X ANDRÉ CHÉNIER
une vive et poétique impression. En 1778, il fut mis, avec ses frères, au collège de Navarre, qui a fait place à VEcole polytechnique. Constantin- Xavier, l'aîné, avait alors seize ans; Louis-Sauveur, le second, en avait douze; André avait onze ans; Marie-Joseph, neuf ans. André seul a laissé trace de ses succès scolaires. En 1778, il obtint au concours général, en rhétorique, le premier prix de discours français et un accessit de version latine. C'est au collège de Navarre qu'il se lia intimement avec les frères Trudaine et les frères de Pange ; il était, dès lors, reçu par les deux familles dans leurs magnifiques propriétés de Mareuil-sur-Ay^ près de Keims, et de Montigny-en-Brie . Ses premiers essais poétiques, des traductions d'auteurs anciens, de Virgile surtout, datent également de cette époque. Il ne quitta le collège qu'en 1781, ce qui suppose deux années de philosophie, mais toutes remplies, — on le sait, — par la lecture des poètes et l'étude du grec , qui était pour lui comme une langue maternelle.
Mais il fallait choisir une carrière. M. de Chénier était sans fortune et, pendant ses voyages en France, il ne cachait pas ses préoccupations. Il fît entrer l'aîné de ses fis dans les consulats et l'emmena au Maroc. Louis-Sauveur, André et, un peu plus tard, Marie-Joseph s'engagèrent comme cadets-gentilshommes, Louis-Sauveur, dans le régiment d'infanterie de Bassigny, où il arriva au grade d'adju-
SA VIE ETSES POESIES xi
dant général sous la Kévoluiion ; Marie-Joseph, dans les dragons de Montmorency, qu'il quitta pour s'occuper de théâtre, après deux ans de garnison à Niort; André, dans le régiment d'Angoumois, qui tenait garnison à Strasbourg. C'était une ville d'études, où le savant Brunck, — un excellent Français, on iignore trop^ — venait de publier sous le titre
d'ANALECTA VETERUM POETARUM GRiECORUM (1772-
1776, 3 vol.) sa grande édition critique de /'Anthologie^ source abondante de poésie, où Chénier ne cessa de puiser. Il connut Brunck, alors âgé d'une cinquantaine d'années, et qu'il retrouva plus tard à Paris. Mais il se lia surtout, au régiment, avec le jeune marquis de Brazais, ami des lettres anciennes ef poète comme lui; leurs communes études, leurs essais poétiques adoucirent pour eux V ennui du service.
Au bout de six mois, André tomba malade : il ressentait déjà les atteintes de ces « sables brûlants » dont il a parlé plusieurs fois dans ses vers. Il dut renoncer à la carrière des arnies et revenir à Paris, assez souffrant pour inquiéter sérieusement sa famille et ses amis. Il rapportait, avec les Analecta, auxquels il renvoie en tant d'endroits de ses manuscrits, des projets de vers et des essais remarquables. Il avait acquis une connaissance approfondie du grec, et sa correspondance poétique avec Lebrun, alors dans l'éclat de sa renomnUe, té-