‹ Œuvres poétiquesChapitre 62 sur 121 · LIVRE I — MÉDITATIONS, VOYAGES · texte numérisé non relu

LIVRE I — MÉDITATIONS, VOYAGES

Fait asseoir vingt conseils de critiques nombreux, Du Pinde partagé despotes soupçonneux.

Affaiblis de leurs yeux la vigilance amère; Dis-leur que, sans s'armer d'un front dur et sévère. Ils peuvent négliger les pas et les douceurs D'une Muse timide et qui, parmi ses sœurs, Rivale de personne et sans demander grâce, Vient, le regard baissé, solliciter sa place; Dont la main est sans tache, et n'a connu jamais Le fiel dont la satire envenime ses traits.

Il n'est que d'être roi pour être heureux au monde.

Bénis soient tes décrets, ô Sagesse profonde!

Qui me voulus heureux, et, prodigue envers moi.

M'as fait dans mon asile et mon maître et mon roi.

Mon Louvre est sous le toit, sur ma tête il s'abaisse;

De ses premiers regards l'orient le caresse.

Lit, sièges, table, y sont, portant de toutes parts

Livres, dessins, crayons-, confusément épars.

Là, je dors, chante, lis, pleure, étudie et pense;

Là, dans un calme pur, je médite en silence

Ce qu'un jour je veux être, et, seul à m'applaudir.

Je sème la moisson que je veux recueillir.

Là, je reviens toujours, et toujours les mains pleines.

Amasser le butin de mes courses lointaines.

Soit qu'en un livre antique à loisir engagé.

Dans ses doctes feuillets j'aie au loin voyagé,

Soit plutôt que, passant et vallons et rivières.

J'aie au loin parcouru les rives étrangères.

D'un vaste champ de fleurs je tire un peu de miel.

lîo ÉLÉGIES

Tout m'enrichit et tout m'appelle; et, chaque ciel M'offrant quelque dépouille utile et précieuse, Je remplis lentement ma ruche industrieuse.

O jours de mon printemps, jours couronnés de rose, A votre fuite en vain un long regret s'oppose. Beaux jours, quoique souvent obscurcis de mes pleurs, Vous dont j'ai su jouir même au sein des douleurs, Sur ma tête bientôt vos fleurs seront fanées. Hélas! bientôt le flux des rapides années Vous aura loin de moi fait voler sans retour. Oh ! si du moins alors je pouvais, à mon tour, Champêtre possesseur, dans mon humble chaumière Off^rir à mes amis une ombre hospitalière; Voir mes lares charmés, pour les bien recevoir, A de joyeux banquets la nuit les faire asseoir; Et là nous souvenir, au milieu de nos fêtes. Combien chez eux longtemps, dans leurs belles retraites, Soit sur ces bords heureux, opulents avec choix. Où Montigny s'enfonce en ses antiques bois, -Soit où la Marne lente, en un long cercle d'iles. Ombrage de bosquets l'herbe et les prés fertiles, J'ai su, pauvre et content, savourer à longs traits Les muses, les plaisirs, et l'étude et la paix. Qui ne sait être pauvre est né pour l'esclavage. Qu'il serve donc les grands, les flatte, les ménage; Qu'il plie, en approchant de ces superbes fronts, Sa tête à la prière et son âme aux affronts,

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