‹ Œuvres poétiquesChapitre 48 sur 121 · AU CHEVALIER DE PANGE · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER DE PANGE

-Quand la feuille en festons a couronné les bois, L'amoureux rossignol n'étoutîe point sa voix. Il serait criminel aux yeux de la nature Si, de ses dons heureux négligeant la culture. Sur son triste rameau, muet dans ses amours, Il laissait sans chanter expirer les beaux jours. Et toi, rebelle aux dons d'une si tendre mère. Dégoûté de poursuivre une Muse étrangère. Dont tu choisis la cour trop bruyante pour toi, Tu t'es fait du silence une coupable loi! Tu naquis rossignol. Pourquoi, loin du bocage Où des jeunes rosiers le balsamique ombrage Eût redit tes doux sons sans murmure écoutés, T'en allais-tu chercher la Muse des cités? Cette Muse, d'éclat, de pourpre environnée, Qui, le glaive à la main, du diadème ornée,

Vient au peuple assemblé, d'une dolente voix, Pleurer les grands malheurs, les empires, les rois? Que n'étais-tu fidèle à ces Muses tranquilles Qui cherchent la fraîcheur des rustiques asiles, Le front ceint de lilas et de jasmins nouveaux, Et vont sur leurs attraits consulter les ruisseaux? Viens dire à leurs concerts la beauté qui te brûle. Amoureux, avec l'âme et la voix de TibuUe, Fuirais-tu les hameaux, ce séjour enchanté Qui rend plus séduisant l'éclat de la beauté? L'Amour aime les champs, et les champs l'ont vu naître. La fille d'un pasteur, une vierge champêtre, Dans le fond d'une rose, un matin de printemps,

Le trouva nouveau-né

Le sommeil entr'ouvrait ses lèvres colorées.

Elle saisit le bout de ses ailes dorées,

L'ôta de son berceau d'une timide main,

Tout trempé de rosée, et le mit dans son sein.

Tout, mais surtout les champs sont restés son empire.

Là tout aime, tout plaît, tout jouit, tout soupire;

Là de plus beaux soleils dorent l'azur des cieux;

Là les prés, les gazons, les bois harmonieux,

De mobiles ruisseaux la colline animée.

L'âme de mille fleurs dans les zéphyrs semée;

Là parmi les oiseaux l'Amour vient se poser;

Là sous les antres frais habite le baiser.

Les Muses et l'Amour ont les mêmes retraites.

L'astre qui fait aimer est l'astre des poètes.

Bois, écho, frais zéphyrs, dieux champêtres et doux,

Le génie et les vers se plaisent parmi vous.

J'ai choisi parmi vous ma Muse jeune et chère;

Et, bien qu'entre ses sœurs elle soit la dernière.

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