‹ Œuvres poétiquesChapitre 50 sur 121 · LIVRE I — MEDITATIONS, VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I — MEDITATIONS, VOYAGES

Soit que parmi les chœurs de ces nymphes du Rhône,

La lune, sur les prés où son flambeau vous luit,

Dansantes vous admire au retour de la nuit ;

Venez. J'ai fui la ville aux Muses si contraire,

Et l'écho fatigué des clameurs du vulgaire.

Sur les pavés poudreux d'un bruyant carrefour

Les poétiques fleurs n'ont jamais vu le jour.

Le tumulte et les cris font fuir avec la lyre

L'oisive rêverie au suave délire;

Et les rapides chars e* leurs cercles d'airain

Effarouchent les vero qui se taisent soudain.

Venez. Que vos bontés ne me soient point avares !

Mais, oh ! faisant de vous mes pénates, mes lares. Quand pourrai-je habiter un champ qui soit à moi ! Et, villageois tranquille, ayant pour tout emploi Dormir et ne rien faire, inutile poète, Goûter le doux oubli d'une vie inquiète ! Vous savez si toujours, dès mes plus Jeunes ans, Mes rustiques souhaits m'ont porté vers les champs ; Si mon cœur dévorait vos champêtres histoires. Cet âge d'or si cher à vos doctes mémoires. Ces fleuves , ces vergers, Eden aimé des cieux Et du premier humain berceau délicieux; L'épouse de Booz, chaste et belle indigente, Qui suit d'un pas tremblant la moisson opulente; Joseph, qui dans Sichem cherche et retrouve, hélas! Ses dix frères pasteurs qui ne l'attendaient pas; Rachel, objet sans prix qu'un amoureux courage N'a pas trop acheté de quinze ans d'esclavage. Oh! oui, je veux un jour, en des bords retirés, Sur un riche coteau ceint de bois et de prés.

loo ELEGIES

Avoir un humble toit, une source d'eau vive Qui parle, et dans sa fuite et féconde et plaintive Nourrisse mon verger, abreuve mes troupeaux. Là, je veux, ignorant le monde et ses travaux, Loin du superbe ennui que l'éclat environne, Vivre comme jadis, aux champs de Babylone, Ont vécu, nous dit-on, ces pères des humains Dont le nom aux autels remplit nos fastes saints; Avoir amis, enfants, épouse belle et sage; Errer, un livre en main, de bocage en bocage; Savourer sans remords, sans crainte, sans désirs, Une paix dont nul bien n'égale les plaisirs.

Douce mélancolie ! aimable mensongère.

Des antres, des forêts déesse tutélaire. Qui vient d'une insensible et charmante langueur Saisir l'ami des champs et pénétrer son cœur. Quand, sorti vers le soir des grottes reculées. Il s'égare à pas lents au penchant des vallées, Et voit des derniers feux le ciel se colorer Et sur les rnonts lointains un beau jour expirer. Dans sa volupté sage, et pensive et muette. Il s'assied, sur son sein laisse tomber sa tête. Il regarde à ses pieds, dans le liquide azur Du fleuve qui s'étend comme lui calme et pur. Se peindre les coteaux, les toits et les feuillages, Et la pourpre en festons couronnant les nuages. Il revoit près de lui, tout à coup animés , Ces fantôme', si beaux, de nos cœurs tant aimés. Dont la trouve immortelle habite sa mémoire; Julie, amante faible et tombée avec gloire; Clarisse, beautt sainte où respire le ciel,

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