‹ Œuvres poétiquesChapitre 49 sur 121 · LIVRE I — MEDITATIONS, VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I — MEDITATIONS, VOYAGES

Elle plaît. Mes amis, vos yeux en sont témoins. Et ]3uis une plus belle eût voulu plus de soins; Délicate et craintive, un rien la décourage. Un rien sait l'animer. Curieuse et volage,

I Elle va parcourant tous les objets flatteurs

f Sans se fixer jamais, non plus que sur les fleurs Les zéphyrs vagabonds, doux rivaux des abeilles,

, Ou le baiser ravi sur des lèvres vermeilles. Une source brillante, un buisson qui fleurit,

• Tout amuse ses yeux; elle pleure, elle rit.

! Tantôt à pas rêveurs, mélancolique et lente. Elle erre avec une onde et pure et languissante; Tantôt elle va, vient, d'un pas léger et sûr, Poursuit le papillon brillant d'or et d'azur, Ou l'agile écureuil, ou, dans un nid timide, Sur un oiseau surpris pose une main rapide. . Quelquefois, gravissant la mousse du rocher, Dans une toufi'e épaisse elle va se cacher, Et sans bruit épier sur la grotte pendante Ce que dira le faune à la nymphe imprudente, Qui dans cet antre sourd et des faunes ami Refusait de le suivre, et pourtant l'a suivi. Souvent même, écoutant de plus hardis caprices, Elle ose regarder au fond des précipices,

, Où sur le roc mugit le torrent effréné

« Du droit sommet d'un mont tout à coup déchaîné. Elle aime aussi chanter à la moisson nouvelle, Suivre les moissonneurs et lier la javelle. L'Automne au front vermeil, ceintde pampres nouveaux. Parmi les vendangeurs l'égaré en des coteaux; Elle cueille la grappe, ou blanche, ou purpurine; Le doux jus des raisins teint sa bouche enfantine; André Chénier. 1 3

Ou, s'ils pressent leurs vins, elle accourt pour les voir, Et son bras avec eux fait crier le pressoir.

Viens, viens, mon jeune ami; viens, nos Muses t'attendent» Nos fêtes, nos banquets, nos courses, te demandent; Viens voir ensemble et l'antre et l'onde et les forêts. Chaque soir une table aux suaves apprêts Assoira près de nous nos belles adorées; Ou, cherchant dans le bois des nymphes égarées, Nous entendrons les ris, les chansons, les festins; Et les verres emplis sous les bosquets. lointains Viendront animer l'air, et, du sein d'une treille, De leur voix argentine égayer notre oreille. Mais si, toujours ingrat à ces charmantes sœurs, Ton front rejette encor leurs couronnes de fleurs, Si de leurs soins pressants la douce impatience N'obtient que d'un refus la dédaigneuse offense. Qu'à ton tour la beauté dont les yeux t'ont soumis Refuse à tes soupirs ce qu'elle t'a promis; Qu'un rival loin de toi de ses charmes dispose ; Et, quand tu lui viendras présenter une rose, Que l'ingrate étonnée, en recevant ce don, Ne t'ait vu de sa vie et demande ton nom.

O Muses, accourez, solitaires divines.

Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines! Soit qu'en ses beaux vallons Nîme égare vos pas ; Soit que de doux pensers, en de riants climats. Vous retiennent aux bords de Loire ou de Garonne;

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