‹ Œuvres poétiquesChapitre 81 sur 121 · LIVRE \I — CAMILLE · texte numérisé non relu

LIVRE \I — CAMILLE

. Ah! des pleurs! des regrets! Lisez, amis. C'est elle. On m'outrage, on me chasse, et puis on me rappelle. Non; il fallait d'abord m'accueillir sans détours. Non, non; je n'irai point. La nuit tombe; j'accours. On s'excuse, on gémit; enfin on me renvoie. Je sors. Chez mes amis je viens trouver la joie^ Et parmi nos festins un billet repentant Bientôt me suit et vient me dire qu'on m'attend.

u Ecoute, jeune ami de ma première enfance, I Je te connais. Malgré ton aimable silence, I Je connais la beauté qui t'a contraint d'aimer,

•Qui t'agite tout bas, que tu n'oses nommer.

Certe, un beau jour n'est pas plus beau que son visage ;

Mais, si tu ne veux point gémir dans l'esclavage,

Sache que trop d'amour excite leur dédain.

Laisse-la quelquefois te désirer en vain.

Il est bon, quelque orgueil dont s'enivrent ces belles,

De leur montrer pourtant qu'on peut se passer d'elles.

Viens, et, loin d'être faible, allons, si tu m'en crois,

Respirer la fraîcheur de la nuit et des bois: j Car, dans cette saison de chaleur étouffée.

Tu sais, le jour n'est bon qu'à donner à Morphée.

Allons. Et, pour Camille, elle n'a qu'à dormir. »

Passons devant ses murs. Je veux, pour la punir. Je veux qu'à son réveil demain on lui rapporte Qu'on m'a vu : je passais sans regarder sa porte.

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Qu'elle s'écrie alors, les larmes dans les yeux,

Que touthommeestparjure, etqu'iln'estpointdedieux!

Tiens, c'est ici. Voilà ses jardins solitaires,

Tant de fois attentifs à nos tendres mystères;

Et là, tiens, sur ma tête, est son lit amoureux,

Lit chéri, tant de fois fatigué de nos jeux.

Ah! le verre et le lin, délicate barrière.

Laissent voir à nos yeux la tremblante lumière

Qui, jusqu'à l'aube au teint moins que le sien vermeil,

Veille près de sa couche et garde son sommeil.

C'est là qu'elle m'attend. Oh! si tu l'avais vue.

Quand, fermant ses beaux yeux, mollement étendue,.

Laissant tomber sa tête, un calme pur et frais

Comme aux anges du ciel fait reluire ses traits !

Ah! je me venge aussi plus qu'elle ne mérite.

Un vain caprice, un rien... Ami, fuyons bien vite;

Fuyons vite, courons. Mes projets seront sûrs

Quand je ne verrai plus sa porte ni ses murs.

Mais ne m'a-t-elle pas juré d'être infidèle? Mais n'est-ce donc pas moi qu'elle a banni loin d'elle? Mais sa voix intrépide, et ses yeux, et son front. Ne se vantaient-ils pas de m'avoir fait affront? C'est donc pour essuyer quelque nouvel outrage, Pour l'accabler moi-même et d'insulte et de rage, La prier, la maudire, invoquer le cercueil. Que je retourne encor vers son funeste seuil, Errant dans cette nuit turbulente, orageuse, Moins que ce triste cœur noire et tumultueuse?

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