Et tous ces beaux faits que j'ai lus, Barnave, Chapelier, Duport les devaient lire :
Ceux-ci ne lisent pas non plus.
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