I . Réponde à mon silence et sente ma pensée
' Ah ! si pour moi jamais tout cœur était fermé, Si nul ne songe à moi, si je ne suis aimé, Vivre importun, proscrit, flatte peu mon envie. Et quels sont ses plaisirs, que fait-il de la vie, Le malheureux qui, seul, exclu de tout lien, Ne connaît pas un cœur où reposer le sien ; Une âme où dans ses maux, comme en un saint asile , Il puisse fuir la sienne et se rasseoir tranquille; Pour qui nul n'a de vœux, qui jamais dans ses pleurs Ne peut se dire : « Allons, je sais que mes douleurs Tourmentent mes amis, et quoiqu'en mon absence Ils accusent mon sort et prennent ma défense »?
Eh! le pourrais-je au moins? suis-je assez intrépide ? £t toute belle enfin serait-elle perfide? Moi, tendre, même faible, et dans l'âge d'aimer, 7^ut-il n'oser plus voir tout ce qui peut charmer? Quand chacun à l'envi jouit, aime, soupire, Faut-il donc de Vénus abjurer seul l'empire? Ne plus dire : a Je t'aime ! » et dormir tout le jour, Sans avoir pour adieux quelques baisers d'amour? Et lorsque les désirs, les songes, ou l'aurore. Troubleront mon sommeil, me réveiller encore Sans que ma main déserte et seule à s'avancer Trouve dans tout mon lit une main à presser?
S'ils n'ont point le bonheur, en est-il sur la terre?
Quel mortel, inhabile à la félicité.
Regrettera jamais sa triste liberté,
Si jamais des amants il a connu les chaînes?
Leurs plaisirs sont bien doux, etdoucessontleurs peines;
S'ils n'ont point ces trésors que l'on nomme des biens,
Ils ont les soins touchants, les secrets entretiens.
Des regards, des soupirs la voix tendre et divine,
Et des mots caressants la mollesse enfantine.
Auprès d'eux tout est beau, tout pour eux s'attendrit.
Le ciel rit à la terre, et la terre fleurit.
Aréthuse serpente et plus pure et plus belle :
Une douleur plus tendre anime Philomèle.