‹ Œuvres poétiquesChapitre 51 sur 121 · LIVRE I — MÉDITATIONS, VOYAGES loi · texte numérisé non relu

LIVRE I — MÉDITATIONS, VOYAGES loi

Dont la douleur ignore et la haine et le fiel,

Qui soutîie sans gémir, qui périt sans murmure;

Clémentine, adorée, âme céleste et pure, ' Qui, parmi les rigueurs d'une injuste maison, I Ne perd point l'innocence en perdant la raison.

Mânes aux yeux charmants, vos images chéries • Accourent occuper ses belles rêveries;

Ses yeux laissent tomber une larme. Avec vous . Il est dans vos foyrrs, il voit vos traits si doux.

A vos persécuteurs il reproche leur crime.

Il aime qui vous aime, il hait qui vous opprime.

Mais tout à coup il pense, ô mortels déplaisirs!

Que ces touchants objets de pleurs et de soupirs

Ne sont peut-être, hélas ! que d'aimables chimères,

De l'âme et du génie enfants imaginaires. I II se lève , il s'agite à pas tumultueux ;

'En projets enchanteurs il égare ses vœux: ' 11 ira, le cœur plein d'une image divine,

Chercher si quelques lieux ont une Clémentine,

Et dans quelque désert, loin des regards jaloux, I La servir, l'adorer et vivre à ses genoux.

A LE BRUN

Mânes de Callimaque, ombre de. Philétas, Dans vos saintes forêts daignez guider mes pas. J'ose, nouveau pontife, aux antres du Permesse, Mêler des chants français dans les chœurs de la Grèce.

Dites en quel vallon vos écrits médités Soumirent à vos vœux les plus rares beautés. Qu'aisément à ce prix un jeune cœur s'embrase! Je n'ai point pour la gloire inquiété Pégase. L'obscurité tranquille est plus chère à mes yeux Que de ses favoris l'éclat laborieux.

Peut-être, n'écoutant qu'une jeune manie, J'eusse aux rayons d'Homère allumé mon génie. Et, d'un essor nouveau jusqu'à lui m'élevant, Volé de bouche en bouche heureux et triomphant; Mais la tendre Élégie et sa grâce touchante M'ont séduit : l'Elégie à la voix gémissante, Au ris mêlé de pleurs, aux longs cheveux épars. Belle, levant au ciel ses humides regards. Sur un axe brillant c'est moi qui la promène Parmi tous ces palais dont s'enrichit la Seine; Le peuple des Amours y marche auprès de nous; La lyre est dans leurs mains, cortège aimable et doux Qu'aux fêtes de la Grèce enleva l'Italie, Et ma fière Camille est la sœur de Délie. L'Elégie, ô Le Brun, renaît dans nos chansons, Et les Muses pour elle ont amolli nos sons. Avant que leur projet, qui fut bientôt le nôtre, Pour devenir amis nous offrît l'un à l'autre, Elle avait ton amour comme elle avait le mien; Elle allait de ta lyre implorer le soutien. Pour montrer dans Paris sa langueur séduisante, Elle implorait aussi ma lyre complaisante. Femme, et pleine d'attraits, et fille de Vénus, Elle avait deux amants l'un à l'autre inconnus. J'ai vu qu'à ses faveurs ta part est la plus belle; Et pourtant je me plais à lui rester fidèle,

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