‹ Œuvres poétiquesChapitre 83 sur 121 · LIVRE II -— CAMILLE i · texte numérisé non relu

LIVRE II -— CAMILLE i

Et sanglots et fureurs, injures menaçantes, Et larmes, à couler toujours obéissantes; Et pour la paix il faut que d'avoir eu raison, Confus et repentant, je demande pardon.

O Camille! Camille!

O nuit, nuit douloureuse! ô toi, tardive aurore, Viens-tu? vas-tu venir? es-tu bien loin encore? Ah ! tantôt sur un flanc, puis sur l'autre, au hasarci Je me tourne et m'agite, et ne peux nulle part Trouver que l'insomnie amère, impatiente. Qu'un malaise inquiet et qu'une fièvre ardente. Tu dors, belle Camille; et c'est toi, mon amour. Qui retiens ma paupière ouverte jusqu'au jour! Si tu l'avais voulu, dieux ! cette nuit cruelle Aurait pu s'écouler plus rapide et plus belle. Mon âme comme un songe autour de ton sommeil Voltige. En me lisant, demain à ton réveil Tu verras, comme toi, si mon cœur est paisible. J'ai soulevé, pour toi, sur ma couche pénible, Ma tête appesantie. Assis et plein de toi. Le nocturne flambeau qui luit auprès de moi Me voit, en sons plaintifs et mêlés de caresses. Verser sur le papier mon cœur et mes tendresses. O Camille, tu dors! tes doux yeux sont fermés. Ton haleine de rose aux soupirs embaumés Entr'ouvre mollement tes deux lèvres vermeilles. Mais, si je me trompais! dieux! ô dieux! si tu veilles,

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Et, lorsque loin de toi j'endure le tourment D'une insomnie amère, aux bras d'un autre amant, Pour toi, de cette nuit qui s'échappe trop vite, Une douce insomnie embellissait la fuite!

Dieu d'oubli, viens fermer mes yeux. O dieu de paix, Sommeil, viens, fallût-il les fermer pour jamais! Un autre dans ses bras ! ô douloureux outrage! Un autre! ô honte ! ô mort! ô désespoir! ô rage! Malheureux insensé! pourquoi, pourquoi les dieux A juger la beauté formèrent-ils mes yeux? Pourquoi cette âme faible et si molle aux blessures De ces regards féconds en douces impostures? Une amante moins belle aime mieux, et du moins, Humble et timide à plaire, elle est pleine de soins; Elle est tendre; elle a peur de pleurer votre absence. Fidèle, peu d'amants attaquent sa constance ; Et son égale humeur, sa facile gaîté, L'habitude, à son front tiennent lieu de beauté. Mais celle qui partout fait conquête nouvelle, Celle qu'on ne voitpoint sans dire : « Qu'elle est belle ! » Insulte, en son triomphe, aux soupirs de l'amour. Souveraine au milieu d'une tremblante cour, Dans son léger caprice inégale et soudaine, Tendreet douceaujourd'hui, demainfroide et hautaine, Si quelqu'un se dérobe à ses enchantements, Qu'est-ce enfin qu'un de moins dans un peuple d'amants? On brigue ses regards, elle s'aime et s'admire, Et ne connaît d'amour que celui qu'elle inspire.

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