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XIV ANDRE CHENIER

comme Lavoisier, Lagrange,Condorcet, Vicq-d*Azyr; des grands seigneurs, des étrangers de distinction, comme le poète polonais Nicrakevicz ou le comte et la comtesse Alfîeri, et tout un groupe de jeunes gens passionnés pour les doctrines :!ors dominantes, avider de progrès et de réformes, enthousiastes de philosophie, de sciences et de politique. On se retrouvait aussi aux fêtes gcdantes et aux soupers à la mode dont Rétif nous a laissé la trop libre peinture. Chénier ne se défendait pas d'en être, mais on voit par ses élégies combien il conservait d'élégance attique et d'illusions juvéniles dans ce milieu ou la corruption même était pétrie de grâce. Il y entretenait cette flamme de poésie qui purifie tout. Ces Kose, ces Glycèrc, ces Lycoris qui anticipaient sur le Directoire, sans faire tort, chez André Chénier, aux Camille et aux Fanny, à de plus platoniques émotions et à de plus dignes préférences, étaient pour lui le commentaire vivant de Tibulle et de Properce, des chantres éternels de la jeunesse et de Vamour.

Ce furent, en définitive, pour Chénier trois années heureuses et fécondes entre toutes, les meilleures de sa vie, où il avait comme entrevu ce qu'il projetait de faire et où U le fixait en notes rapides, vives comme sa pensée, souriantes comme son imagination. A travers cette vie de plaisir, dont il ne faudrait pourtant pas plus exagérer les écarts qu'il nen faudrait nier ï entraînement, ce qu'il parait avoir lu, annoté, re-

SA VIE ET SES POÉSIES xv

cueilli de matériaux est prodigieux. Ce quil méditait d'écrire eût rempli la plus longue carrière. Sans doute, il livrait à ses amis, dans le cercle intime, quelques-uns de ses essais poétiques : en ce temps de poésie didactique, il parlait des poèmes qu'il avait conçus^ il trouvait des approbateurs ; et déjà même l'admiration qu'on prodigue si volontiers aux jeunes auteurs ne lui était pas marchandée. Lebrun et Alferi lui prédisaient de hautes destinées; Florian lui adressait des vers espagnols; Niemkevicz, des vers français. Mais on peut affirmer que Chénier avait seul alors le secret ou l'instinct de ce renouvellement de la poésie qu il voulait préparer à la France, et que nul, de son temps, n'aurait compris ni reconnu. Dans ce cénacle, où les frères Trudaine, les de Pange, Brazais, André et Marie-Joseph échangeaient leurs confidences, et que Lebrun-Pindare présidait en vertu de son âge et de sa renommée, Lebrun restait le maître incontesté, le modèle éclatant ; André n'était que le disciple modeste et discret, s'effaçant même devant son jeune frère, dont les essais dramatiques n'avaient pourtant pas été heureux jusqu'alors. C'est de cette époque que datent, achevées ou à l'état d'ébauches et de projets, ces bucoliques, ces idylles^ ces élégies et ces épîtres d'André Chénier, et toutes ces esquisses de poèmes , /'Invention, Suzanne, /'Amérique, /'Art d'aimer, etc., et le plus important de tous, Hermès. A ce temps aussi appartiennent quelques-uns

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