CHANT PREMIER
Flore met plus d'un jour à finir une rose. Plus d'un jour fait l'ombrage où Paies se repose; Et plus d'un soleil dore, au penchant des coteaux, Les grappes de Bacchus, ces rivales des eaux.
(1) Hérodote, liv. I, dit qu'il y avait au milieu du temple de Bel (8io; Br,Xou) une to -r composée de huit tours superposées.
(2) « L'art d'aime)', dit G. Planche, eût été probablement pou' Chénier roccasion d'une lutte victorieuse avec Ovide. »
Qu'ainsi Ion doux projet en silence mûrisse, Que sous tes pas certains la route s'aplanisse, Qu'un œil sûr te dirige; et de loin, avec art, Dispose ces ressorts que Ton nomme hasard. Mais souvent un jeune homme, aspirant à la gloire De venir, voir, et vaincre, et prôner sa victoire. Vole, et hâtant l'assaut qu'il eût dut préparer,
L'imprudent a voulu cueillir avant l'automne L'espoir à peine éclos d'une riche Pomone ; Il a coupé ses blés quand les jeunes moissons Ne passaient point encor les timides gazons. Le danger, c'est ainsi que leur bouche l'appelle, D'abord effraie ou semble effrayer une belle; Prudence, adresse, temps, savent l'accoutumer A le voir sans le craindre et bientôt à l'aimer.
Quand Junon sur l'Ida plut au maître du monde, Xantus l'avait tenue au cristal de son onde. Et sur sa peau vermeille une savante main Fit distiller la rose et les flots de jasmin. Cultivez vos attraits; la plus belle nalure Veut les soins délicats d'une aimable culture. Mais si l'usage est doux, l'abus est odieux. Des parfums entassés l'amas fastidieux, De la triste laideur trop impuissantes armes, A d'indignes soupçons exposerait vos charmes. Que dans vos vêtements le goût seul consulté N'étale qu'élégance et que simplicité.
L'or ni les diamants n'embellissent les belles;
Le goût est leur richesse, et, tout-puissant comme elles,
Il sait créer de rien leurs plus beaux ornements;
Et tout est sous ses doigts l'or et les diamants.
J'aime un sein qui palpite et soulève une gaze.
L'heureuse volupté se plaît, dans son extase,
A fouler mollement ces habits radieux
Que déploie au Cathay le ver industrieux.
Le coton mol et souple, en une trame habile,
Sur les bords indiens, pour vous prépare et file
Ce tissu transparent, ce réseau de Vulcain,
Qui, perfide et propice à l'amant incertain,
Lui semble un voile d'air, un nuage Hquide,
Où Vénus se dérobe et fuit son œil avide.
Sur ses membres
S'étend le doux réseau d'une peau diaphane.
Quand la gaze ou le lin, barrière mal tissue. Qui la couvre ou plutôt la découvre à sa vue, Suivant de tout son corps les détours gracieux... C'est par ses vêtements qu'elle est nue à tes yeux,
Et de ses vêtements couverte et non voilée.
(Je crois avoir déjà mis ce vers-là quelque part, mais je ne puis me souvenir où.)
Un mouvement de désirs, tel que celui que Ton éprouve après dîner, lorsqu'on a bu vin, café...
La sombre défiance assiège en vain ta trace, Il faut oser. L'amour favorise l'audace. Les ruses des mortels n'éludèrent jamais D'un enfant et d'un dieu les ruses et les traits. Que sert des tours d'airain tout l'appareil horrible? Que servit à Junon son Argus si terrible? Ce front, d'inquiétude armé de toutes parts, Où veillaient à la fois cent farouches regards?